De bonnes raisons de mourir

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lundi 23 septembre

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Roman - Thriller

De bonnes raisons de mourir

Politique - Tueur en série - Corruption MAJ mardi 20 août 2019

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,9 €

Morgan Audic
Paris : Albin Michel, mai 2019
490 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-226-44142-3
Coll. "Thrillers"

Tchernobyl amère

Tout d'abord, je voudrais signaler que plusieurs fois, à la lecture de ce roman, je me suis surpris à repartir au début de l'ouvrage afin de vérifier qu'il s'agissait bien d'un livre écrit par un auteur français et non d'une traduction, tant l'ambiance, les lieux, la description des personnages et leurs interactions, tout semble donner l'impression qu'il est traduit du russe, qu'il reconstruit avec soin des situations que l'auteur a vécues.
En 1986, au moment même où le réacteur nucléaire de Tchernobyl commençait ses farces, un crime horrible avait lieu : deux femmes avaient été tuées de manière sauvage. Olga Sokolov et Larissa Leonski. Si le mari de Larissa avait été accusé du crime, ce qui l'avait empêché de fuir les lieux et avait condamné une de ses filles à la mort, il avait été innocenté au final. Des années ont passé. Nous sommes à présent dans les abords de la zone interdite de Tchernobyl. Seuls des touristes y font des passages, et les dangers de la zone sont un peu masqués par la guerre civile qui oppose l'Ukraine naissante à la Russie à propos de provinces prétendument autonomes. Deux policiers sont plus particulièrement chargés des enquêtes dans le coin : Melnyk, qui doit composer avec sa femme perturbée, et qui essaie de maintenir une hygiène et une protection étanche contre d'éventuelles radiations, y compris en faisant se déshabiller son mari sur le palier de son appartement, et de son fils, qui s'est engagé dans l'armée loyaliste ukrainienne aux faibles moyens, et Novak, une jeune femme qui vient d'être mutée sur la zone et qui entend le cacher à son mari. Les deux policiers sont chargés d'une nouvelle enquête : un tueur a laissé sa victime torturée et crucifiée en haut d'un immeuble dans la zone contaminée. Près du cadavre on a trouvé un oiseau mort et empaillé, un indice que l'on retrouvera, plus tard, sur d'autres victimes. Très vite, les policiers découvrent que la victime est le fils d'Olga Sokolov, morte des années plus tôt. Aurait-il trouvé des informations menant à la connaissance du premier assassin ? En parallèle, Sokolov, le père, puissante figure russe, voguant dans les sphères du pouvoir, entre affairisme, truanderie et remugles de l'ère soviétique, engage Rybalko, un policier russe qui, depuis des années, boit beaucoup, ce qui à force a incité sa femme à divorcer. Rybalko est originaire de la ville de Tchernobyl, et il y a peut-être un rapport avec le cancer qui le ronge et pour lequel l'issue va être fatale, dans un délai assez court. Sokolov veut que Rybalko retrouve l'assassin et le tue.
Entre des écologistes qui veulent essayer de protéger le site et ses habitants, humains ou animaux, des forces d'extrême-droite renaissante qui entendent utiliser les problèmes de la guerre civile pour obtenir un rôle incontournable, les policiers officiels ou l'officieux vont tenter de débusquer la solution.
Comme nous l'avons signalé en préambule, servi par une documentation sans faille, par une description aiguisée des problèmes (comment se protéger, les rapports entre les sphères de pouvoir, la guerre civile, la zone interdite et les stalkers, ces gens qui pour diverses raisons y entrent ou y séjournent), De bonnes raisons de mourir présente des personnages complexes, pris souvent dans leurs propres contradictions (avec parfois, comme pour Rybalko, une bonne dose de stéréotypes : le policier alcoolique, revenu de tout et prêt à se laisser corrompre) et un tueur en série qui cache peut-être d'autres motivations. L'intrigue est bien construite, les difficultés de vivre dans une zone contaminée, devenue enjeu touristique sont parfaitement bien décrites. Morgan Audic a été un bien beau et captivant premier roman...

Citation

Alors qu'il progressait entre des carcasses d'engins militaires, il essaya de ne pas penser aux chiffres noté sur les capots, indiquant des niveaux de radiation vertigineux.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 20 août 2019
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