Piste noire

Il entendit son meurtrier prononcer encore une phrase. 'C'est ma ville, petit con.'
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mercredi 23 septembre

Contenu

Roman - Policier

Piste noire

Social - Assassinat - Corruption MAJ vendredi 13 novembre 2015

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,5 €

Antonio Manzini
Pista Nera - 2013
Traduit de l'italien par Samuel Sfez
Paris : Denoël, mars 2015
254 p. ; 24 x 15 cm
ISBN 9782207118580
Coll. "Sueurs froides"

Rome vaut bien une messe...

Champoluc, station de ski alpine, côté italien. Schiller et Maïakovski en exergue… A la dameuse, Amedeo s'avance sur la piste noire. Un bouillon de sang l'arrête soudain : il vient d'écrabouiller un corps... Le commissaire Schiavone, d'Aoste, est chargé de l'enquête. Et ça l'emmerde. C'est sa personnalité ça, d'être emmerdé par tout et rien, et c'est aussi le ton du roman, mené à la hussarde. Schiavone est odieux, snob, macho, cynique… Et fait le malin avec à son bras la plus belle femme d'Aoste. Qu'il doit quitter pour se rendre sur la fameuse piste noire, par 1500m d'altitude… On peut le comprendre. Pierron, un jeune flic du coin, l'accompagne. Le cadavre donc. De la bouillie. Le sang est liquide, claironne le légiste : pas mort depuis longtemps. Et c'est à peu près tout ce que Schiavone tirera de la scène de crime, sécurisée par une équipe de bras cassés. Ni fait ni à faire… Ce qui ne le démonte pas, notre commissaire sous-préfet expérimentant aussi sec sur les autochtones sa technique très spéciale d'interrogatoire : terroriser le client… pour le rendre docile, surtout si c'est un brave type qui n'a rien à se reprocher. De jour en nuit on suit l'avancement de l'enquête. Les situations sont cocasses à l'envi, entrecoupées du récit plus intimiste qui nous livre Schiavone dans le privé. L'être est étrange, fascinant. Que fait-il à Aoste du reste, avec pareil talent, lui qui venait de Rome, lui si prometteur professionnellement ? Schiavone se lie d'amitié avec ce flic local, Pierron, si malin et déjà tellement affuté. Mais en renfort, il demande à son vieux pote de Rome, Sebastiano, une sorte de grizzli très, très dangereux, de le rejoindre… L'occasion d'évoquer la ville éternelle et de nous en offrir une vision réaliste mais hallucinante : Rome n'est plus Rome, on s'y sent mal, il n'y a plus d'enfants dans les rues et les mères y insultent leur progéniture. Rome immonde désormais, où sévit la misère de masse, où monte jour après jour l'exaspération, une colère sourde étouffée par le poids des dettes d'un peuple pris à la gorge. Rome enfin que l'on hait, de s'être soumise à cette économie de larbins tournée vers le tourisme auquel il faut tout sacrifier et où partout des vieux viennent sur les fins de marché disputer leur pitance aux chiens. Schiavone et Sebastionao embarque Pierron dans une de leur louche aventure : l'interception d'un camion bourré de shit, balancé par un informateur. Du shit sur lequel ils ont l'intention de faire main basse pour se faire de la thune… Mais l'opération se révèle foireuse, tandis que Schiavone dénoue les fils de son enquête d'une main rugueuse, d'interrogatoires musclés en perquisitions illégales, n'hésitant pas à tabasser à mort le rejeton pervers d'un politicien marron. Peu importe l'intrigue au final, tant domine la peinture de ce personnage désabusé, envers grimaçant d'une société à bout de souffle, le cœur sur la main quand il s'agit des petites gens fragilisés par notre société immonde, l'arme au poing pour régler ses comptes avec les autres, nantis imbus de leur personne surfant sur de pitoyables arrangements. Spectaculaire par moments, le style ne faiblit pas et caracole d'opinions pertinentes en images sacrilèges, comme cette arrestation au beau milieu d'une messe…

Citation

Le brigadier Deruta : cent kilos d'inutile masse corporelle en ballottage avec d'Intino pour la place de plus abruti de la préfecture.

Rédacteur: Joël Jégouzo vendredi 13 novembre 2015
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