La Filière écossaise

C'est le Canard Enchaîné qui révèle l'affaire, le 6 mai 1981, dans un article intitulé "Papon aide de camps". Le titre, en forme de calembour, est bien dans l'esprit du journal satirique. Le contenu de l'article, en revanche, est beaucoup moins drôle.
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jeudi 29 juin

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Roman - Policier

La Filière écossaise

Politique - Guerre - Procédure - Trafic - Évasion MAJ mardi 16 mai 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Gordon Ferris
Pilgrim Soul - 2013
Traduit de l'anglais (Écosse) par Hubert Tézenas
Paris : Le Seuil, février 2017
470 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-122258-6
Coll. "Policiers"

Entre deux eaux gelées

Le roman policier fait partie de la littérature la plus dangereuse car souvent il donne à voir le monde tel qu'il est, et l'humanisme béat qui nous est présenté cache le pire cynisme. Mais, parfois, il est aussi captivant parce qu'il montre, en se plongeant historiquement dans notre passé, combien ce cynisme n'est que la prolongation d'autres hypocrisies plus anciennes. Gordon Ferris a choisi cette façon de voir, et a décidé de planter son décor dans l'Écosse de l'après-guerre. Douglas Brodie, son personnage, est un ancien militaire et policier qui doit à présent se reconstruire (entre journalisme et détective privé), et reconstruire une vie dans une Écosse fortement impactée par la Seconde Guerre mondiale. Pour beaucoup de nos concitoyens, une fois l'armistice signée, les Européens ont repris un mode de vie normal. Ce ne fut évidemment pas le cas et les pénuries ont continué encore plusieurs années. On s'en souvient en France peut-être avec le procès revenu sur le devant de l'actualité de ces mineurs qui ont dû produire au-delà du raisonnable et dans des conditions effroyables pour gagner la bataille du charbon. Le charbon est aussi en toile de fond de cette intrigue car, entre deux enquêtes, Douglas Brodie, personnage donc central de l'histoire, doit trouver du charbon pour chauffer la maison où il vit avec une belle avocate. En plus de la pénurie temporaire, nous sommes en plein hiver 1947 - l'un des plus froids que connut le pays. Autre toile de fond de ce roman, les procès de dénazification et de jugements des criminels de guerre. Douglas Brodie, qui maitrisait l'allemand, fut chargé de transcrire les premiers interrogatoires des directeurs de camps de concentration. Aujourd'hui, les procès commencent, et il faut qu'il retourne témoigner. En parallèle, Brodie est chargé d'une affaire pour la communauté juive. En effet, profitant du shabbat et du départ des juifs pour la synagogue, des inconnus viennent les cambrioler. L'enquête est rondement menée, mais elle va soulever plus de questions que de réponses. À peine Brodie a-t-il commencé à dévider le fil qui lie les coupables, que tout se rompt et que les pistes se clôturent de manière violente et sanglante. Lorsque, sur les lieux d'un crime, on découvre en plus un lingot d'or, qui n'est pas sorti d'une banque honorable, mais de la fonderie de dents de déportés, Brodie comprend qu'il y a peut-être une filière pour aider les nazis à s'échapper qui passerait par sa ville de Glasgow...
D'un côté, la reconstitution historique est narrée de manière vivante et prenante, que ce soit la vie quotidienne des Écossais, la douleur continuelle des juifs, ou l'Allemagne occupée, les procès qui s'annoncent et sans oublier les débuts terroristes de la construction d'Israël. Par dessus cette couche, Gordon Ferris installe une intrigue lourde et prenante, où même la réussite du personnage central aura le goût de cendres des compromissions, des cynismes (car la réalité derrière les filières d'évasion est pleine de surprises). En surplomb, l'auteur installe une véritable empathie avec son personnage Douglas Brodie et sa compagne, personnages dessinés avec soin et extrêmement vivants. Ces trois éléments se conjuguent pour faire de ce roman, et de la série dans laquelle il s'inscrit, une lecture intéressante, assez classique dans sa forme et son fond, mais avec la densité qui convient pour en faire un passage important dans une bibliothèque.

Citation

La neige était piétinée tout autour de lui, comme si ses assassins avaient exécuté une danse de guerre après coup. La tache sombre qui lui auréolait le crâne s'infiltrait dans le blanc virginal.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 16 mai 2017
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