À l'ombre du diable

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lundi 20 novembre

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Roman - Thriller

À l'ombre du diable

Historique MAJ mercredi 13 septembre 2017

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 8 €

Andrea H. Japp
Paris : J'ai lu, septembre 2017
352 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-290-14321-6
Coll. "Thriller", 11698

Diptyque pestiféré

Par cupidité, un armateur marseillais permet à la Grande Peste de s'installer en France le 1er novembre 1347. La maladie se répand rapidement et touche Paris au mois d'août 1348. Gabrielle d'Aurillay, de belle noblesse provinciale mais désargentée, rêvait au Prince charmant. Elle a épousé Henri dont elle est follement amoureuse. Il l'a emmené à Paris car elle trouvera la meilleure matrone pour enfanter, mais il a tant de travail à aider son oncle maternel qu'il ne rentre qu'à la nuit quand il ne découche pas. Cependant, leur train de vie reste médiocre et il ne peut embaucher qu'Adeline Musard. C'est en le cherchant que Gabrielle apprend la vérité. Henri est un joueur invétéré qui passe ses jours et ses nuits à satisfaire son vice, dépensant les quelques sous qu'il peut gagner ou qu'il escroque. Celui-ci, pendant ce temps, tente de vendre un diptyque gagné à un apothicaire. La peste sévit et, après bien des événements (fausse-couche, contamination, immunisation...), Gabrielle et Adeline quittent Paris pour se réfugier dans la demeure conjugale de Jouy-en-Josas, en emportant le diptyque qu'elle a pu subtiliser à son époux. Une mauvaise surprise l'attend : Henri a vendu tous les meubles et la maison est en attente d'un acquéreur. Pour garder un toit, la jeune femme affirme au notaire qu'elle est enceinte, qu'Henri est mort et que la maison, donc, revient à son futur enfant. Le diptyque a déjà occasionné bien des drames à ceux qui le possédaient. Sa réapparition, lorsque Gabrielle en fait état, attise l'intérêt et nombreux sont ceux qui veulent se l'approprier. Il en est ainsi de l'apothicaire, du chanoine, un cousin d'Henri ou de l'intrigant Urbano Graco, un ancien dominicain dont on ignore le mandataire mais qui trace une piste sanglante, n'hésitant pas à tuer avec férocité.
Gabrielle, une jeune femme élevée dans un cadre protégé, est contrainte à évoluer et à faire face à des épreuves. Avec les conseils et l'aide d'Adeline, qui a dû, depuis longtemps, lutter pour survivre, elle se révèle farouche et redoutable. Ainsi, elle n'hésite plus à mentir, à dissimuler, à s'opposer à la volonté des hommes, à se muer en cambrioleuse pour protéger sa vie. Elle va, ainsi, se retrouver aux premières places, tout près des puissants du royaume. Elle bataille avec opiniâtreté face aux trahisons, aux menaces, à la maladie et aux mystères qui entourent ce diptyque de grossière facture. Que dissimule-t-il ? Que peut-il révéler de si important pour qu'on n'hésite pas à tuer pour se l'approprier ? La malédiction de Gabrielle n'est-elle pas la malédiction attachée à cette œuvre ?
L'intrigue se déroule en Île-de-France, lorsque la terrible épidémie de peste du XIVe siècle touche la région. La romancière raconte, dans une postface érudite, que son intérêt pour cette pandémie date de 1987, lorsqu'elle se préparait à des épreuves de bactériologie qu'elle devait passer. L'histoire de cette pandémie est troublante et suscite plusieurs théories qui s'affrontent sur la nature exacte de ce fléau. Aujourd'hui, la question reste en suspens et l'interrogation subsiste entre peste bubonique, peste pulmonaire et/ou agent viral de type Ébola. Cependant, la plus convaincante selon l'auteur, consiste en la propagation de pestes évolutives accompagnées d'autres agents infectieux. Il ressort, malgré tout, que cette pandémie, qui a sévit de 1346 à 1353, a anéanti trente à soixante pour cent de la population européenne et qu'environ sept millions de Français sur dix-sept moururent. Imaginons de tels chiffres aujourd'hui pour mesurer la terreur qui s'installa.
Dans ses séries Andrea H. Japp fait œuvre de romancière avec une intrigue ciselée, aux nombreux ressorts, à la progression implacable. Elle fait œuvre d'historienne, éclairant les sources et les liens entre les événements, dépeignant l'ambiance de la période où elle place son récit. Elle fait œuvre de linguiste donnant, pour les mots anciens qu'elle utilise dans son roman, leur origine, leur racine, le sens qu'ils avaient à l'époque par rapport à celui qu'ils peuvent avoir aujourd'hui.
Avec À l'ombre du diable, le deuxième volet de "La Malédiction de Gabrielle", elle ne déroge pas à sa règle, et signe un magnifique roman à l'intrigue en tension, aux personnages superbement campés et aux apports historiques passionnants.

Citation

En moins de trois semaines, le souvenir d'Henri, que Gabrielle avait aimé plus qu'elle-même, son magnifique prince droit sorti d'un lai de Mme Marie de France s'estompait déjà. Il l'avait humiliée, trahie, trompée, cocufiée avec un manque déhonté de considération.

Rédacteur: Serge Perraud mardi 05 septembre 2017
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