Suburra

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dimanche 18 août

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Roman - Thriller

Suburra

Politique - Corruption - Gang MAJ mardi 07 juin 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Carlo Bonini & Giancarlo De Cataldo
Suburra - 2013
Traduit de l'italien par Serge Quadruppani
Paris : Métailié, janvier 2016
480 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 979-10-226-0148-1
Coll. "Noir - Suite italienne"

Quand la fiction rejoint la réalité

Le Samouraï, un ex-leader fasciste devenu truand de haute volée, fait cambrioler, en 1993, les richesses et les secrets de magistrats, avocats, notaires, flics... Les carabiniers ferment les yeux et trois complices fracturent cent quatre-vingt-dix-sept coffres sur les neuf cents que compte la chambre forte. En possession du butin, il exécute ses acolytes. Parallèlement, le Samouraï prône des actes révolutionnaires, des idées qui séduisent Marco Malatesta, un jeune loubar de dix-huit ans, jusqu'au jour où ce dernier découvre que son maître à penser est un dealer. Il veut le tuer, mais manque son coup et se fait blesser au visage. Il décide alors de rejoindre les carabiniers.
De nos jours, le député Pericle Malgradi est en compagnie de deux prostituées quand l'une d'elle décède. Affolé, ce champion de la chrétienté est prêt à tout accepter pour sauvegarder sa réputation. L'autre prostituée propose l'aide d'un dealer de sa connaissance, un membre du gang des Gitans. Celui-ci débarrasse le corps en toute discrétion mais, quelques jours plus tard fait chanter le député pour devenir son fournisseur exclusif. Numéro Huit, le grossiste en titre du député, ne l'entend pas ainsi, et il donne rendez-vous à son concurrent, le tue et fait brûler le corps dans sa voiture.
Devenu Lieutenant-colonel du ROS, les forces spéciales des carabiniers, Marco Malatesta rêve de vengeance. Il veut la peau du Samouraï. Ce dernier mène un projet immobilier colossal et gère un équilibre précaire entre les gangs, les réseaux politiques et religieux. Mais le mort du petit dealer est le grain de sable qui va mettre à mal, dans le sang, sa belle combinaison.

C'est en s'appuyant sur des faits divers, sur des informations diffusées dans les médias, sur leurs propres investigations menées dans leur cadre professionnel, que les auteurs ont conçus ce roman. À partir de ces faits véridiques, ils élaborent une intrigue qui colle à la galerie des personnages, une galerie où la dichotomie n'est pas de mise. Si l'on trouve d'un côté des affreux, des tueurs et tortionnaires sans pitié, de l'autre des chevaliers défenseurs de la loi, les romanciers placent, entre les deux, une population à la moralité mouvante qui oscille, selon les circonstances vers le Mal ou vers le Bien. Il faut remarquer que tout ce beau monde se drogue à qui mieux mieux. C'est une foule, aux narines enfarinées, qui a besoin de beaucoup d'argent, ou d'une place donnant un accès privilégié aux drogues.
Ils mettent en scène toutes les couches sociales d'affairistes, depuis ces gangs qui, implantés sur des territoires, mettent tout en œuvre pour les défendre, jusqu'à des religieux du Vatican qui jugent bon d'être dans les filières qui rapportent, quelle que soit l'odeur de l'argent. Ils dépeignent ainsi toute une foultitude, des bas-fonds au sommet, des tueurs sans scrupules aux horribles hypocrites qui fréquentent les lieux les plus luxueux.
Ce récit, soutenu par une écriture jubilatoire, fait alterner des scènes de roman très noir et des tableaux de mœurs, la comédie et la tragédie, servis par des personnages ambigus, troubles, et d'admirables figures de femme.
Prémonitoire, ce roman, paru en Italie en 2013, préfigure le scandale qui a éclaté à Rome en 2014-2015, avec l'affaire de Mafia Capitale qui a vu l'arrestation de dizaines d'élus romains impliqués dans des affaires de corruption, détournements...
Suburra est un roman magnifique, dense et puissant qui se lit avec passion, avec une tension entretenue par les rebondissements à foison d'une intrigue menée avec maestria.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°55

Citation

Les bandits sont en train de redevenir ceux d'autrefois, songea Marco quand il se trouva face à face avec Cesare Adami, dit Numéro Huit. Laids, sales et méchants. Anthropologiquement caractérisés, aurait-on dit.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 12 mai 2016
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