Les Bottes suédoises

Il n'y avait aucune trace de lutte dans l'appartement, ni de coups sur le corps de la fille, c'était écrit noir sur blanc dans le rapport. Le meurtre déguisé en suicide, c'est un bon sujet de roman, mais dans la réalité, ça n'arrive qu'une fois sur mille.
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Roman - Noir

Les Bottes suédoises

Psychologique MAJ mercredi 31 août 2016

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Henning Mankell
Svenska gummistövlar - 2015
Traduit du suédois par Anna Gibson
Paris : Le Seuil, août 2016
368 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-02-130389-6
Coll. "Cadre vert"

Un bel adieu ?

Il semblerait que Henning Mankell ait autant de mal à nous quitter qu'il en a eu à arriver chez nous. Quoi qu'il en soit, voici encore un "dernier Mankell" (le mot "ultime" qui figure sur la quatrième de couverture sera-t-il plus définitif ?). Quant à savoir s'il est à classer dans la catégorie des policiers, ce sera au lecteur d'en juger. Le héros, si l'on peut dire, est un certain Fredrik Welin, médecin retraité vivant en solitaire sur une île de la Baltique depuis un épisode malheureux (une erreur de diagnostic aux graves conséquences) de sa carrière professionnelle. Il fait la cruelle expérience de se réveiller, une nuit, au milieu de sa maison en flammes. Il s'en tire heureusement sain et sauf, mais le voici, à soixante-dix ans, dépourvu de tout sauf de son pyjama et d'une paire de bottes gauches (il s'est trompé, dans sa précipitation, en les enfilant). Ah si, il lui reste tout de même une voiture, une caravane (bien utile en pareil cas), un bateau et une remise pleine de vieilleries, comme toujours. À bien y réfléchir, il lui reste aussi une fille, Louise, mais il faut dire qu'il n'a découvert son existence qu'alors qu'elle avait, elle-même, trente-sept ans ! La femme avec qui il l'a eue, elle, est morte depuis des années, après l'avoir quitté et n'être revenue que pour mourir. Louise rentre précipitamment de quelque part (il ne sait pas d'où) dans l'intention de créer sur l'île un jardin de... pierre ! Et voici que surgit également dans sa vie une autre femme, Lisa Modin, journaliste qui vient l'interviewer à propos de l'incendie (dont la police le soupçonne maintenant d'être l'auteur en vue d'une escroquerie à l'assurance) et du traumatisme qu'il a subi. La suite de l'intrigue est beaucoup plus diffuse. Elle fait intervenir, d'une part, un nouvel incendie ravageur, non loin du premier et, d'autre part, un voyage précipité à Paris, au cours duquel Fredrik ira de surprise en surprise et aura bien du mal à apprivoiser ces deux étrangères, sa propre fille et la journaliste. À son retour, les choses ne s'arrangeront pas, loin de là, et il faudra des mois avant que nous le retrouvions dans sa maison reconstruite. Ah oui, entre temps, le mystère des incendies aura été éclairci, du moins en ce qui concerne leur auteur. Quant aux motivations de celui-ci, il planera encore longtemps.
Ce roman réussit à entretenir un réel suspense avec... trois fois rien. Pas de poursuite échevelée, pas de cataclysme, pas de perversion ahurissante, rien qu'une vie ordinaire, banale, et un homme qui cherche à comprendre ce qu'a été sa vie, ce qui se passe autour de lui, ce qu'il peut encore faire ou espérer. Rien que de l'humain, donc. Mais cela suffit grandement, quand on a du talent, contrairement à ce que pense un vain peuple avide de sensations littéraires pour compenser le vide de son existence. Voilà en tout cas une façon à la fois discrète et efficace de tirer sa révérence, après une carrière (et une vie) bien remplie. Au revoir, monsieur Mankell, dans l'autre monde, peut-être. Et merci encore pour ces beaux livres pleins de sens et d'émotions que vous nous avez donnés, en plus des spectacles dramatiques que vous avez prodigués au monde.

Citation

Je savais que nous approchions d'un tournant. Mais je ne savais pas lequel.

Rédacteur: Philippe Bouquet mercredi 31 août 2016
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