La Brume t'emportera

Elle ne me suppliait pas de lui donner du plaisir mais d'être discret ; elle ne se rendait pas compte que son obésité infinie était en elle-même une garantie de discrétion.
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lundi 23 septembre

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Roman - Policier

La Brume t'emportera

Tueur en série - Artistique MAJ lundi 18 avril 2016

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Olivier Boisson
Paris : Cohen & Cohen, mars 2016
260 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-36749-032-8
Coll. "ArtNoir"

La cote d'Adam

Jordaens, le narrateur personnage, s'est séparé de sa femme artiste après qu'elle ait fait une tentative de suicide avec lacération de ses tableaux. Lui-même, ancien étudiant en art et ancien artiste, promène sa dépression dans le métier qu'il s'est choisi pour vivre : flic ! Vivant dans un petit logement plein de fuites, il y accueille parfois sa fille Mona-Lee...
Après une tempête, on retrouve trois cadavres accrochés et mis en scène sur une péniche qui a servi de lieu de vernissage pour Imbroglio, revue d'art très chic. Habillés de costumes du Moyen Âge, le fou, la nonne et le moine déclenchent aussitôt un souvenir chez Jordaens : l'assassin se serait inspiré de La Nef des fous de Jérôme Bosch ! Voilà donc notre enquêteur lancé dans l'aventure, seul parmi les flics à saisir le cheminent intellectuel et artistique du tueur dans sa terrible hécatombe.
Les morceaux de bravoure de l'ouvrage sont les "installations" ou les "performances" d'artistes que piège l'assassin, féru d'engins de levage et grand bricoleur. Combat de l'artisanat obscur contre l'Art avec un grand A ? Ainsi, un artiste est électrocuté lors d'un happening musical et coloré, un autre décède lors d'une opération chirurgicale en direct (style Orlan) destinée à lui enlever le nombril en référence à Adam le premier homme non né d'une mère (le protocole de déshabillage et habillage du public est au poil !). Un dernier est écrasé par un énorme bloc de sel sur une plage creusée de trous pyramidaux. Alors que ces mises en scène pourraient prêter à rire et à se moquer, voire produire un humour très noir, Olivier Boisson ne juge pas. Il est lui-même scénographe, peintre et sculpteur. Il travaille pour la Comédie française, l'Opéra de Paris, le cinéma, et des compagnies artistiques. Alors il connaît le milieu mais son héros Jordaens paraît plus un artiste qui a perdu ses illusions qu'un flic abouti.
"Que sont mes anciens amis artistes devenus ?" se demande Jordaens. L'enquête va être l'occasion de partir à leur recherche, l'un d'eux ayant pondu une thèse sur les serial killers dans l'art. Mais cette enquête un peu confuse s'avère plutôt un prétexte, un fil rouge. C'est la déambulation intellectuelle et physique du personnage qui est la clé de l'intrigue. Car cette enquête va être surtout l'occasion pour Jordaens de faire un bilan ; d'abord de son rapport aux femmes (insatisfaisant, bien sûr), et ensuite de l'art actuel, de sa marchandisation et surtout de sa médiatisation par le truchement du magazine Imbroglio lancé par un Italien flamboyant.
Olivier Boisson écrit bien et digresse longuement. On s'attache, on se réjouit et surtout on s'extasie d'une telle richesse intérieure. Est-elle gâchée ? Portrait en creux ? En tout cas, la lecture de ce long roman sur l'inspiration et la restitution de l'art en apporte le spleen.

Citation

Cette pensée acheva de m'abattre. Mes yeux redoublèrent de larmes, je titubai, cherchant désespérément au travers du tsunami quelque chose pour m'arrimer.

Rédacteur: Michel Amelin lundi 18 avril 2016
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