L'Envers de la charité

C'était la première fois qu'il voyait la capitale dans son ensemble. Lui qui n'avait connu que le grouillement de la ville, son agitation permanente, à peine interrompue par le silence de la nuit, ses odeurs de sang et de boue, les émanations infectes des déjections mêlées à celles des cadavres qui pourrissaient à la morgue du Grand Châtelet, à Montfaucon ou au cimetière des Innocents...
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Roman - Policier

L'Envers de la charité

Historique - Huis-clos - Poison MAJ vendredi 19 avril 2019

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 14 €

Pascal Grand
Orléans : Pavillon noir, février 2019
398 p. ; illustrations en noir & blanc ; 20 x 12 cm
ISBN 978-2-36799-053-8

Lyon noir

1786. Après le succès de son enquête à Orléans, le chirurgien Antoine Léonard Toussaint peut à loisir promouvoir sa science nouvelle, la chirurgie judiciaire qui permet de contribuer à la résolution de crimes par l'autopsie des cadavres – ce qui deviendra la médecine légale –, développée dans son Traité de chirurgie judiciaire à l'usage des chirurgiens jurés. Par un été étouffant, il est invité à Lyon pour donner des cours au collège de chirurgie local. Mais il trouvera également une autre tâche : suivre l'enquête sur la mort du recteur Eugène Coudurier, en charge de l'apothicairerie de l'Hôpital général de la Charité. Plus intriguant encore, son prédécesseur, le recteur Lefebvre, a également été assassiné six mois plus tôt. Des forfaits qui entachent la vertu de l'Aumône Générale, une institution dépendant de la générosité des citoyens. Toussaint voit dans cette enquête l'occasion d'enrichir le deuxième tome prévu de son traité. Or l'hôpital, séparé en petites communautés distinctes, abrite plus de cinq cents résidents, une population fluctuante au gré des entrées et sorties. Un monde en vase clos où le vernis de vertu cache bien des turpitudes... Alors que l'on part pour principe que les meurtres sont relatifs à l'apothicairerie, Toussaint découvre vite qu'une redoutable bande écume Lyon, menée par une flamboyante jeune femme douée pour le travestissement... Mais en épluchant des achats surprenants de terrains ou participèrent les recteurs défunts, il transparaît que l'affaire pourrait avoir une origine bien plus lointaine, sur une découverte faite de l'autre côté des mers...
Il est deux écoles du roman historique : l'une se base entièrement sur la vérité historique, scrupuleuse, quitte à produire des ouvrages passablement ennuyeux, et l'autre prend l'Histoire comme toile de fond pour raconter une histoire (quitte à donner des coups de canif dans la crédibilité, maintenant que les séries télévisées ont inculqué que le passé, l'avenir, les terres lointaines, tout n'a qu'un seul référent : ici et maintenant...). Dans ce deuxième volume consacré à Antoine Léonard Toussaint, Pascal Grand réussit l'exploit de concilier les deux. Déjà, le choix de prendre pour protagoniste ce précurseur de la médecine légale était magistral, et on découvre avec un vif intérêt ce qu'il pouvait accomplir avec les moyens de la médecine d'époque : inutile de dire que quiconque a un intérêt pour le sujet devrait être satisfait. Quant au décor lyonnais, il est judicieusement utilisé sans jamais tomber dans le pittoresque. Enfin, si l'enquête touffue est d'un classicisme qu'Agatha Christie n'eût point reniée, donnant tout son sens à l'ancienne appellation "roman de mystère et d'aventure", sans déflorer, la conclusion offre un mobile réellement surprenant, à la fois logique et ancré dans l'histoire. Que du bon donc, même si on peut reprocher à Pascal Grand une langue peut-être pas assez mordante, qui ne fait plonger qu'imparfaitement dans l'ambiance de cette métropole d'antan et ce décor toujours fascinant d'un hôpital de temps révolus.

Citation

Il arrive qu'une odeur alliacée se dégage de l'appareil digestif, sans qu'on doive en tirer une conclusion prématurée. Mais ici, plusieurs signes concourent : l'aspect granuleux de la substance, sa couleur blanchâtre, les vapeurs brunâtres à l'odeur d'ail qui se dégagent quand on la dépose sur des charbons ardents — il s'agit d'acide arsénieux. Nous pouvons affirmer que cet homme a ingéré ce que le commun appelle arsenic.

Rédacteur: Thomas Bauduret vendredi 19 avril 2019
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