Parmi les vivants

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lundi 20 novembre

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Roman - Thriller

Parmi les vivants

Assassinat - Finance - Trahison MAJ lundi 10 avril 2017

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22 €

Charlotte Farison
Paris : Super 8, mars 2017
602 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-37056-083-4

Dans les interstices d'une vie factice

La structure de ce premier roman de Charlotte Farison est on ne peut plus classique avec deux fils narratifs en apparence très éloignés l'un de l'autre, et qui vont se rapprocher, fusionner, alors qu'au départ un seul élément leur semble commun. D'un côté, Arturo, un jeune homme dilletante et aquoiboniste, se laisse porter par la vague, une vague qui lui est toujours favorable. Là, il vient d'être nommé responsable du mécénat dans un grand groupe en remplacement d'une jeune femme, morte dans un accident de circulation. Cette Lise avait initié des projets qu'il reprend à son compte. De l'autre, Shula, une jeune danseuse et escort-girl, qui vient d'être engagée pour accompagner un patron lors de réunions secrètes sur une île. Dans le même temps, elle est payée par les adversaires de son employeur afin d'obtenir des informations importantes pour les affaires. Lorsqu'elle s'installe sur l'île, dans sa chambre, elle découvre qu'elle est la remplaçante d'une certaine Lise...
Les deux récits vont se dérouler en alternance sur les trois quarts du roman. On pense aux romans de Michel Houellebecq ou à ceux de Warren Ellis pour la descriptions sans complaisance des arcanes feutrés du pouvoir. Arturo est un parfait caméléon, utilisant un vocabulaire très dans l'air du temps pour se faire mousser et brasser le vide intense de son travail. Ses virées au milieu des artistes contemporains, dans des squatts ou des pince-fesses sont décrits avec un soin méticuleux, synthétisent bien l'esprit vide du temps. Malgré un peu plus d'action, l'espionnage de Shula, entre deux discussions d'alcove avec d'autres prostituées de haute volée, ressemble plus aux romans des éditions de Minuit, aux écrits sympathiques de Jean Echenoz ou de Yves Ravey, dans cette distance cruelle et ironique qu'ils entretiennent avec les différents genres de la littérature populaire.
Il est question d'anciens empires coloniaux français, de mercenaires, de luttes de pouvoir, de stratégies masquées pour obtenir la mise sur la touche d'un dirigeant historique d'entreprise et son remplacement par des capitalistes ou des fonds de pension aux dents longues. Derrière, il y a une histoire de trahison, de vengeance, un passé évoqué en italiques. Mais tous ces éléments affleurent l'histoire, se glissent, se faufilent, entre des scènes découpées au scalpel sur les milieux du "Tout-Paris", des immenses bureaux où se décide l'avenir du monde, à coup de stock options, des duels à fleuret moucheté où revient sans cesse cette idée qu'il vaut mieux se conformer, éviter les vagues, regarder le monde s'agiter depuis la piscine d'une île privée ou derrière l'immense baie vitrée d'un bureau de la Défense.
Parmi les vivants satisfera plus les lecteurs décalés, ceux qui apprécient les intrigues flottantes, les réparties cinglantes, le regard ironique et distancié que ceux qui attendent beaucoup d'actions et de rebondissements. Mais dans ce genre particulier, le roman de Charlotte Farison, qui n'est rappelons-le que son premier, soutient la comparaison avec d'autres auteurs qui officient dans le même genre depuis un peu plus de temps...

Citation

Le type git à mes pieds, son sang s'écoule d'une plaie noire au cœur. Il est trop tard pour faire de nous des hommes. Nous ne sommes que des chiens. Je ne me souviens de rien.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 10 avril 2017
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