Ce bel été 1964

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Roman - Noir

Ce bel été 1964

Social - Énigme - Rural MAJ dimanche 05 juillet 2020

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Pierre Filoche
Paris : Serge Safran, juillet 2020
192 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-97594-53-4
Coll. "Littérature"

Summer of love

Soyons clair, il n'y a pas que le roman policier dans la vie. Il n'y a pas que la viande humaine écartelée, bafouée, découpée et servie à des lecteurs. Il n'y pas que des détectives ou des policiers en proie aux doutes, à la difficulté de vivre, au burn-out et qui se noie dans une bouteille d'alcool ou un gramme de cocaïne en formant une équipe branlante avec leur coéquipier. Dans la littérature, il y a aussi des auteurs de romans policiers (ou de S.-F. ou de fantasy ou d'autres genres) qui un jour décident de faire un pas de ôté et de raconter autre chose, d'utiliser ce qu'ils ont appris en ciselage de phrases, en construction d'intrigues, en boulonnages de suspense pour décrire un bout d'humanité, un rayon de soleil, une autre vie. Pierre Filoche est connu des amateurs du genre policier pour quelques ouvrages disséminés ici et là avec délicatesse dans des collections diverses depuis environ une trentaine d'années. En 1964, il avait treize ans soit grosso modo l'âge de Paul, personnage principal de cette histoire. Au début de l'histoire, Paul doit se rendre pour un enterrement dans sa région d'enfance. Le trajet en train est l'occasion de se rappeler l'été 1964, lorsqu'il a passé des vacances avec sa mère dans la maison familiale. Il est difficile peut-être pour de très jeunes lecteurs d'imaginer ce que furent les années 1960-1970 tant le temps s'est accéléré. C'est presque un autre univers que ravive la mémoire de Paul. Une époque étrange où l'arrivée d'un appareil électro-ménager ressemble au premier pas sur la Lune, où les petits commerçants et artisans embrassent les nouvelles technologies pour se développer et créer le monde moderne. Mais Paul n'est pas seulement là pour aider son grand-père à faire fonctionner cet artisanat qui va transformer les villes et espaces ruraux (et où l'on voit déjà cet ascenseur social qui va lentement vider les campagnes et faire disparaitre les métiers familiaux, les "maisons-entreprises" que l'on se transmettaient de père en fils). En fait, Paul aimerait bien profiter de ces vacances forcées pour découvrir l'amour et la sexualité. Cela tombe plutôt bien car juste à côté de chez eux, il y a une jeune musicienne de son âge, qui a l'air bien dégourdie et qui lui envoie des pages extraites de L'Amant de lady Chatterley...
Récit sensible, entre l'évocation, un peu mélancolique d'un monde qui s'évanouit entre nos doigts, et un récit où surnagent quelques amorces de suspense (il y a des vomissements et des maux de ventre bizarres ; il y a une tante aux envies particulières et qui montre que le monde des adultes est aussi étrange que celui du crime ; il y a des indices que Paul interprète mal... ou certains signes dont on se demandera le sens exact, comme lorsqu'on doute de sa paternité), le roman est un roman d'apprentissage, qui navigue dans cette atmosphère trouble du souvenir, du moment où une vie est peut-être en train de bifurquer, mais sans que l'on le sache, la description d'un été dont le personnage reviendra différent avec une lente rumination dans un voyage hypnotique ferroviaire rendu si présent, par la grâce de l'écriture. De fait, un écrivain intéressant, c'est peut-être aussi cela. Quelqu'un qui vous fait vivre autre chose, à grands coups de revolver, de trafics divers ou par la simple image d'une grange et d'une botte de paille. Et Pierre Filoche est ce type d'écrivain.

Citation

À compter de ce jour, mes vacances se passeraient au loin, sous des tentes, en groupe, dans des auberges. Jamais plus à Lahaye.

Rédacteur: Laurent Greusard dimanche 05 juillet 2020
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