Crow

Notre bonheur était lisse. Petit-bourgeois, te disais-tu ? [...] Issu d'un milieu modeste, j'avais travaillé pour réussir. Nous ne volions personne. Nous désirions une société plus juste, nous jouissions du présent, à défaut de croire à la vie éternelle.
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vendredi 26 avril

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Roman - Thriller

Crow

Tueur en série - Écologique - Vengeance MAJ lundi 18 mars 2019

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,95 €

Roy Braverman
Paris : Hugo, mars 2019
22 x 14 cm
ISBN 978-2-7556-4083-0
Coll. "Thriller"

Crow ou la vie (moderne) dans les bois

Roy Braverman n'est autre que le pseudonyme de Ian Manook qui n'est d'ailleurs rien d'autre que le pseudonyme d'un certain Patrick Manoukian (ce n'est sans doute pas un hasard si, par une ironie douce, l'un des personnages de Crow est un chasseur de primes d'origine arménienne et qui explique par des aphorismes combien les Arméniens sont des gens biens et forts). À côté de ses romans exotiques et ethnologiques (en Mongolie, au Brésil ou en Islande), l'auteur a décidé de créer aussi une trilogie qui prend pour décor les États-Unis. Il y aura donc des tueurs en série dans le livre. Mais (appelons-le) Roy Braverman a décidé cependant de ses propres choix et thématiques, et même dans l'Amérique d'aujourd'hui, ce qui va l'intéresser et le motiver, ce sont les grands espaces, la rencontre plus ou moins harmonieuse avec la nature, une nature aussi rude et sauvage que le vernis culturel des humains qui s'estompent devant leur nature profonde. Dès le départ, le ton est donné puisque nous sommes dans un parc d'attractions où tout va se déglinguer et où la nature encadrée transformée en espace de loisirs redevient un piège dangereux pour l'humain, dans une sorte d'humour noir grinçant. À ce titre, également, l'image centrale du roman et de l'intrigue est sans doute une policière qui attend régulièrement le passage d'un orignal venant la regarder le soir à travers la baie vitrée de sa maison. Il ne se passe rien d'autre que ce contact mais ce dernier est très fort et au-delà des mots. En dehors de ce mammifère plutôt reposant, ce seront surtout des ours et des loups qui parsèmeront le roman, et ce notamment dans une longue scène captivante où un "tueur en série" a disposé deux cadavres ensanglantés dans des positions macabres au bord d'une route. Lorsque des passants puis les policiers voudront intervenir, ils se trouveront confrontés soit à une ourse qui a jeté son dévolu sur un des corps soit àune meute de loups qui s'est approprié le second. Au cœur du roman, il y a un tueur en série et son camarade, injustement accusés. Les deux hommes ont décidé de rester en plein milieu d'une forêt et de se "soigner", de se guérir des pulsions meurtrières en y vivant. C'est compter sans un ancien policier, dégradé des services de police parce qu'il n'a pas pu mener à bien son enquête. Il décide de créer un piège en commettant un meurtre rituel afin d'attirer les deux hommes. Son but : se venger et prendre l'argent que l'innocent a obtenu des services judiciaires pour compenser son incarcération. Mais pour ce faire, il avait besoin d'argent et a commis un hold-up qui lui vaut d'être poursuivi par un habile chasseur de primes...
Des policiers chargés d'arrêter les deux tueurs accusés d'avoir replongé, ce policier qui les pourchasse, l'Arménien recouvreur qui le suit, et des hommes de circonstance embauchés pour aider l'une ou l'autre de cette traque... Tout ce beau petit monde se retrouve donc dans les espaces grandioses (les déserts du sud puis les grands espaces gelés de l'Alaska) dans des poursuites sanglantes. Crow n'est pas un récit reposant, mais un texte où Roy Braverman s'amuse au milieu des décors qu'il lui plait de dessiner avec des humains, perdus ou luttant, qui essaient de conserver leur humanité, une humanité très axée sur la dichotomie entre nature et civilisation : faut-il créer de l'ordre à la partir de la nature ou au contraire s'y fondre en acceptant ses lois ? Le choix final des deux poursuivis est peut-être une réponse, les scènes entre la policière et l'orignal une autre. En tout cas, Roy Braverman nous livre un roman fort et prenant, que l'on trouverait extrêmement classique dans sa forme et son fond s'il avait été écrit outre-Atlantique, et qui est un hommage aux grands maîtres que publient depuis quelques années les éditions Gallmeister. Conçu comme une trilogie, ce deuxième volet s'avère plus fort et prenant que Hunter, le premier volet. On attend maintenant avec envie et perplexité la conclusion de ce triptyque.

Citation

Ils n'emportent que le strict nécessaire à leur survie. Quelques provisions, leurs armes et leurs outils. Un sac de couchage et une couverture chacun, une tente igloo. Et ce qui reste de leur pharmacie et des préparations de sorcier de Hunter.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 18 mars 2019
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