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Roman - Policier

Le Lagon noir

Social - Disparition - Trafic MAJ jeudi 03 mars 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Arnaldur Indridason
Kamp Knox - 2014
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Paris : Métailié, mars 2016
320 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 979-10-226-0419-2
Coll. "Noir - Bibliothèque nordique"

Comment rentabiliser Erlendur Sveinsson

Nous sommes en 1979. Le roman s'ouvre sur la chute d'un corps dans l'un des gigantesques hangars de la base américaine de Keflavík. Peu après, une femme découvre dans le lac qui deviendra par la suite le célèbre Blue Lagoon (où elle est venue tenter de soulager son psoriasis) le corps d'un homme d'une trentaine d'années présentant de multiples fractures. Le cadavre ne porte rien qui permette de l'identifier, sinon une paire de santiags d'un modèle peu répandu en Islande qui complète une tenue vestimentaire très américaine. Il a des mains d'ouvrier, se rongeait les ongles et porte un hématome à la nuque à la suite d'un coup qui a pu causer sa mort avant la chute. Aucune disparition n'a été signalée les jours précédents, même parmi les quelques cinq mille Américains de la base et sa région. Au bout de trois jours, une certaine Nanna vient signaler la disparition de son frère, Kristvin, technicien de maintenance aéronautique qui a étudié aux États-Unis. Il travaille pour Icelandair et parfois pour une compagnie privée bénéficiant du couvert de la base militaire sur laquelle l'aéroport civil est aussi installé, ce qui permet bien des petits trafics. Sa voiture est d'ailleurs retrouvée sur les lieux, pneus crevés. L'alcool et le cannabis trouvés chez lui incitent à soupçonner des liens avec Ellert et Vignir, deux frères trafiquants récidivistes de drogue et produits divers. Mais on découvre aussi qu'il avait une liaison avec la femme d'un soldat américain. Or, pour enquêter sur une base militaire, il faut soit obtenir une autorisation de la hiérarchie soit bénéficier de complicités. Et on se retrouve vite aux confins de l'espionnage.
C'est toujours Erlendur Sveinsson (trente-trois ans dans ce livre et maintenant affecté à la Criminelle), qui enquête, avec sa collègue Marion Briem (déjà rencontrée dans un volume précédent). Comme il est obsédé par les disparitions (celle de son frère est rappelée dans chaque volume), il s'intéresse à celle de la jeune Dagbjört, vingt-cinq ans plus tôt, alors qu'elle passait près de Kamp Knox, l'un des camps militaires de Reykjavík à l'époque, puis repaire de marginaux. De fil en aiguille, cette piste passe elle aussi par la base de Keflavík. Et Erlendur doit redoubler d'efforts, en quelque sorte. Ceux-ci seront couronnés de succès, on s'en doute, mais non sans dommages ni surprises.
Une bonne partie de l'intérêt de Lagon noir tient au lieu où il se déroule, la base de Keflavík, à la fois du fait de son originalité (ce statut mi-civil, mi-militaire) et de la place qu'elle a occupé dans la vie publique du pays en tant que principale pomme de discorde politique du XXe siècle (ayant perdu de son importance stratégique, elle est fermée). Cela permet à l'auteur de se renouveler thématiquement, même s'il ne parvient pas à se départir d'une fixation qu'il partage avec son héros pour les disparitions mystérieuses du passé. C'est du cousu main, très agréable à lire malgré certaines répétitions et lenteurs, et nous avons droit à deux enquêtes pour le prix d'une. Ce n'est pas négligeable, à une époque de rentabilisation à l'extrême des investissements. Et Erlendur n'en est-il pas un, désormais, à l'échelle de la nation islandaise ?

Citation

Il continua de marcher le visage au vent, comprenant que l'histoire de Dagbjört ne ferait qu'aiguiser encore un peu plus son intérêt pour ceux qui jamais ne revenaient.

Rédacteur: Philippe Bouquet lundi 29 février 2016
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