Le Jeu de la défense

Ils ricanèrent. Malgré une vingtaine d'années de différence d'âge et une éducation diamétralement opposée, ils avaient en commun un sens du drame assez particulier. Ils connaissaient la mort et devinaient qu'elle ne valait pas un pet de chameau.
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Roman - Policier

Le Jeu de la défense

Assassinat - Procédure - Complot - Prétoire MAJ mercredi 20 juin 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

André Buffard
Paris : Plon, juin 2018
432 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-259-26336-8
Coll. "Sang neuf"

La justice est borgne

Comme le montre si bien l'illustration de la couverture de ce roman d'André Buffard, le crime est là : celui d'une femme, sexy. Et le texte nous apprend que cette jeune magistrate est bien morte, assassinée dans une cour d'immeuble, alors qu'elle rejoignait son amant. Or, ce dernier, un avocat connu, qui songeait à s'emparer de la mairie de Lyon, était bel et bien sur les lieux du crime. Tout l'accuse, car il hésitait à divorcer et la maîtresse commençait à poser des ultimatums génants. En plus, des indices vont faire jour, des preuves indirectes qui l'accableront davantage. Pourtant, les premiers chapitres nous ont montré qu'à proximité de la victime, d'autres coupables, tous aussi sérieux, se tenaient dans l'ombre : le compagnon de la victime, un policier sanguin et jaloux ; la femme de l'avocat, qui supportait ses frasques mais n'aurait pas voulu qu'il la quitte ; un clochard violent et obsédé sexuel ; Ben Bella, un truand, qui s'inquiétait des enquêtes se resserrant autour de lui et menées par la magistrate ; sans oublier une sombre affaire de scandale immobilier qui pourrait mettre en lumière des intérêts économiques importants. Les choses se compliquent quand un corbeau anonyme donne des indices confondants pour l'assassin présumé. Ce dernier choisit David Lucas, un avocat confirmé (qui sera le narrateur principal de cette histoire, en alternance avec des éléments rapportés par André Buffard). Donc Maître David Lucas commence ses investigations pour contrer cette enquête menée à charge et va ouvrir de nouvelles pistes, notamment en direction du policier. Tout se complique encore lorsque ce même policier abat dans une bavure son collègue qui venait de témoigner en sa faveur et était son alibi, et Ben Bella ! Maître David Lucas s'approche-t-il trop de la vérité pour que quelqu'un fasse courir des rumeurs auprès de la mafia locale sur le fait que c'est lui qui aurait dénoncé certains de ses clients ?
Le roman est ainsi construit sur de multiples rebondissements. Les premiers chapitres sont montés intelligemment pour présenter les motivations des personnages qui se retrouvent tous dans un périmètre restreint autour de l'endroit où le cadavre sera retrouvé. Puis l'avocat (dans lequel l'auteur, lui-même avocat, a placé beaucoup de son expérience et s'est montré sous un jour flatteur) cherche tous les éléments qui peuvent innocenter son client, créant de la confusion. On se représente souvent la justice comme aveugle mais, peut-être, de manière plus réaliste, ne regarde-t-elle les choses qu'avec un seul regard, un seul œil. Les pistes, les manœuvres des autres protagonistes, les coups de théâtre, permettent de présenter l'affaire de manière chronologique et avec efficacité et humour. Le personnage central et André Buffard derrière lui en profitent pour parler par touches de la pratique judiciaire, des coups fourrés, du jeu avec la vérité, et les déformations de celle-ci, des liens complexes qui peuvent se former entre le monde judiciaire, les policiers et les clients plus ou moins honnêtes des avocats (parfois prêts à tuer l'avocat qu'ils soupçonnent ou au contraire voulant l'aider car ce dernier les a sauvé de la prison). Nous ne sommes pas dans ces interminables scènes de prétoire qu'aime John Grisham, mais dans une version française où se déroule le fonctionnement de la justice avec ses forces et ses incohérences, ses partis pris, ses volontés et ses manques de moyen ou de compétence. Le Jeu de la défense montre bien, par l'absurde presque, comment derrière l'idée de justice, ce sont des êtres imparfaits qui tentent de faire de leur mieux ou bien alors qui fonctionnent suivant des critères personnels pour se servir plus de la justice qu'ils ne la servent. Parsemé de formules cyniques de l'avocat qui présente aussi son métier comme un jeu, comme une partie de gendarmes et de voleurs où il convient de convaincre plus que de dire la vérité (et les derniers chapitres qui renversent plusieurs fois la table pour dévoiler la vérité sont fins et sensibles), le roman est une machine intellectuelle qui présente bien les forces, les enjeux et les personnes qui les incarnent, dans un ton enjoué, rapide, voltairien.

Citation

J'avais fait de ce pauvre type une proie idéale qui avait avoué tout ce qu'on avait voulu lui faire avouer pour que ça cadre, et qui allait être broyée par la machine judiciaire.

Rédacteur: Laurent Greusard mercredi 20 juin 2018
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