L'Arbre et le fruit

On n'est pas assassin et voleur de naissance : on le devient à la faveur de situations comme celle-ci. Tu n'as donc pas idée de ce que ce petit tas de papiers verts, sur cette couchette, représente de tentation condensée ? Je préfèrerais me promener avec le Koh-i-Noor en poche ou avec les plans de la bombe atomique.
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vendredi 14 août

Contenu

Roman - Noir

L'Arbre et le fruit

Psychologique - Huis-clos - Médical MAJ lundi 01 août 2016

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

À partir de 13 ans

Prix: 7,9 €

Jean-François Chabas
Paris : Gallimard jeunesse, février 2016
126 p. ; illustrations en noir & blanc ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-07-057328-8
Coll. "Scripto"

Violences invisibles

Comment accepter la désertion d'une mère adorée ? Comment comprendre la méchanceté d'un père manipulateur ? Comment devenir adulte lorsque l'on a été privée de son enfance et confrontée à l'horreur de la maltraitance ? C'est tout le propos de ce roman superbe et terrifiant de Jean-François Chabas – un roman qui vous frappe en plein cœur dès les premières lignes et décrit sans masque les chroniques d'une violence domestique ordinaire.
Jewel est la grande sœur dévouée d'Esther, une petite fille pleine de vie dont les yeux pourtant s'emplissent régulièrement de tristesse et de larmes : sa maman est souvent absente, parce que sa maman est malade leur a dit papa. Et quand c'est papa qui parle, c'est de la peur qui se lit dans les yeux de la petite fille. Jewel découvre alors bien trop tôt le sentiment d'impuissance  : que faire pour refaire briller de bonheur le regard d'Esther alors qu'elle-même n'y croit plus ? Jewel le sait en effet : si maman est absente, c'est parce que papa l'a faite admettre dans un hôpital pour les gens dont l'esprit est malade – mais Jewel pense que maman est avant tout malade de peur face à son mari, cet homme qui, sans en avoir l'air, l'a coupée de ses amies, de sa famille et qui, chaque jour, lui fait comprendre son inutilité et son peu d'importance. Alors maman a bien fini par y croire, et elle se met à espérer ces séjours loin d'un foyer devenu hostile et dans le cadre duquel ses filles sont spectatrices de sa faiblesse.
Maman était pourtant une femme heureuse, follement amoureuse d'un homme auquel elle s'est fait la joie de donner deux adorables fillettes. Mais cet homme, elle ne le reconnait plus. Elle l'entend jour après jour lui répéter ses manquements (ou ce qu'il considère comme tels), la dénigrer, la rabaisser. Peu à peu, elle en vient à le croire et accepte donc son premier internement en hôpital psychiatrique. Après tout, ce ne sera l'histoire que de quelques jours, et son mari se rendra bien compte qu'elle n'est en rien semblable aux autres pensionnaires de cet établissement qui l'effraie. Pilules, séances avec un psychiatre, thérapies diverses et variées... Maman se fait vite à l'idée qu'elle a besoin de cette aide artificielle pour retrouver ses petits amours, pour finalement considérer les traitements comme plus souhaitables que l'amour des deux petits êtres qu'elle a mis au monde. La spirale est lancée, elle n'en sortira plus et ne s'en alarmera bientôt plus.
Ce roman bouleversant alterne les voix croisées d'une fillette et de sa mère, la première se façonnant parallèlement à l'enfermement de la seconde une personnalité forte et affirmée. L'Arbre et le fruit est le récit du désenchantement d'une petite fille confrontée aux failles de ses parents et résolues, plutôt que de s'effondrer, d'en tirer les enseignements qui feront d'elle le soutien de sa petite sœur, puis une adulte forte et à l'initiative de sa vie. Privées de leur enfance, Esther et Jewel découvrent l'horreur de la violence conjugale invisible et de la maltraitance verbale, mais aussi la force que leur octroie l'amour qu'elles se vouent, renforcé dans l'adversité. Elles ne guériront pas de ce mal silencieux, mais se construiront autour de cette cicatrice. La leçon est impitoyable et nous laisse pantois en refermant ce texte bouleversant : certaines personnes ne peuvent être sauvées, mais d'autres méritent toutes les batailles, aussi dures soient-elles, que l'on peut mener pour elles.

Citation

Si elle ne règne pas dans notre maison, ni dans cet hôpital sinistre, la beauté existe. Je le sais, moi qui l'ai si souvent côtoyée.

Rédacteur: Catherine Thiéry samedi 23 juillet 2016
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