Le Fantôme de la rue Royale

Nous pourrons peut-être gagner, pensa-t-il. Mais il n'y aura pas de fin heureuse
Eoin Colfer - Artemis Fowl. 8, Le Dernier gardien
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Tempête qui vient
Le titre de ce nouveau roman de James Ellroy, par ailleurs deuxième volet du "Second quatuor de Los Angel...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

mardi 19 novembre

Contenu

Roman - Policier

Le Fantôme de la rue Royale

Historique MAJ vendredi 30 décembre 2011

Note accordée au livre: 2 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16,5 €

Voir plus d'infos sur le site polarmag.fr (nouvelle fenêtre)

Jean-François Parot
Paris : Jean-Claude Lattès, décembre 2001
400 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 2-7096-2284-X
Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet, 3

Ce qu'il faut savoir sur la série

Nicolas Le Floch vit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle – il est né en 1740. Originaire de Guérande, il est un enfant trouvé adopté par le chanoine Le Floch. Il apprendra dès la fin du premier volet qu’il est en réalité le fils naturel du marquis de Ranreuil, dont il pensait n’être que le filleul. Il est donc le demi-frère d’Isabelle de Ranreuil, dont il était profondément épris… Il comprend alors pourquoi son supposé parrain a mis tant d’empressement à l’éloigner de sa fille, en lui fournissant de solides recommandations pour qu’il puisse aller s’établir à Paris. Voilà donc Nicolas arrivant dans la Capitale aux environs de 1760, où il sera reçu par le lieutenant général de police du roi, M. de Sartine. Son esprit vif, sa droiture et son dévouement au trône sont tout de suite appréciés ; la résolution d’une première affaire fort délicate lui vaut l’estime de son supérieur… et d’avoir ses entrées dans les espaces privés des souverains. Nommé commissaire au Châtelet, il sera plus particulièrement attaché aux "affaires spéciales" - en d’autres termes celles qui touchent de près ou de loin à la sécurité du royaume.
De volume en volume l’Histoire suit son cours et les personnages récurrents vieillissent ; l’effet de série est particulièrement soigné - l’on a donc tout intérêt à lire les romans dans leur ordre de parution, tant pour saisir la dynamique des événements réels évoqués que pour ressentir au plus juste la façon dont les personnages évoluent. Mais chaque récit fonctionne aussi comme une unité autonome qui peut ainsi attirer à la série son lot de néo-lecteurs.
Au plaisir de suivre des enquêtes policières tout en rebondissements qui mettent en valeur les capacités de raisonnement du commissaire au Châtelet et les aides précieuses que lui apportent ses acolytes – l’inspecteur Bourdeau, le chirurgien de marine Semacgus, le bourreau Sanson préposé aux "ouvertures" des corps, sans oublier son logeur, l’ancien procureur Aimé de Noblecourt – se joint celui de découvrir le Paris du Siècle des Lumières, que l’auteur ressuscite de très vivante manière.

Publiés d'abord chez Jean-Claude Lattès, les livres sont réédités en format poche dans la collection "Grands détectives" des éditions 10/18.

Quand le Malin s'en mêle...

Dès lors qu'un meurtre est commis, voir à l'œuvre dans ce forfait la patte bien noire du Malin est tout naturel, même si l'on n'entend là que métaphore. Mais il est rare - du moins dans le contexte d'une intrigue policière fondée sur la réalité historique comme le sont les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire au Châtelet - que Satan soit de la partie. C'est pourtant bien le diable – et dans ses manifestations les plus intrigantes - qui attendra notre commissaire à un certain tournant de l'affaire criminelle qu'il doit démêler.

