Sable mouvant : fragments de ma vie

Elle sait qu'elle devrait arrêter, mais pas maintenant, pas ce soir. Elle a eu peur, elle doit sentir que la vie court dans sa gorge et ses poumons. Encore une bouffée. Elle est en vie.
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Essai - Noir

Sable mouvant : fragments de ma vie

Social - Enquête littéraire - Médical MAJ lundi 28 septembre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Henning Mankell
Kvicksand - 2014
Traduit du suédois par Anna Gibson
Paris : Le Seuil, septembre 2015
352 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-02-123340-7

La maladie, la vie, la mort

Que les lecteurs exclusivement en quête d'intrigue policière passent leur chemin. Ce livre n'est pas pour eux. Il est en revanche pour tous ceux qui s'intéressent à ce qui est derrière un livre, à ce qui a fait qu'un être humain a été amené à écrire et ce qui l'a mis en mesure de le faire. Il s'ouvre sur la nouvelle que l'auteur apprend un "beau" jour – comme des centaines de millions d'autres avant et après lui – à savoir qu'il est atteint d'un cancer. Comme pour beaucoup de semblables, sans doute, c'est l'occasion d'un retour en arrière à partir du jour où il a découvert à sa grande stupeur qu'il "était [lui] et personne d'autre". Qui ne s'en est pas étonné, en effet, et ne s'est pas interrogé sur l'enchaînement infini de causes et d'effets qui a produit ce résultat : lui ! Nombreux sont aussi ceux qui, en pareille occasion, ont repensé à leur... première cigarette. Et il laisse son esprit batifoler au long de soixante-huit chapitres d'une moyenne d'une demi-douzaine de pages. À partir d'un projet d'enfouissement de déchets radioactifs (pour cent mille ans !) dont il entend parler, il s'interroge, dans la première partie, sur l'art préhistorique et sa fonction, les glaciations, la mémoire, l'oubli et sa nécessité, la fragilité du savoir, la peur. La deuxième, elle, aborde de façon un peu plus structurée, des thèmes tels que la maladie, le mal sous toutes ses formes, le malheur, la peur... La troisième partie, enfin s'efforce d'envisager la vie de façon universelle, sub specie aeternitatis en quelque sorte.
Ce livre n'est pas sans faire penser aux célèbres Propos de notre philosophe connu sous le nom d'Alain. Il procède un peu de la même façon, en partant d'un fait concret, d'un incident de la vie, pour tisser toute une réflexion mettant à profit l'expérience que procurent à la fois le nombre des années et, ici, le traumatisme de la maladie. C'est intelligent et souvent émouvant. Un de ces livres que l'on n'a pas le sentiment d'avoir lus en vain. Est-il besoin d'en dire plus ?

Citation

Il faut du courage pour vivre, et du courage pour mourir.

Rédacteur: Philippe Bouquet lundi 28 septembre 2015
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