Gueule de fer

Il vérifie rapidement que le couvercle ne fuit pas, vérifie l'autre côté aussi, puis repose la boite pour que le tapis puisse l'emporter. Il fait ça en silence, une boite après l'autre. Il se demande si quelqu'un le stoppera un jour.
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Essai - Noir

Gueule de fer

Politique - Sportif - Guerre MAJ mardi 20 février 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18,9 €

Pierre Hanot
Paris : La Manufacture de livres, septembre 2017
142 p. ; 20 x 14 cm
ISBN 978-2-35887-235-5

Tête de bois

Il s'appelait Eugène Criqui. Champion de France des poids mouches en 1912, c'est une autre partie de boxe qu'il s'en va disputer en 1914 : la guerre, celle des tranchées, là où les coups pleuvent du ciel et qu'il est impossible de parer avec ses poings. En mars 1915, une balle à fragmentation démolit une partie du visage d'Eugène. Mâchoire brisée, langue éclatée, gueule cassée. Notre Eugène est knock-out. Mais la partie n'est pas finie. Grâce à l'habilité d'un chirurgien et le secours d'une prothèse qui lui vaudra le surnom de "Gueule de fer", Eugène va s'en sortir et reprendre la boxe une fois la guerre terminée. Après une tournée en Australie où il remporte une tournée de victoires par K.O., Eugène Criqui revient en France et devient champion des poids plumes. Puis c'est la consécration à New York : il devient en 1923 champion du monde, deuxième Français après Georges Carpentier à décrocher un tel titre. Après une blessure à la main la même année, la carrière de Criqui va aller en s'amenuisant jusqu'à son retrait du ring en 1928.
Gueule de fer de Pierre Hanot est donc l'évocation de ce destin exceptionnel, évocation romancée certes, mais en rien romanesque : Eugène Criqui, enfant de Belleville et de la classe ouvrière, est un homme simple et pudique, mal aimé par son père, et qui trouve justement dans la boxe une forme de rédemption. Plutôt que de subir sa condition de prolo, Eugène Criqui préfère donner des coups pour s'en sortir. Pour autant, et en dépit de ses multiples victoires, il ne se vit pas comme un symbole, encore moins comme un sportif de haut niveau à qui il plairait de faire du cinéma ou de la politique. En 1943, Joseph Darnand lui propose d'entrer dans la Milice. Refus catégorique. Eugène Criqui, qui a combattu les Boches en 1914, ne mange pas de ce pain-là.
On sent de la part de Pierre Hanot une grande empathie pour son personnage, au point d'adopter un style d'écriture qui rappelle parfois celui de Céline. Écrit au présent, le récit pulse, vibrionne, fait mouche : Pierre Hanot boxe avec les mots comme Eugène Criqui avec ses gants. Au passage, notons le bel effort éditorial de La Manufacture des livres : présentation et maquette soignées, cahier central riche de photos du boxeur, tout est fait pour rendre présent à notre mémoire la dignité d'un homme en tous points remarquable.

Citation

Ses rixes de trottoir à Paname, l'atelier de la rue Saint-Maur, son père qu'il n'a pas su aimer, la guerre, la glaise meusienne rouge du sang de ses compagnons d'armes [...] et maintenant la conquête des Amériques, Eugène en chancelle.

Rédacteur: Pascal Hérault mardi 20 février 2018
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