Ce qu'il faut de nuit

Je crois que l'inspiration divine est à l'œuvre dans la Bible et le Coran. Je crois aussi que ces livres sacrés furent écrits au fil de l'histoire par des auteurs s'inspirant aussi bien de Dieu que de textes antérieurs. Je ne remets pas en cause la foi des gens, ni les effets bénéfiques qu'elle peut avoir. Je remets en cause la portée maléfique d'une instrumentalisation politique.
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mercredi 21 octobre

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Roman - Noir

Ce qu'il faut de nuit

Social - Urbain - Prétoire MAJ jeudi 15 octobre 2020

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 16,9 €

Laurent Petitmangin
Paris : La Manufacture de livres, août 2020
192 p. ; 20 x 13 cm
ISBN 978-2-35887-679-7
Coll. "Littérature"

Chronique

Avec un style classique qui va à l'essentiel et sait révéler les émotions, Laurent Petitmangin nous intéresse à une famille monoparentale désemparée de l'Est de la France. Le narrateur n'est autre que le père de l'assassin. Le récit court et rapide nous propose donc de côtoyer quelques maigres mois la vie d'une famille modeste qui vit un drame ordinaire entre un père qui n'assume pas ses non-choix et deux fils qui eux vont justement faire des choix qui auront beaucoup de conséquences. La "moman" vient de mourir d'un cancer après une longue agonie dans un hôpital laissant le père désarmé avec ses deux enfants, Fus, l'aîné, et Gillou, le cadet, qui ont tous deux une vingtaine d'années, un peu plus pour l'un, un peu moins pour l'autre. Dans cette région entre Thionville, Metz et Nancy, détruite économiquement, avoir un pavillon et un métier est un luxe, mais qui ne suffit pas au bonheur. Le père travaille à la réfection des caténaires à la SNCF. C'est un métier bien payé si on y ajoute les primes de risque. Le samedi matin, il emmène son aîné au football, sport qu'il maîtrise assez bien. Un week-end sur deux, ils vont au stade voir le FC Metz. Dans ses plus jeunes années, le père a milité au Parti Socialiste. Il continue à fréquenter le local de la section mais avec moins d'énergie et de convictions. De temps en temps il se réfugie chez LE Jacky. Dans la région, on insiste sur le pronom défini. Et puis il y a Jérémy. Jérémy a longtemps été le meilleur ami de Fus avant de s'en éloigner. Et Fus, malgré ses bonnes manières héritées de sa moman, malgré les convictions gauchistes de son père, fraie avec un groupuscule d'extrême-droite qui "n'est pas comme ceux de Paris". Pendant ce temps, Gillou veut s'extraire de sa région, et tente d'intégrer une grande école. Ce sera ou une prépa à Fabert ou sur Paris. Grâce à Jérémy et à Fus ce sera à la Capitale.
Le roman de Laurent Petitmangin s'attarde sur le quotidien de cette famille ordinaire avec trois hommes qui ne savent pas vraiment communiquer entre eux. Le père semble dépité, mais dans les faits il ne comprend pas son aîné, et semble tout attendre du cadet, même qu'il entretienne la flamme entre eux trois. Méticuleusement, l'auteur dépeint une situation qui nous parait figée dans le temps sans prendre parti. On lit des phrases entendues, on n'est pas très surpris, mais on n'est absolument pas insensibles. Le politique a délaissé la ruralité et ses déserts économiques, d'autres se sont empressés de prendre la place. Mais le lecteur n'en a cure. Ce qui l'intéresse c'est bien les vies de Gillou et de Fus. S'il y aura une petite déception quant à la vie rangée du premier (dont on en apprendra un peu plus à travers une lettre-testament en toute fin de roman), la vie du second se déroulera sous nos yeux lors de deux procès. Pourquoi ? Parce qu'un drame ordinaire ne pouvait qu'accoucher d'un drame extraordinaire. Un soir de week-end, Fus est retrouvé dans un sale état, battu à mort par des membres d'extrême-gauche. Il se vengera et tuera l'un de ses agresseurs. Un procès et un procès en appel vont s'ensuivre. Mais ce n'est pas vraiment l'important. Ce qui est important dans le roman c'est la relation entre le père et son fils avec l'autre fils en catalyseur. Quelque chose d'inabouti qui a peut-être eu pour conséquence la destinée de Fus. Laurent Petitmangin se contente de relater son histoire et d'y mettre de grosses touches d'humanité, que ce soit chez les parents de Julien (la victime) ou de Krystyna (la petite amie de Fus) et bien entendu au sein ce quintet masculin en équilibre toujours précaire. Avec sa narration simple et surtout très linéaire, avec juste ce qu'il faut de rupture soudaine et de fioritures stylistiques, Ce qu'il faut de nuit est un roman limpide et clairvoyant, comme une photographie à un moment donné d'une famille ordinaire traversée par les drames de notre société à l'heure de faire des choix. Après Pierre Hanot, La Manufacture de livres donne à nouveau la voix au Grand Est, toujours avec talent.

Citation

L'acte d'accusation était clair. Il s'agissait d'un assassinat. Le juge d'instruction avait retenu la préméditation et, malgré tous les efforts de l'avocat de Fus pour revenir là-dessus au cours de l'instruction, c'est sur ces chefs que le procès s'est engagé. Pour un homicide, la peine, c'était du dix, vingt ans maximum.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 15 octobre 2020
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