La Mort accidentelle du patriarche

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Roman - Espionnage

La Mort accidentelle du patriarche

Écologique - Religieux - Géopolitique MAJ mardi 22 mars 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 0 €

Leif Davidsen
Patriarkens hændelige død - 2013
Traduit du danois par Monique Christiansen
Montfort-en-Chalosse : Gaïa, janvier 2016
510 p. ; 22 x 13 cm
ISBN 978-2-84720-646-3

Amour, foi et géopolitique

La première partie est narrée à la première personne par un certain Adam Lassen et s'ouvre sur la nouvelle de la mort, présentée comme paisible, de Sa Sainteté Tikhon II, patriarche de Moscou, mais aussi, vingt-quatre heures plus tard, de Gabriel, frère jumeau du narrateur, tabassé à mort dans une ruelle de la capitale russe. Ils sont tous deux mi-danois (par leur affairiste de père, qui a fini par se suicider) mi-russes (par leur mère), mais Adam est un célibataire séducteur et mondain, présentateur météo à la télévision danoise, qui se trouve au Groenland, où il conduit un traineau à chiens pour les besoins d'un documentaire (un peu arrangé) censé alerter l'opinion sur le réchauffement climatique. Gabriel, lui, après une jeunesse turbulente, a trouvé le salut dans la foi orthodoxe et a fini par jouer un rôle non négligeable au sein de l'Église russe. Adam revient en catastrophe prendre sa mère au passage et partir à Moscou (ville totalement "mondialisée", en ce début du XXIe siècle, malgré des survivances tenaces de l'ère soviétique) pour rapatrier le corps de son frère et l'inhumer au Danemark. L'enquête s'enlise dans les sables d'une bureaucratie qui mêle les tares du libéralisme à celles du stalinisme, le dénominateur commun étant une corruption décrite comme "abyssale". Adam fait la connaissance (intime) d'une certaine Macha Koudrina, qui lui apprend que Gabriel travaillait pour son frère, Sacha, homme d'influence entre la Russie et le Danemark. La deuxième partie nous retrace, à la troisième personne, la façon dont Niels, le père des jumeaux, a rencontré Anastasia, leur mère, dans la Russie soviétique des années 1970, ce qui nous vaut un tableau bien noir et critique de la société de cette époque. La troisième est à nouveau narrée à la première personne par Adam qui, à son retour au Danemark, reçoit une lettre d'une certaine Maria Fedorovna, qui souhaite le rencontrer pour lui fournir des informations sur la mort de son frère. Le dénouement est mouvementé et tourne autour du rôle du patriarche Tikhon dans l'Église de Russie, de la géopolitique actuelle et de l'écologie à l'échelle de la planète, même si l'enjeu en est en fait le... Groenland, et tient sur une clé USB. Et le bras droit de la justice (plus immanente qu'institutionnelle) est un téléphone portable. Vive le progrès technique mais puisse la réalité tenir toujours aussi bien les promesses de la fiction.
Le livre se lit magnifiquement, il est rédigé dans une prose dont la traduction respecte la qualité et le récit progresse à la manière d'un fleuve majestueux, à défaut d'être tranquille. Quel plaisir d'échapper aux coquetteries snobinardes de l'écriture des candidats au statut d'auteur de best-seller, au point que l'on oublie qu'on est dans un roman policier (le comble de la réussite pour un polar). On y trouve une belle critique d'un monde au bord de la folie, en proie à des faux-semblants (depuis la religion jusqu'à l'écologie) qu'il exhibe fièrement pour masquer son échec et son inhumanité, le tout extrêmement bien documenté sous la plume d'un fin connaisseur des arcanes des relations entre son pays et la Russie, mais aussi mondiales de façon générale. Un régal à savourer sans aucune modération mais pour la plus grande édification de chacun.

Citation

La nouvelle Russie exhumait les vertus et les coutumes d'autrefois dans une quête de la tradition, à la fois religieuse et nationaliste. Comme si cela pouvait expliquer l'absurdité du modernisme.

Rédacteur: Philippe Bouquet lundi 21 mars 2016
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