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Roman - Thriller

Au bal des absents

Fantastique - Social - Énigme MAJ jeudi 22 octobre 2020

Note accordée au livre: 3 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 18 €

Catherine Dufour
Paris : Le Seuil, septembre 2020
216 p. ; 22 x 15 cm
ISBN 978-2-02-146182-4
Coll. "Cadre noir"

Portrait fragmenté

Claude-tout-court atteint la quarantaine avec les joies du chômage, en dépit des formations vaines et des promesses. Au point qu'elle va être obligée de quitter son studio... Mais elle est contactée sur Internet par Newland, un juriste de Philadelphie qui croit qu'elle travaille pour la police - alors qu'elle s'est contentée de deux mois d'intérim à la Préfecture de police de Bobigny et encore, à la refacturation du parc des véhicules utilitaires. Mais Claude n'a plus les moyens d'être honnête... Newland est commissionné pour mener l'enquête sur la disparition sans laisser de traces d'une famille de six personnes, les Grue, partis en vacances en France. La mission de Claude est simple : louer leur demeure, un manoir pompeusement nommé "le logement de Tante Colline", fouiller les lieux et envoyer un rapport. Mais dès sa première nuit sur place, il apparaît vite que le manoir est hanté, en tout cas habité par des présences hostiles. Redevenue SDF, Claude va chercher comment lutter contre ces visions d'horreur qui envahissent sa vie courante. Mais ne sont-ce pas plutôt les fantasmes d'un cerveau malade brisé par la misère et la désespérance ? L'a-t-on réellement empoisonnée, comme elle le craint ? S'agit-il vraiment des fantômes qu'elle doit tuer ?
Après quelques tentatives peu concluantes, on se méfie des transfuges de la littérature générale s'essayant au polar. Alors que dire de l'imaginaire ? Souvent, les auteurs font moins des romans de genre que conformes à la vision erronée qu'ils en ont. Mais après le très bon Gandahar de Richard Canal, on commence à revenir sur ce préjugé. Catherine Dufour vient de la S.-F. (et la bonne : Le Goût de l'immortalité est à ranger au rayon "La SF pour ceux qui n'aiment pas ça"), et elle signe ici un roman résolument inclassable. En dépit d'un point de départ que n'eût point renié le Serge Brussolo de la grande époque, il ne s'agit certainement pas d'un polar ou suspense classique, et la quatrième de couverture pourrait induire en erreur : il n'y aura pas de résolution bien tranchée. Il s'agit plutôt d'une étude de personnage qui pourrait être à la première personne tant cette Claude est omniprésente du début à la fin. Le tout mêle surréalisme avec des visions grotesques au sens premier du terme dignes d'un jeu vidéo à l'imagination macabre et perverse genre Silent Hill a une description sans pathos d'un personnage brisé. Un personnage brisé comme on en rencontre peut-être tous les jours, hanté par une misère très bien rendue, lorsque l'existence se limite à ce besoin constant de compter chaque sou. Et en même temps une vie quasi-virtuelle (cet employeur que l'on ne verra jamais et ne se manifestant que par messages à un employé de plus en plus déconnecté rappelle vaguement le légendaire Mortel randonnée de Marc Behm). Le tout avec une langue travaillée, évocatrice, envoûtante et vénéneuse rendant très bien cette désespérance tranquille dans un décor de grisaille digne du Série noire d'Alain Corneau. Tout au plus pourra-t-on regretter une énumération un peu longue des "recherches" du personnage du côté des films classiques et une conclusion un brin frustrante qui détoner un peu sur ce qui l'a précédé. Un pari risqué en ces temps de thrillers industriels prémâchés, mais dont on espère qu'il sera payant. En tout cas, il ne faut pas y attendre une structure de polar ou de suspense traditionnel. La vérité est ailleurs, et elle porte de bien beaux atours...

Citation

Claude atteignit le week-end avec l'impression d'avoir passé les jours précédents dans un caddie. Elle avait les yeux rouges, les oreilles fatiguées, le moral moulu et le derrière tout plat.

Rédacteur: Thomas Bauduret jeudi 22 octobre 2020
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