Gabacho

Avec Fantômas, la société plonge dans une ivresse de carnaval et dans le vertige d'un doute qui se propage à partir de ce trou noir : sa figure, impossible à cerner.
Thierry Thomas - Cependant Fantômas
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

Le Passager clandestin
Douze années après avoir fait escale à Tahiti, Georges Simenon propose un roman noir exotique plombé de n...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

dimanche 16 décembre

Contenu

Roman - Noir

Gabacho

Sportif - Urbain - Immigration clandestine MAJ samedi 27 octobre 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 0 €

Aura Xilonen
Campéon Gabacho - 2015
Traduit de l'espagnol (Mexique) par Julia Chardavoine
Paris : Liana Levi, février 2018
364 p. ; 18 x 12 cm
ISBN 979-10-349-0001-5
Coll. "Piccolo", 139

Affronter le quotidien sur un ring

L'éthymologie est une science qui s'avère toujours source de surprises. Il en est ainsi de l'origine du mot "gabacho" qui donne son titre au premier roman de la toute jeune Mexicaine Aura Xilonen. De l'Espagne au Mexique en passant par la Californie, le terme a beaucoup voyagé et donc évolué. Il n'est plus question d'un Français grossiers, mais plus sûrement d'un homme, à la fois mal éduqué et mal habillé. Cet homme, c'est Liborio, un wetback comme on nomme ces émigrés mexicains qui ont franchi le Rio Grande à la nage et qui vivent dans la clandestinité du rêve américain. Le rêve pour Liborio, il se nomme Aireen. Homme à tout faire dans une petite librairie qu'il ne quitte presque pas, il subit les quolibets quotidiens de son patron tout en rêvant de cette voisine de quartier qui a à peu près son âge, qui est hypnotisante de beauté, et qui balade un chien tôt le matin. Au fil des pages, on comprend néanmoins qu'il y a un respect réciproque entre le garçon et le boss, ce dernier l'incitant maladroitement à s'instruire en lisant des livres sous emballages plastiques mais en y faisant attention. Liborio est un jeune homme intègre et entier. Il est par ailleurs brut et peut s'avérer violent. Un jour qu'il n'y tient plus, il flanque une dérouillée à toute une bande qui a importuné Aireen. Cette dernière, loin de le remercier le rabroue avant qu'un lien ne se crée. C'est l'heure pour Liborio des papillons dans le ventre et des emmerdes en veux-tu, en voilà. Il se fait passer à tabac, la librairie est vandalisée, d'étranges individus lui cherchent des crosses et une course-poursuite dans un centre commercial en compagnie d'Aireen se termine mal pour lui. Et le voilà de retour presque à la case départ dans un asile pour enfants abandonnés. Et c'est bien l'heure d'un nouveau départ qui sonne. Car Liberio a un atout : sa fulgurance et son endurance. Alors, il s'entraîne dur à la pratique de la boxe et apprend l'humilité au côté de Naomi, une enfant insouciante qui se trimballe en fauteuil roulant, qui lui colle aux basques parce qu'elle est amoureuse de lui, et qui rêve d'être avocate. Les pages du témoignage de Liborio défilent avec des allers et retours dans le passé. On découvre petit à petit ce que le garçon a souffert, et d'où lui viennent cette rage et cette violence. On suit avec ravissement ses péripéties actuelles, et on le trouve éminemment sympathique. Pourtant, il est brut, non modelé, simple mais absolument pas simpliste. Ce gabacho est certes mal éduqué, mais il apprend vite : on est surpris de ses lectures et encore plus de ce qu'il en retire. On est encore plus surpris de ses erreurs grossières, voire naïves. Aura Xilonen use joliment d'un travail sur l'écriture. Si au début du roman on découvre avec Liborio de nombreux barbarismes et quelques néologismes de bon aloi, peu à peu ils s'estompent, et l'on se surprend à le découvrir de nouveau, avec une langue florissante mais un peu moins imagée. Comme s'il s'était intégré un peu malgré lui. Les histoire d'amour finissent mal en général, et celle avec Aireen n'échappe pas à la règle. Ce premier roman d'Aura Xilonen, tout empreint d'un regard bienveillant sur ses personnages, est doté d'une jolie touche humaniste malgré la noirceur qu'il dépeint. Un plaisir de lecture...

Citation

Tu sais, elle court de tous les côtés. Elle travaille beaucoup. Elle veut continuer ses études, mais de nos jours, on doit travailler comme des Noirs pour essayer de survivre comme des Blancs.

Rédacteur: Julien Védrenne samedi 27 octobre 2018
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page