La Fille du pape

J'en étais rendu à penser que la pléthore ambiante de bois et de verdure avait à voir avec la barbarie des crimes. On n'aurait jamais rien vu de tel sur le plus gras des pavés de Londres.
Gilles Bornais - Les Nuits rouges de Nerwood
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

dimanche 16 juin

Contenu

Roman - Thriller

La Fille du pape

Religieux - Enlèvement - Complot MAJ mercredi 20 septembre 2017

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 24 €

Luis Miguel Rocha
A Filha do Papa - 2013
La Tour-d'Aigue : L'Aube, juin 2017
536 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-8159-1237-2
Coll. "L'Aube poche polar"

Un nouveau complot au Vatican !

Avec "Complots au Vatican", Luis Miguel Rocha a créé une série de thrillers basés sur des affaires vaticanes et mettant en scène les derniers papes qui se sont succédé sur le trône de Saint-Pierre. Mais, par rapport à la très nombreuse littérature s'appuyant sur des turpitudes supposées de ce micro-État, le romancier portugais fonde ses intrigues sur des faits et des personnages authentiques. Le présent roman débute en Suisse, en 1930. Un cardinal, bravant les intempéries, vient visiter Pascalina, une religieuse en train d'accoucher. Sonja, une jeune sœur l'accueille et lui ment sciemment en affirmant que celle-ci est partie chez ses parents. Il n'aurait pas dû venir, pense-t-il. Il repart, sans voir personne d'autre, sous la tempête. De nos jours, dans les Dolomites, la supérieure de la maison d'accueil des sœurs de la Sainte-Croix reçoit un appel du secrétaire personnel de Sa Sainteté. Il lui faut recevoir monseigneur Stefano Lucarelli, lui donne des instructions très précises et lui demande d'affecter une sœur à son service. Sœur Bernarda est désignée. La routine de Stefano change. Lui qui, pendant quelques jours, était toujours rentré pour le dîner, n'est pas là. Sœur Bernarda s'inquiète. Dans la nuit, malgré les consignes, elle pénètre dans l'appartement. Alors qu'elle découvre un tas de documents, elle sent un objet dur et froid contre sa nuque. Lucarelli lui chuchote à l'oreille que la curiosité est un vilain défaut. John Scott, journaliste spécialisé dans les questions économiques, a rendez-vous avec le secrétaire d'État du Vatican pour solliciter l'autorisation de visiter la tour Nicolas V, siège de l'IOR (Istituto per le Opere di Religione). Il essuie un refus. Mais la production de copies de documents authentiques de la célèbre banque assouplie la position de son interlocuteur. Sarah est à Rome où elle soigne son cancer entourée des soins attentifs de Rafael qui s'attache à être près d'elle, diligent, attentif, affectueux. C'est à la basilique San Andrea, que le Français, un tueur, abat froidement un prêtre, Luka, le tuteur de Niklas. Il enlève celui-ci et laisse un post-it demandant qu'Anna P. soit livrée dans les trente-six heures, sinon... Jacopo Sebastiani est réveillé en pleine nuit et emmené dare-dare au Vatican. Nikals est un jeune prêtre, fils d'une éminente autorité. Son enlèvement est une catastrophe. Jacopo doit retrouver de toute urgence Rafael, parti quelques jours en congés pour raisons personnelles car il est le seul à connaître l'adresse de cette Anna, secret qu'il ne doit révéler qu'au Saint-Père.

Le quatrième opus de cette série s'appuie sur les deux héros emblématiques que sont Sarah et Rafael. La première est une brillante journaliste rédactrice de politique internationale au Times, le second est un précieux agent de la Sainte-Alliance, les services secrets du Vatican. L'auteur articule son intrigue autour d'un complot magnifiquement orchestré trouvant ses racines dans les années 1930 avec la supposée fille cachée de Pie XII et dans les opérations douteuses de la principale banque vaticane. Les ramifications sont nombreuses et la galerie des intervenants très étoffée de manière à ouvrir un vaste champ de possibilités à son récit, un récit qui prend en compte, également, des actions de celui qui est devenu Benoît XVI. Luís Miguel Rocha concocte, comme à son habitude, une histoire riche en informations touchant le Vatican, le fonctionnement des ses structures visibles aux yeux du monde et les structures occultes.
Le romancier se savait atteint d'un cancer qui finira par l'emporter, en 2015, à l'âge de trente-neuf ans. Ce n'est pas par hasard si cette maladie frappe sa belle héroïne qui découvre un choriocarcinome à trente-six ans à peine révolus. À travers elle, il fait passer des réflexions désabusées sur la vie, sur le temps qui passe, sur les sentiments, les rapports humains, sur les séparations, qu'elles soient issues de querelles ou définitives organisées par la camarde.
Les relations ambiguës entre Sarah et Rafael forment un fil rouge qui traverse la série. Comment conjuguer un amour physique, terrestre avec "... un engagement absolu avec un être mystérieux, totalement abstrait, en qui elle ne savait même pas si elle croyait".
Cependant, cette foi et cet engagement de Rafael ne sont pas toujours suivis de façon aussi rigoureuse par certains religieux. L'auteur revient sur un enfant engendré, au début des années 1930, par Eugenio Pacelli, celui qui deviendra, en 1939, le pape Pie XII. Mais, il réhabilite ses actions en tant que Saint-Père, actions que d'aucuns jugent trop timorées face aux excès de l'Allemagne nazie.
On peut trouver un léger problème de cohérence lorsque, page 36, une action qui se déroule le quatrième jour, se trouve, à la page 38, se passer le troisième, puis page 40 revenir au quatrième.
Des secrets, des intrigues qui s'entremêlent, des actions musclées, des meurtres, une liaison sentimentale donnent à ce roman tous les atouts pour être passionnant, pour en avoir une lecture addictive. Mais, loin d'être le "page-turner" anglo-saxon avec de l'action pour l'action, ce livre est fort documenté et offre nombre d'informations historiques. À lire sans retenue !

Citation

... nous devons ignorer ce chantage et éliminer la femme aussi vite que possible, une fois pour toutes. Elle a toujours été un caillou dans la chaussure du Saint-Siège, et c'est une bonne occasion de s'en débarrasser. Elle ne nous créera ainsi plus de problèmes.

Rédacteur: Serge Perraud dimanche 06 août 2017
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page