J'agonise fort bien merci

J'étais tellement malheureux que j'ai tout craqué pour rincer des Gaulois jusqu'aux chaussettes. Ils ont agrandi le cercle pour m'accueillir dans les brumes de la fraternité.
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mardi 24 septembre

Contenu

Roman - Policier

J'agonise fort bien merci

Fantastique - Énigme MAJ mardi 14 juin 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,9 €

Oren Miller
Montreuil-sous-Bois : L'Homme sans nom, avril 2016
416 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-918541-23-3

Voir Dinard et mourir

1948. Le jeune Henri Isabeau Le Du, commis et homme à tout faire d'un avocat de Saint-Malo, est "prêté" par celui-ci à Évariste Fauconnier, notaire de son état, descendu dans la belle ville de Dinard. L'excentrique notaire est là pour assurer la succession de sa cliente et amie Catherine Lozac'hmer, de la commune de Sainte-Marie-la-Grise toute proche, décédée dans des circonstances étranges. Évariste reconnaît les dernières paroles en ce monde de la vieille dame : «"Monsieur, n'est-ce pas là un bon coup ?" comme étant également les dernières de la marquise de Brinvilliers, figure historique de la fameuse affaire des poisons du XVIIe siècle. Comme seul Évariste pouvait reconnaître la citation, il en conclut que la défunte lui a envoyé un message personnel. De là à en déduire qu'on l'a assassinée, elle dont la fortune engendrait bien des convoitises... Alors que des meurtres rituels se succèdent, le notaire va plonger dans les secrets liant les habitants de la bourgade, tournant autour d'un mystérieux orphelinat. Et dans cette région superstitieuse, le "petit peuple" de la féérie n'est jamais très loin...
Il est désormais clair que la pureté des genres, si elle a jamais existé, est une chose du passé, et ce d'autant plus que maintenant la S.-F. s'invite à la "Série Noire" (j'en veux pour preuve Les Brillants de Marcus Sakey), que le thriller se mâtine souvent de fantastique/S.-F. et que James Oswald ajoute du surnaturel à des procéduraux classiques. Il fallait bien que la porte s'ouvre dans les deux sens... D'où ce second roman, publié chez l'un des nouveaux acteurs les plus intéressants des littératures de l'imaginaire sous une couverture qui justifierait presque l'achat à elle seule, et relève du pur roman policier. Déjà, son auteur, Oran Miller, a la bonne idée d'avoir pris comme protagoniste un notaire, personnage trop peu employé alors qu'il a tout pour faire figure d'enquêteur. Cet excentrique tiré à quatre épingles pourrait être un parent éloigné d'un certain Aloysius Pendergast, du duo Douglas Preston et Lincoln Child, auquel on pense souvent. Certes, la figure du détective de l'impossible est des plus classiques depuis certains Carnacki ou John Silence, mais ici, toutes les conventions du genre policier sont respectées, jusqu'à convoquer certaine figure emblématique d'une façon que je ne me risquerai pas à déflorer. Le fantastique est ici diffus, plus axé sur la superstition — mais offre une ou deux scènes d'angoisse dignes d'un film de spectres japonais — qui prend tout son sens lors d'une résolution douce-amère teintée de social où le lecteur a le choix entre une explication rationnelle et irrationnelle. Les amateurs de thriller industriel écrit à la mitraillette regretteront un style fleuri (typique de la fantasy, d'où vient l'auteur ?) et une intrigue qui prend tout son temps, quitte à adopter un rythme lent. Mais une fois entré dans l'univers de l'auteur, généreusement saupoudré d'humour noir, impossible de lâcher le tout. La fin laisse présager d'une série, alors on espère retrouver bientôt Évariste Fauconnier et Isabeau Le Du !

Citation

Pour la première fois depuis qu'ils s'étaient rencontrés, Isabeau eut l'impression que le notaire ne jouait pas et ne trichait pas avec les mots. Il fit attention de graver dans sa mémoire l'expression du visage d'Évariste afin d'avoir un point de comparaison pour les futures pirouettes verbales que le notaire ne manquerait pas de faire.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 14 juin 2016
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