Au nom du père

Un homme qui ne parle pas, on ne peut plus savoir s'il est intelligent ou bien stupide.
Jean-Patrick Manchette - La Position du tireur couché
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 24 mai

Contenu

Roman - Noir

Au nom du père

Gang - Urbain - Apocalyptique MAJ jeudi 07 mars 2019

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21 €

Éric Maravélias
Paris : Gallimard, février 2019
384 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-07-278971-7
Coll. "Série noire"

Vous qui vivez ici, perdez tout espoir

Avec Au nom du père, nous sommes dans un futur proche, dans un univers qui pourrait s'apparenter aux cauchemars que développe régulièrement Enki Bilal. L'Europe ressemble à une forteresse assiégée. Tandis que les riches et les puissants se protègent grâce aux milices, dans la vie quotidienne, chacun doit se débrouiller comme il peut. Aussi, les masses de migrants, coincées dans les interstices de la société, servent de menues monnaies pour les différents trafics et marchés noirs qui ponctuent ces jungles urbaines que sont devenus les mégalopoles, dont le Grand Paris. Certains migrants, mafieux, des anciens pays de l'Est, veillent avec attention sur leur business. Dante et Falcone sont deux de ces migrants venus il y a plus de vingt ans en France. Amis, associés, ils se sont protégés l'un l'autre, et ont ainsi de lourds secrets qui pèsent sur leurs épaules. L'un est albanais et l'autre italien, mais tous les deux ont baigné dans la même Méditerranée, un bassin où ils ont découvert le même sens du tragique. À présent, le poids des années est là aussi et il subsiste entre eux un goût d'amertume car il existe un fils caché devenu, à son tour, un petit truand, faisant ses armes pour prendre la succession, sans savoir que son "vrai" père le surveille. Il y a aussi une jeune femme fatiguée de ces entourloupes et règles criminelles, enceinte, et qui voudrait fuit, peut-être en volant la recette d'une transaction. Enfin, il y des petits dealers ou drogués qui vont se trouver entre les coups fourrés que se livrent les grands. Peuvent-ils s'en sortir ? Ne sont-ils que de la chair à canon ? Y a-t-il une place pour l'amour, la vie, l'amitié dans un monde en décadence et où le darwinisme dans son acceptation la plus sordide règne ?
Le récit d'Éric Maravélias est construit comme une tragédie et, de nombreuses fois, on a l'impression d'une situation, d'un événement, d'une phrase qui nous rappellent un passage mythique, une allusion à une tragédie, réactivée dans une sorte de présent légèrement futuriste. Le rendu des psychologies des personnages passe principalement à travers des dialogues, des discussions où se nouent les incompréhensions, les lâchetés et les compromissions. Lorsque des pieds nickelés se retrouvent à leur corps défendant au sein de l'intrigue, cela donne une version grave et poétique de ce qui provoquait l'humour et l'ironie dans certains passages de Pulp Fiction (les discussions entre les deux tueurs en voiture par exemple). À défaut d'une grande originalité thématique (de la drogue, des rivalités à l'intérieur d'un gang, l'obligation d'être dur pour survivre, un membre de la bande qui veut fuir avec une partie de l'argent, etc.), le roman offre surtout un travail stylistique, une écriture qui joue sur l'épure, sur la trame fine de la tragédie, sur un décor urbain sociologique et politique un peu décalé pour réaliser un roman sans concession, âpre, aux personnages comme des écorchés dans une planche anatomique. Dans le roman, soudain, une voiture file, entraînant sa conductrice vers la liberté ou la mort, et l'on se dit que c'est peut-être la même chose, et l'on se trouve assis là dans la voiture, à espérer et en même temps en sachant que cela ne peut pas finir bien... Au nom du père est un roman qui confirme tout le bien que l'on pensait d'Éric Maravélias.

Citation

Il l'avait réalisé son rêve. Il avait vu la mer. Et il ne lui trouvait rien de fantastique. Le ciel était gris. Déteignant sur elle. Rendant ses eaux blafardes. Tout semblait mort. Pas âme qui vive, à part ces saloperies d'oiseaux qui passaient leur temps à hurler.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 07 mars 2019
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page