L'Infinie comédie

Les verres étaient trop sales, la nappe couverte de miettes et les cuisses de poulet trop cuites ; la chapelure formait une croûte noire sur le dessus. Barbara perdait le nord. Même son rouge à lèvres filait à l'Anglaise.
Sophie Loubière - White coffee
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Tempête qui vient
Le titre de ce nouveau roman de James Ellroy, par ailleurs deuxième volet du "Second quatuor de Los Angel...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 06 décembre

Contenu

Roman - Noir

L'Infinie comédie

Anticipation - Géopolitique - Drogue - Complot MAJ mardi 15 décembre 2015

Note accordée au livre: 6 sur 5

Grand format
Inédit

Public connaisseur

Prix: 27,5 €

David Foster Wallace
Infinite Jest - 1996
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Charles Recoursé, Francis Kerline
Paris : L'Olivier, août 2015
1486 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-87929-982-2

Voyage au centre de la folie

Écrit en 1996, il aura fallu attendre presque vingt ans pour que ce roman, entretemps élevé au rang de légende, soit enfin traduit en français. L'occasion de saluer le travail des deux traducteurs (Francis Kerline pour le corps même du roman et Charles Recoursé pour les notes) pour ce travail de titan.

L'Infinie comédie est un livre sur l'addiction, l'exclusion et la solitude. Tous autant qu'ils sont, les personnages sont en souffrance, en marge de ce monde qui les a exclus ou dont ils se sont exclus. Et au milieu coule le divertissement à travers un programme dont les spectateurs ne peuvent se défaire : une étrange vidéo qui ne doit pas tomber entre toutes les mains car ceux qui la regardent ne peuvent la quitter des yeux et finissent par mourir. Cette infinie comédie est le cœur du livre : certains veulent la détruire, d'autres la conquérir pour en faire une arme terroriste. Il faut dire que David Foster Wallace nous plonge dans un futur proche où les États-Unis, le Mexique et le Canada ne forment plus qu'un seul État contre lequel luttent des séparatistes québécois. L'auteur se concentre particulièrement sur un centre d'entraînement de jeunes tennismen, des associations d'alcooliques anonymes, un centre de désintoxication...
Parmi tous les personnages du roman, il semble qu'il n'y en ait pas un qui ne souffre pas de névrose, le genre de personnage sur lequel l'auteur aurait pu fixer le reste de l'édifice. Et c'est une sacrée gageure de bâtir un tel monument littéraire sur des bases aussi dingues. Il est en effet impossible de parler du livre sans évoquer tous ces personnages qui en font le sel : du tennisman qui joue tous ses matchs en braquant un flingue sur sa propre tempe en menaçant d'appuyer sur la gâchette s'il perd, le jeune joueur dont le front reste collé à la vitre après qu'il s'y soit malencontreusement appuyé un peu trop longtemps, celui qui passe son temps les yeux bandés persuadé qu'il arrivera à mieux sentir les coups de ses adversaires sans les voir, l'inspecteur du BSS (Bureau des services non spécifiques) obligé de se travestir pour mener son enquête...
Au sommet de la pyramide de ces personnages, la famille Incandenza, placée sous l'ombre omniprésente de James, surnommé Sois-même, suicidé en mettant sa tête dans un micro-ondes. Il est le fondateur de l'école de tennis et cinéaste expérimental qui ne fait jamais appel à des pros à l'exemption de ce comédien dont le plus grand rôle "fut celui de la Glande dansante dans une série de spots pour une chaîne de cliniques d'endocrinologie de la côte Est."

David Foster Wallace entremêle les histoires, les intrigues et les styles narratifs. Se plonger dans ce livre c'est accepter de ne pas le comprendre dès le début, de se demander où l'on va et où l'auteur nous amène, voire même de se poser la question : nous amène-t-il quelque part ? Certains y trouveront des longueurs, d'autres sauteront des passages et liront certaines pages en diagonale. Cette lecture est une expérience comme il nous est peu donné l'occasion d'en vivre. Le plaisir que l'on prend à s'y perdre (à la fois dans le corps du texte que dans les notes) est en soi une expérience de la drogue : on ne comprend pas très bien ce qu'il se passe, mais on doit admettre qu'on est dans un drôle d'état dans un drôle d'endroit qui a quelque chose à voir avec la jouissance. Bref, L'Infinie comédie fait définitivement partie de ces livres dont la lecture est une expérience en soi.

Citation

Il avait l'expression sinistre et affairée d'un type qui ramasse soigneusement des bris de verre sur la route après un accident ayant provoqué l'empalement de sa femme décapitée sur le volant.

Rédacteur: Gilles Marchand dimanche 29 novembre 2015
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page