Le Cueilleur de rêves

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Roman - Thriller

Le Cueilleur de rêves

Scientifique - Finance - Complot MAJ mardi 10 avril 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Pascal Millet
Rennes : Sixto, septembre 2016
288 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-90939-18-9
Coll. "No border"

La mécanique des rêves

Peut-être qu'un jour, quelqu'un vous dira : "Bonjour, je m'appelle Lucas Steiner, avez-vous quelques minutes à m'accorder ?" C'est en tout cas ainsi que se présente l'employé de Yukimashi Kamita, un institut de recherches en télécommunications japonais (autant dire inaccessible). Steiner exerce le métier difficile de cueilleur de rêves. Des songes et des souvenirs qu'il va chercher dans le cerveau même des dormeurs à l'aide de capteurs pour les mettre en boîte au bénéfice des sujets, qui peuvent ainsi les consulter, et de ses employeurs. Mais que font ces derniers de ce que lui et les autres VRP du rêve récoltent ? Lorsqu'un homme et une femme surnommés par les médias "Roméo et Juliette" sont retrouvés assassinés, Lucas Steiner les reconnaît : deux cueilleurs de rêves, comme lui. Et si celui qui contrôle les rêves pouvait contrôler l'Humanité ? Attention ! Il s'agit là d'un bon roman passé inaperçu ! Pascal Millet n'en est pourtant pas à son coup d'essai, et il pratique une fois de plus ce mélange de genres qui semble aujourd'hui particulièrement fructueux, de la trilogie des "Brillants", de Marcus Sakey, à Au royaume des aveugles, de Felicia Yap. D'un thème pareil (évoquant vaguement Les Extrêmes de Christopher Priest), Hollywood aurait tiré un thriller industriel plein de courses-poursuites ou d'explosions, mais pas l'auteur qui préfère la petite musique du quotidien aux grandes orgues. Il y a du Georges Simenon, voire du Albert Camus dans ce petit homme gris s'abrutissant dans un travail routinier au nom de puissances qu'il n'a jamais vues et dont il ignore les finalités (la métaphore est évidente). Un petit homme gris soudain frappé de velléités de révolte, qui nous rappelle également le classique qu'est L'Imprécateur, de René-Victor Pilhes. Il y a aussi cette galerie de personnages décalés, surréalistes, même, où réalité et rêve finissent par s'entremêler comme cette madame Hortense, femme de chambre qui cause vaudou. L'intrigue est aujourd'hui plus qu'hier d'actualité tant on sait que des entreprises tentent de percer le mystère de notre pensée pour mieux le décoder (et nous proposer, on le sait, ce qui nous est le mieux pour nous...). Et puis il y a l'amour, le truc qui vient se mettre (souvent) au travers de la technologie. Le grain de sable qui amène son grain de sel. Pascal Millet, à travers une langue d'une fausse simplicité qui rappelle une fois de plus les deux géants précités, sait distiller sans y paraître une ironie mordante jusqu'à une conclusion douce-amère. Une réussite qui sait développer sa petite musique aux confins des genres, le tout sous une présentation très classe et une magnifique illustration, ce qui en fait un bel objet.

Citation

Ne me dites pas que vous croyez aux rêves prémonitoires. Comme si cela pouvait exister. Ils ne sont qu'une vague réminiscence du vécu de la journée. Relisez vos classiques, monsieur Steiner. Endormi, le cerveau doit fonctionner par analogie, faire des comparaisons, trier l'information, la stocker et se reposer ensuite près avoir évacué le trop-plein, c'est-à-dire le rêve. C'est complexe un cerveau, on y trouve ce que l'on y met.

Rédacteur: Thomas Bauduret mardi 10 avril 2018
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