Jaune soufre

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vendredi 19 avril

Contenu

Roman - Noir

Jaune soufre

Social - Assassinat - Urbain MAJ dimanche 11 mars 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Jacques Bablon
Paris : Jigal, février 2018
192 p. ; 19 x 13 cm
ISBN 978-2-37722-030-4
Coll. "Polar"

Le lien du sang

Un enfant est né. Quelques heures plus tard, un homme est assassiné. Caroline Severini, seize ans, a mis au monde Rafa puis elle est allée flinguer son beau-père, Anthony Grondin. Justice est faite. La mère de Caroline s'étant suicidée parce que cet immonde salaud la battait. Warren Grondin aussi a seize ans. Et il a déjà l'habitude de croiser les flics. En général, parce qu'il s'est battu ou a foutu le bordel quelque part. Warren Grondin est un enfant à problèmes. Mais ce jour-là, le jour où les flics lui annoncent que son père est mort, pour lui c'est un jour de merde comme les autres, ni plus ni moins. Ce père, il ne l'a pas vu depuis quatorze ans alors c'est comme s'il ne le connaissait pas. Il sait bien qu'il a une demi-sœur, mais qu'est-ce qu'elle est devenue ? Marisa Grondin aussi se fout de la mort de son père. Elle se fout aussi de son frère Warren. Des frères d'ailleurs, elle en a d'autres depuis que sa mère s'est remariée et, malheureusement, elle doit s'en occuper, alors le reste... Les années ont passé. Rafa, malgré ses diplômes, enchaîne les boulots merdiques. Il aime bien sa mère. Ou il l'aime plus que bien. Il ne sait pas. Warren continue de faire des conneries et de se demander ce qu'est devenue sa demi-sœur. Il la cherche. En attendant, il croise d'autres gens. Marisa se fout toujours de savoir qu'elle a un frère. Elle sait, en revanche, que son père a été assassiné. Elle sait aussi par qui. De temps en temps, un poison qu'elle aurait en elle, qui coulerait dans ses veines, la pousse à faire le mal.
Le style est nerveux, saccadé, sincère et efficace. L'auteur va à l'essentiel. Ses phrases et ses personnages ont ceci en commun qu'ils ne s'embarrassent pas du superflu. L'histoire est simple comme une route sans virage, et les protagonistes vont tout droit. Le ressenti en lisant est assez particulier, on a le sentiment d'être à la fois entraîné de gaieté de cœur et aspiré contre son gré. Se conjuguent l'envie d'arriver au bout (parce que c'est plaisant, passionnant, mais aussi parce qu'il y a un malaise qui nous fait assumer pleinement la joie que le roman ne soit pas trop long), et une frustration de ne pas en avoir davantage. On est bien au milieu de ces personnages qui vont si mal. On s'attache à eux tout en étant content de ne pas les connaître. Les héros sont tous des paumés qui évoluent dans un monde qui n'est plus en perdition depuis qu'il a définitivement sombré. La critique de notre civilisation est sans concession. À l'exception d'une famille heureuse comme au premier jour, simplement parce qu'elle vient de retrouver son chien, tout n'est que froideur, isolement, tromperie, déception, calcule, arnaque, misère, dégoût, saccage, vengeance, pauvreté humaine, pauvreté d'âme. Il n'y a plus de mauvaise conscience, plus de scrupule, et la moindre fleur de compassion, de compréhension, de pitié, de bon sentiment qui commence à pousser est immédiatement dédaignée, mise de côté, chassée comme un mauvais souvenir, comme si son entretien était par avance trop contraignant et demandait trop d'effort pour un résultat de toute façon décevant de prévisibilité : la fanaison. Comme si l'existence ne pouvait être acceptable qu'à condition qu'elle ne nous offre jamais rien qu'on puisse regretter.
Et dans cet univers déshumanisé, où l'instinct de survie semble être la seule force qui permet de tenir debout, la reconnaissance des siens, l'appartenance familiale est une quête. Une quête que les héros poursuivent sans s'en rendre compte. Et face à l'ignorance de l'absence qui les ronge, l'unité dans la vengeance est une tentation à laquelle ils ne pourront pas tous échapper.

Citation

Ils sont trois à descendre en bout de ligne. Les barres d'immeubles sont posées comme des pâtés sur un terrain où plus rien ne pousse. Il y a deux options pour ce type de bâtisses : les dynamiter ou les repeindre en rose. Ici, ils ont choisi de laisser pisser. Vieille de quinze ans, l'adresse ne peut plus être la bonne parce que la première chose que doivent faire les gens quand ils arrivent ici, c'est tout ce qu'ils peuvent pour se tirer

Rédacteur: François Legay dimanche 11 mars 2018
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