Nager dans les dollars

SMERSH était l'acronyme russe de Smiert Spionem, "mort aux espions". Il s'agissait d'une vieille organisation soviétique créée par Staline pendant la Seconde Guerre mondiale, destinée à éliminer tous les traîtres de l'Armée rouge, mais également les espions... et les opposants... et les semblants d'opposants... et les presque contre... et les pas tout à fait pour... et aussi un peu les autres ! Bref, tout ce qui pouvait agacer les gencives du "petit Père des peuples" - et, en effet, le petit père dépeuple !
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mercredi 21 novembre

Contenu

Roman - Policier

Nager dans les dollars

Braquage/Cambriolage - Finance MAJ samedi 03 novembre 2018

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 15,9 €

François Marchand
Monaco : Le Rocher, mai 2018
152 p. ; 19 x 14 cm
ISBN 978-2-268-09993-4

Retour sur endettement

Le narrateur travaille dans le service contentieux d'une petite entreprise. Son travail consiste à faire peur aux petits débiteurs afin de récupérer quelques pièces. Un jour pourtant passe sous ses yeux une créance importante : un certain Mandarin doit plus de quinze millions d'euros à la société Adsum, car les noms latins sont à la mode. Le narrateur planque le dossier et décide de trouver une solution sur ce cas qui lui permettrait de dégoter le pactole. Grâce à des relations, il comprend que la société Adsum cotée en bourse ne veut pas de scandale et a préféré traiter un détournement de fonds par un de ses cadres comme une vulgaire affaire de dettes afin de ne pas affoler les marchés. Car Adsum est une entreprise brillante dont le chiffre d'affaire s'évoque en millions, et elle ne peut se permettre de dévisser en Bourse. Le narrateur se fabrique donc de faux papiers et un faux CV afin d'infiltrer la société et d'obtenir des indices sur le fameux Mandarin. L'affaire va le conduire jusqu'aux États-Unis, avec de multiples rebondissements.
Le roman est court et c'est logique car il s'agit d'une pochade intelligemment menée. L'auteur, François Marchand, s'amuse à montrer comment une grosse société brasse du vent, crée de la richesse à partir de l'argent qu'elle attire et en se maintenant sans véritable raison mais en s'appuyant sur une façade de cadres ultra-compétents qui passent leur temps à ne pas travailler mais à tenter d'avoir plus d'argent. Dans ce système qui se mord la queue, mais qui est peut-être crédible, les quinze millions, on s'en doute, sont une paille et la société, en glissant ce vol dans une dette, a simplement effectué un déplacement comptable quasiment invisible. Le contraste entre ce monde hyper-capitaliste qui se moque de cette perte et évolue dans un système kafkaïen incompréhensible et le narrateur et ses amis qui se battent pour gagner deux francs six sous se renforce dans la deuxième partie. En effet, aux États-Unis, le rêve capitalise est décrit dans l'État de l'Alabama, entre petits bungalows minables, motels sans grâce et magots enterrés aux pieds des drapeaux confédérés, au fond du jardin. Un endroit où l'on peut être arrêté si l'on n'a pas d'armes, et où tirer sur un Noir est une preuve de bon goût et de patriotisme. Nager dans les dollars s'apparente à ces petits romans sans prétention, ces nouvelles amusées qu'écrivaient Marcel Aymé ou les hussards, comme Roger Nimier, pour se délasser. On sourit au fil de la lecture et puis on oublie rapidement, à part quelques images sympathiques mais qui ne suffisent pas à rendre indispensable un roman sans prétentions.

Citation

1600 euros nets par mois pour traquer des types qui gagnaient encore moins de sous : des endettés, des surendettés, des sous-endettés et même parfois des gens qui n'ont aucune dette. Des homonymes, poursuivis par erreur. Ceux-là, on ne les rate pas, car c'est toujours vexant, dans la vie de bureau, de faire des erreurs.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 03 novembre 2018
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