En ce mercredi 30 mai 1770, Paris célèbre le mariage du Dauphin avec l'archiduchesse Marie-Antoinette d'Autriche. En quelques heures, ce qui aurait dû être une nuit de liesse populaire tourne à la catastrophe : le feu d'artifice prévu sur la place Louis XV se mue en un gigantesque incendie et la foule, paniquée, se disperse en un désordre rendu meurtrier par les tranchées non comblées des espaces en chantier mal sécurisés des environs… Jusqu'au petit matin, Nicolas, l'inspecteur Bourdeau et leur compagnon le chirurgien de marine Semacgus aideront à dégager les victimes, mortes et vives. Les cadavres sont rassemblés au cimetière de la Madeleine. Parmi ceux-là, Semacgus repère le corps d'une jeune fille dont le trépas, manifestement, ne doit rien aux mouvements de foule : son cou porte des marques de strangulation.
Une fois obtenu l'aval de Sartine pour enquêter sur ce qui ressemble fort à un meurtre, Nicolas découvre que la jeune morte a nom Élodie Galaine, ce qui l'amène chez une vieille famille de pelletiers dont les finances sont dans un triste état. Élodie était la nièce du chef de famille. Née aux Amériques où son père était allé chercher fortune, elle était venue en France après la mort de celui-ci.

À peine annoncé aux Galaine le sort tragique d'Élodie, Nicolas perçoit combien l'atmosphère domestique est délétère et empreinte de fausseté la réaction de chacun des membres de la maisonnée. Il flaire d'emblée le ferment du mensonge et de la dissimulation, même chez Naganda, l'Indien micmac envers qui pourtant il avait tout de suite éprouvé une grande sympathie. Et l'étrangeté de l'ambiance régnant dans cette demeure s'épaissit encore des atroces crises nerveuses de la Miette, la servante qu'il faudra exorciser… C'est mettre à bien rude épreuve l'entendement du petit Ranreuil comme l'appelle affectueusement le Roi. Mais Satan aura beau tempêter et grimacer, Nicolas restera jusqu'au bout sagace et, avec lui, ses compagnons d'enquête Semacgus, Bourdeau et Sanson.

Certes, l'intrigue criminelle est bien construite et les personnages sont attachants – fût-ce par leur sinistre pittoresque. Mais si l'on a déjà en mémoire d'autres "enquêtes de Nicolas Le Floch" on réalise vite que, en dehors des récurrences inhérentes au système de la série et des traits imputables à la patte d'un auteur possédant un style caractéristique, quantité de motifs structuraux et narratifs se retrouvent presque à l'identique d'un roman l'autre – scansion du récit par des dates journalières, inserts culinaires, petits intermèdes humoristiques provoqués par la gourmandise de Monsieur de Noblecourt, scène finale de désignation du coupable en présence des suspects… L'on finit par percevoir cette série comme un ensemble de boîtes littéraires toutes pareilles et pareillement aménagées à l'intérieur dont seul le revêtement change – en l'occurrence le contexte historique et les éléments de l'intrigue. L'on concèdera néanmoins qu'un indéniable plaisir de lecture subsiste malgré tout – les "chronismes" lexicaux et syntaxiques sont toujours délectables, et les descriptions minutieuses permettent aux fâchés-avec-l'Histoire de se familiariser en se distrayant avec une époque révolue.
Reste un dilemme… une chronique k-libriste implique que l'on note un ouvrage. Or, ici, quelle note mettre ? Le 4 du nouveau lecteur, qui découvre un roman prenant, divertissant et instructif, bien écrit de surcroît, ou bien le 1 fatigué de celui qui se plongerait là dans une énième "enquête de Nicolas Le Floch" et commencerait à se lasser d'avoir le sentiment de lire encore le même livre ?

NB - Cette troisième enquête de Nicolas Le Floch a été publiée dans la collection "Grands détectives" des éditions 10-18 en janvier 2003. Le téléfilm réalisé pour France 2 d'après ce roman a été diffusé le vendredi 23 octobre 2009 à 20 h 35.

Citation

Un monde inconnu de mécanique animale apparaissait, offrant, comme boucherie à l'étal, le théâtre intérieur d'une vie avant que la corruption des chairs vînt tout emporter.

Rédacteur: Isabelle Roche lundi 26 octobre 2009
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page