À tombeau ouvert

Un amusement cruel brillait dans ses yeux gris pierre. La stagiaire se dit il nous déteste. Autant que les détenus le détestent.
Joyce Carol Oates - Carthage
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Guerre est une ruse
Frédéric Paulin retrace avec intelligence l'histoire violente de l'Algérie entre 1992 et 1995, un...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

dimanche 22 septembre

Contenu

Roman - Noir

À tombeau ouvert

Politique - Corruption - Révolution MAJ jeudi 22 août 2019

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 22,5 €

Raúl Argemí
A Tumba Abierta - 2015
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Alexandra Carrasco-Rahal
Paris : Rivages, mai 2019
330 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-4789-6
Coll. "Noir"

Illusions perdues

Carles Ripoll vit en Espagne. C'est un homme qui a réussi sa vie même si à présent il passe une période plus difficile : ses finances ont baissé et sa nouvelle compagne est une femme extrêmement compliquée, autant dans sa vie familiale que sentimentale. Soudain il reçoit un message sur son compte Facebook. Ce message lui rappelle sa jeunesse... Car avant d'être Carles Ripoll, il a été Juan Hiram Gutteriez, un révolutionnaire argentin dans les années 1970. Au moment où les forces de la dictature commencèrent à accentuer la pression et détruire petit à petit toute volonté de révolte, le groupe dont il faisait partie a laissé un véritable trésor de guerre dans une banque suisse avant de se dissoudre et de disparaître. Le temps passant, en lisant et s'informant, Carles s'aperçoit qu'il est sans doute le dernier survivant du groupe, les autres ayant été abattus par la police, ayant disparu, certains après avoir même trahi la cause. Du coup, il pourrait récupérer ce trésor de guerre. Mais qui a donc bien pu lui envoyer ce message sur son compte Facebook ? N'ayant plus rien à perdre, Carles décide de se rendre en Argentine, de retrouver ses anciens camarades et de comprendre ce qui se passe. Mais n'est-ce pas un piège subtil qui l'attend ?
Dès le départ, l'on sent bien que ce roman ne jouera pas la carte de la nostalgie mais que ce retour au passé est une façon de se retrouver au milieu de ses illusions perdues, de ce vain combat contre la dictature, contre les passions humaines, et que c'est une lente marche vers la mort que doit retrouver Carles Ripoll. Raúl Argemí parvient parvient à rendre forte cette pulsion en évitant les grands débats idéologiques, les scènes de violence terroriste (ou révolutionnaire) car le roman part du moment où il faut arrêter la violence devant la répression grandissante et où le groupe se dissout. Le roman oscille sans cesse entre la description fine et sensible du personnage aujourd'hui, dans les rues argentines, à réfléchir à ce qui se passe et qui le recherche pour le tuer et s'emparer du trésor, et des allers-retours sur la vie en Espagne, où le personnage central va perdre toutes ses illusions, en se confrontant à la vraie vie, à la corruption par le quotidien.
Roman des désillusions, d'une lente asphyxie, À tombeau ouvert est une réflexion acérée et intelligente sur la trajectoire d'un personnage, de la façon dont la vie va le transformer, poursuivant ainsi, avec une noirceur mélancolique, la description de personnages du même genre, comme ceux de Jean-Patrick Manchette, dans Nada par exemple, dans une nostalgie douce-amère, dans cette déliquescence des idéaux, avec une force et une empathie remarquables.

Citation

Les survivants étaient les véritables victimes de cette guerre. Pas les morts. On ne peut pas empoisonner la vie d'un mort.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 22 août 2019
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page