Les Ombres du désert

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samedi 19 août

Contenu

Roman - Thriller

Les Ombres du désert

Ethnologique - Disparition - Terrorisme - Trafic - Rural MAJ mercredi 17 mai 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Parker Bilal
The Ghost Runner - 2014
Traduit de l'anglais par Gérard de Chergé
Paris : Le Seuil, février 2017
426 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-02-123808-2
Coll. "Policiers"

Retour à OK Corhallal

Nous retrouvons avec plaisir Makana, un détective privé atypique : ancien policier soudanais, chassé de son pays par les islamistes, il vivote dans l'Égypte du début des années 2000. Au début de ce roman, il est censé suivre le mari d'une femme qu'elle croit infidèle, ce qui n'est pas le cas. Le mari, avocat, se rend simplement au chevet d'une jeune fille, brûlée vive, et dont il est peut-être le père. Du coup, l'avocat l'engage pour retrouver celui qui est officiellement le père, un ancien détenu, radicalisé, et qui a disparu. Il se serait enfui à l'étranger, mais des bruits courent sur son retour afin de réactiver des cellules terroristes. Toujours est-il que voilà Makana parti dans l'arrière-pays, dans la campagne profonde, à la recherche des traces de ce terroriste.
Après deux récits ancrés dans la réalité grouillante de la capitale égyptienne, où l'auteur nous faisait sentir les odeurs mélangées, les bruits et les couleurs d'un Caire aux portes du chaos de l'après 11-Septembre, voilà que l'on pourrait s'oxygéner au grand air campagnard. Mais, patatras, nous nous retrouvons dans un village du désert que ne renieraient pas les auteurs américains : docteur alcoolique, commerçants fauchés, innocent du village qui fait toujours un coupable idéal, villageois hostiles à tout étranger. Autour du village rôdent les ombres des trafiquants qui profitent de ce désert pour ravitailler les Palestiniens par la contrebande, où les groupes terroristes s'entrainent tranquillement dans les zones désertiques, où les agents de diverses puissances cherchent à faire avancer leurs pions. Entre une atmosphère de western oriental, la lourdeur pesante d'une communauté qui observe les inconnus comme autant d'extraterrestres à abattre, le roman déploie une seconde enquête : à peine arrivé, Makana est engagé par le policier local pour enquêter sur la mort de l'un des chefs du village. Y aurait-il un rapport avec sa propre enquête ? En tout cas, le détective va errer dans les ruines de la maison de la jeune femme brûlée, entre les coups fourrés que beaucoup lui tendent, entre les convoitises qui enlaidissent l'humanité.
Raconté avec verve, avec un sens de l'humanité et de l'empathie pour ceux qui souffrent, Les Ombres du désert est parsemé de petites pépites humoristiques intelligentes (comment faire pour conserver le corps du mort en attendant l'autopsie ? En utilisant le seul congélateur du coin, pardi, celui de l'épicier local qui se demande bien comment il va pouvoir vendre ses pois chiches après.) Les passages de réflexion ou de poésie (notamment les descriptions du désert) alternent avec des moments plus rudes comme, par exemple, lors de la description de ce camp dans le désert où les rebelles et les gangsters se côtoient dans une sorte de souk infernal. Troisième épisode d'une série intéressante, qui présente un milieu et un monde peu dessinés dans l'univers du polar, Parker Bilal montre le cynisme des autorités qui sont coincées entre leur besoin de l'Occident, la tentation qu'il entraîne, et leurs rapports compliqués avec la religion locale, pris dans leurs contradictions (aider Israël qui est un partenaire fiable ou soutenir les Palestiniens et, dans ce cas-là, lesquels ? Les "modérés" ou bien ceux qui reviennent d'Afghanistan). Derrière ces grands blocs idéalistes, Parker Bilal présente aussi des personnages pris des mêmes contradictions à leur niveau individuel, entre humanité, et besoin d'aimer et soif d'argent, de reconnaissance, de pouvoir. C'est toute une comédie humaine qui s'anime sous nos yeux.

Citation

Après le silence absolu et l'immensité du désert, la ville s'abattit sur lui comme une chape. Et le tourbillon, pour étrange qu'il lui parût, était aussi un soulagement.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 17 mai 2017
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