Écran noir

Je m'appelle Mary Katherine Blackwood. J'ai dix-huit ans, et je vis avec ma sœur Constance. J'ai souvent pensé qu'avec un peu de chance, j'aurais pu naître loup-garou, l'index est aussi long que le majeur, mais j'ai dû me contenter de ce que j'avais.
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Roman - Noir

Écran noir

Musique - Enquête littéraire - Artistique MAJ lundi 26 novembre 2018

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Inédit

Tout public

Prix: 9 €

Noël Balen
Paris : Marest, octobre 2018
138 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 979-10-96535-14-9

Trajectoire scénaristique

Avec une certaine sensibilité, Noël Balen distille des digressions cinématographiques et musicales à travers l'histoire de l'écriture d'un scénario de film pour producteurs sans goûts ni reliefs. Son narrateur est un écrivain féru de jazz, de cinéma et de littérature quoique ses connaissances pour cette dernière sont plus limitées. L'homme est capable de passer des Aristochats (le narrateur a une certaine affection pour Walt Disney et son histoire) à Bird, et d'Anatomy of A Murder aux Blues Brothers, tout en maniant l'art de la concision. De Giene Tierney, Hedy Lamarr et James Stewart, on en saura peu sauf qu'il admire la qualité de leur jeu, et qu'il semble regretter cette époque même s'il ne délaisse absolument pas le cinéma contemporain. De Bertold Brecht et Charles Péguy, on aura le droit à des bribes sous formes de citations. De Lester Young à Fats Waller, le narrateur nous plonge dans un monde musical avec sobriété et classe, et n'hésite pas à franchir la frontière poreuse entre cinéma et musique, et à rappeler que l'image de Hollywood n'est pas que reluisante. Il sera également question de vins et de gastronomie parmi tant d'autres errances. Mais revenons à l'intrigue. Le narrateur, marié et père, Parisien qui renie les bobos (il se crée une certaine empathie malgré ce qui peut s'apparenter à une pédanterie occasionnelle), se retrouve attablé avec Bernard Chevrier et Patrick Gumblowisz de chez Palissandre Productions. Ces derniers veulent qu'il leur écrive un scénario de film qui retrace la vie d'une chanteuse de blues qui vit entre la France et les États-Unis. Il a le malheur d'accepter, surtout pour des raisons financières. S'il se replonge dans ses vieux disques, magazines et DVD pour trouver de l'inspiration, il n'en oublie pas pour autant sa famille à qui il offre certains moments privilégiés. Il ne se passe pas grand-chose dans cette agréable histoire. Le narrateur tient son fil directeur. Il connait déjà sur le presque bout des doigts la trajectoire de Loretta, une femme qui s'est émancipée très tôt du giron paternel d'un pasteur et qui a été bercée par les negro-spirituals et le gospel même si révélée sur le tard. Il tente de convaincre les financiers obtus de ne pas s'immiscer dans son travail. Mais Chevrier et Gumblowicz s'avèrent être de drôles de zigues, et il aurait mieux valu ne pas faire affaire avec eux. Le narrateur en sera pour ses frais même si la fin redonne une certaine acidité à la morale. On connaissait Noël Balen pour sa fresque romanesque "Le Sang de la vigne" au côté de Jean-Pierre Alaux, et pour sa série des "Crimes gourmands" avec Vanessa Barrot, on avait peut-être oublié l'ancien contrebassiste poète à ses heures pas perdues et critique de jazz. Ce petit roman sans prétention écorne quelques métiers qui gravitent dans le monde de la culture à défaut de celui de l'art, et se lit comme une observation amusée de l'absurdie du 7e Art tout en attisant la curiosité.

Citation

Oui, j'aimerais bien le revoir, mais cela fait déjà un moment qu'il a disparu de mes rayonnages. Je me souviens de l'avoir prêté à quelqu'un qui ne me l'a jamais rendu. C'est bon signe, en général. C'est toujours rassurant de savoir qu'on fréquente des personnes de goût, certes malhonnêtes ou peut-être amnésiques, mais avec un certain discernement.

Rédacteur: Julien Védrenne lundi 26 novembre 2018
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