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Roman - Policier

Passage des ombres

Ésotérique - Guerre - Assassinat MAJ samedi 03 novembre 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 23 €

Arnaldur Indridason
Skuggasund - 2013
Traduit de l'islandais par Éric Boury
Paris : Métailié, mai 2018
304 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 979-10-226-0775-9
Coll. "Noir - Bibliothèque nordique"

Les ombres du passé

Le livre se déroule, essentiellement à Reykjavik, sur deux plans temporels, le premier à la fin de la Seconde Guerre mondiale, au cours de la période "d'occupation" américaine, le second à l'époque actuelle, c'est-à-dire soixante-dix ans plus tard.
Dans le passé, un soldat américain du nom de Frank Carroll, et Ingiborg, la jeune Islandaise qu'il fréquente contre l'avis de son père (lequel occupe un poste politique important), découvrent, derrière le chantier du Théâtre National, le cadavre d'une jeune femme étranglée qui s'appelle Rosamunda, a été adoptée et a subi un avortement. Mais le soldat refuse d'appeler la police. (Un meurtre peut d'ailleurs en cacher un autre, car une autre jeune fille a disparu trois ans plus tôt, bien que son cadavre n'ait jamais été retrouvé, après avoir déclaré avoir été agressée par des elfes). Mais une femme qui a reconnu en Ingiborg une ancienne élève les a vus et bientôt l'enquêteur Flovent et Thorson, son collègue d'origine canadienne qui travaille pour la police militaire américaine, viennent interroger Ingiborg en qualité de témoin et découvrent que l'identité du soldat est fictive.
Dans le présent, un vieux solitaire de quatre-vingt-dix ans, Stefan Thordarson, est retrouvé mort chez lui, apparemment victime d'un infarctus. Mais Svuanhildur, la légiste, découvre qu'il a en fait été étouffé sous son oreiller. Dans un livre, chez lui, on retrouve de vieilles coupures de journal ayant trait au meurtre d'une jeune femme, à la fin de la guerre, ainsi que la photo d'un jeune homme datant des années 1950. Konrad, retraité de la criminelle, qui a grandi dans le quartier des Ombres et dont le père était spirite, se souvient de cette affaire non résolue, et demande à Marta, née l'année du crime, qui travaille maintenant dans ce service, de lui permettre d'avoir accès au dossier. Il apprend que le vieil homme était ingénieur de profession, canadien d'origine et s'appelait alors... Thorson. Il ne fréquentait personne mais, peu avant sa mort, il était allé voir dans sa maison de retraite une certain Vigga (Konrad se souvient d'une femme de ce nom qui habitait son quartier dans son enfance et avait une réputation d'herboriste et de sorcière).
Le reste de l'intrigue tourne largement, tant dans le passé que dans le présent, autour du spiritisme, des elfes et des contes populaires. Et il est marqué par la mort violente d'un suspect puis par celle de Flovent. Le dénouement est assez subtil et complexe, et joue un peu avec les nerfs du lecteur, mais l'auteur réussit bien à mener de front les deux facettes historiques de cette histoire sans qu'elles se télescopent trop dans son esprit, et à colmater les brèches d'une enquête (passée) par une autre (dans le présent). Et c'est ainsi que les ondes d'un crime se répercutent à travers les générations et en entraînent d'autres. Dans tout autre pays que l'Islande, on aurait peut-être du mal à accepter la présence de tels éléments fantastiques dans l'univers du polar. Étant donné la rareté et le caractère disséminé de sa population, il est aussi plus facile d'accepter certains télescopages en matière de personnes et de lieux. La vraisemblance est donc sauvegardée, en fait, même si elle offre matière à étonnements.
Ce roman qui marque la fin du cycle des "Ombres" n'est sans doute pas à la hauteur des meilleurs volumes de la série centrée sur Erlendur. Mais l'auteur a eu le mérite de s'apercevoir qu'il était temps de se renouveler, et il ne s'en est pas mal tiré en se recentrant sur l'une des rares périodes où l'Islande a été effleurée par le vent de l'histoire mondiale. Et la problématique de l'occupation, fût-elle "amicale", apparait bien. Au total un solide polar, assez original et bien mené.

Citation

Je crois que les contes populaires nous permettent de comprendre l'univers mental des petites gens.

Rédacteur: Philippe Bouquet samedi 03 novembre 2018
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