La Haine qu'on donne

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Roman - Noir

La Haine qu'on donne

Social - Urbain - Faits divers MAJ mercredi 30 mai 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

À partir de 14 ans

Prix: 17,95 €

Angie Thomas
The Hate U Give - 2017
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Nathalie Bru
Paris : Nathan, avril 2018
494 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-09-257673-1

En héritage

Starr, jeune afro-américaine, jongle quotidiennement et depuis des années entre deux mondes diamétralement opposés mais entre lesquels elle fait bien malgré elle la passerelle : d'un côté le quartier noir et gangréné par les trafics et la violence où elle vit ; de l'autre la banlieue huppée et blanche où ses parents ont choisi de la scolariser pour lui donner les meilleurs atouts pour son avenir. Un équilibre chèrement acquis et maintenu qui vole en éclat le jour où l'un de ses plus anciens amis et voisins est abattu par une balle dans le dos lors d'un contrôle policier. En même temps que la fin de son adolescence, Starr est alors confrontée brutalement au racisme et à ses pires manifestations : son quartier s'embrase, ravivant les haines anti-Noirs et anti-Blancs qui couvaient, l'opinion publique se passionne et se déchire. Seule témoin de cette bavure – que la police conteste, arguant du comportement menaçant du jeune homme -, Starr devient tout à la fois un témoin, une complice, une porte-parole et une victime. Sans que personne ne semble se souvenir et encore moins prendre en compte son deuil et son chagrin – et ne comprenne que cette haine et cette pression dont elle devient le catalyseur pourraient la tuer tout autant que l'arme du policier trop nerveux à cause duquel tout a commencé.
Angie Thomas, dont La Haine qu'on donne (The Hate U Give) est le premier roman, a commencé sa rédaction à destination des adolescents et jeunes adultes en 2009, suite à l'assassinat d'un jeune Afro-Américain par un officier de police. Comme beaucoup de jeunes gens, elle a alors eu besoin de déverser sa révolte et sa tristesse devant un fait divers malheureusement si familier aux États-Unis – mais aussi d'analyser le terreau de cette méfiance, de cette peur, de cette colère qui mènent toujours au pire. Et c'est cette analyse effrayante qu'elle nous livre : dès leur plus jeune âge, jeunes Noirs et jeunes Blancs sont abreuvés de discours entretenant ces luttes raciales, de préjugés, et entretenus par nombre de faits divers : guerres des gangs, délinquance, bavures, ségrégation... Malgré des initiatives de plus en plus nombreuses pour tenter de dépasser ces désastreux clivages, Angie Thomas montre que la société américaine reste résolument raciste et que les premières victimes de cette haine aveugle sont les jeunes gens - indistinctement Noirs et Blancs -, qu'ils soient abattus, embrigadés dans des gangs, interdits d'ambitions professionnelles ou rendus maladivement méfiants et agressifs.
La Haine qu'on a, en montrant tout à la fois le racisme de certains et l'engagement d'autres pour le combattre, se pose comme un roman inspirant, engagé, mais aussi une fresque remarquablement dessinée de la société américaine, dans laquelle les jeunes Noirs peinent à trouver leur juste place. Une incertitude engendrée par la société, et dont elle est elle-même la principale victime, reproduisant inlassablement les schémas qui la minent génération après génération. Éclairant, et effrayant.

Citation

Pourtant, je crois qu'un jour ça changera. Comment ? Je ne sais pas. Quand ? Je le sais encore moins. Alors pourquoi ? Parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour se battre.

Rédacteur: Catherine Thiéry mercredi 30 mai 2018
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