Le Faubourg des diaboliques

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Roman - Policier

Le Faubourg des diaboliques

Politique - Historique - Social MAJ mardi 23 avril 2019

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19,9 €

Philippe Grandcoing
Riom : De Borée, mars 2019
290 p. ; 23 x 14 cm
ISBN 978-2-8129-2484-2
Coll. "Vents d'histoire"

Aube d'un nouveau monde

Il existe sur France culture une émission intitulée Concordance des temps et qui cherche à mettre en parallèle une situation contemporaine et un épisode historique plus ancien avec lequel il pourrait entrer en résonance. Sans faire exprès, car l'intrigue et les péripéties de ce récit doivent être antérieures à ces dernières semaines, il y a au cœur de ce roman de Philippe Grandcoing, la palpitante aventure des vignerons du Languedoc au début du XXe siècle. Confrontés à une grande concurrence (notamment les vins produits moins chers dans l'Algérie française de 1907), ceux-ci entament un bras de fer violent avec le gouvernement, poussant ce dernier à envoyer l'armée pour mater les troubles. Mais c'est risquer que les soldats du rang basculent du côté des émeutiers. En tout cas, les rumeurs courent, et des policiers ont infiltré les manifestants pour provoquer la foule. Parmi ces policiers, un certain Lerouet, que nous connaissons puisqu'il a déjà été un personnage central de la première aventure écrite par Philippe Grandcoing, Le Tigre et les pilleurs de Dieu. Ce Lerouet est un policier, républicain, attaché à Clemenceau et qui, entre deux enquêtes, poursuit des recherches complexes sur sa propre famille. Sa mère n'a jamais déclaré le père de l'enfant qu'il a été. Pourquoi ? Quelle mésalliance cache ce secret ? C'est ce que cherche à découvrir Lerouet avec l'aide d'Hippolyte Salvignac. Hippolyte Salvignac est d'ailleurs le personnage central de cette série. Antiquaire parisien, il a une liaison compliquée avec une veuve de la noblesse surveillée par des héritiers qui espèrent la surprendre en flagrant délit afin de la déposséder de son héritage. Du coup, pour pouvoir quand même voir sa belle, il a délégué la gestion de son magasin à un adjoint particulièrement entreprenant qui s'est mis en relation avec les milieux artistiques novateurs de ce début de siècle (ce qui permet à Philippe Grandcoing d'évoquer dans l'intrigue le Bateau-lavoir, les débuts de Picasso...). Avant de pouvoir convoler avec la belle noble de province, Salvignac a eu une maîtresse dont le mari vient de mourir, assassiné. Au moment du meurtre, Salvignac était dans un bordel, en conversation secrète avec Clemenceau, ce qui rend difficile la présentation de son alibi, d'autant que certains membres de la police ne sont pas forcément en adéquation avec leur ministre. Salvignac va donc tâter de la prison, mais il parvient à s'en sortir car un autre suspect s'avère encore plus plausible : une connaissance des milieux de l'art moderne qui fréquente son magasin !... Voilà donc Hippolyte Salvignac essayant de démêler les fils de l'enquête complexe, tout en poursuivant ses recherches pour trouver le père de Lerouet et le tout en devant traverser les régions sudistes, en pré-guerre civile et au milieu de ses propres problèmes amoureux.
Philippe Grandcoing prend son temps et, visiblement, installe son personnage dans la durée, s'appuyant sur les ressources du feuilleton : amours contrariées, forces opposées qui travaillent dans l'ombre, meurtres mystérieux. Son premier travail d'historien lui permet d'avoir une vision claire des enjeux et du contexte de l'époque, qu'il restitue avec soin, autant dans ses manifestations classiques (l'émeute des vignerons), dans ses aspects politiques (les tensions entre des passions politiques antagonistes ou des luttes de pouvoir au sein des Républicains) que sociologiques (la France de 1907 est encore une France "éternelle", une France des siècles passés où l'on se soucie du qu'en dira-t-on) ou culturelles (la montée des artistes de la modernité, les débuts de l'art nègre). L'ensemble de ces éléments se répondent avec soin, au sein d'une construction intelligente et bien menée, pour aboutir à une série historique de qualité, sachant présenter l'époque, sans oublier d'intéresser le lecteur avec des intrigues classiques. Ce Faubourg des diaboliques confirme les qualités déjà décelées dans le premier volet des aventures d'Hippolyte Salvignac.

Citation

C'est beau, comme tu dis, et en même temps c'est aussi une prison, un couvent plutôt. Je m'efforce d'en faire un séjour agréable, mais par moments cela me pèse. Je devrais te faire lire la lettre que j'ai reçue parce que j'avais osé aller à Paris seule, sans même ma femme de chambre.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 23 avril 2019
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