Traverser la nuit

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Roman - Policier

Traverser la nuit

Tueur en série - Urbain - Procédure MAJ jeudi 21 janvier 2021

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20,9 €

Hervé Le Corre
Paris : Rivages, janvier 2021
318 p. ; 23 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-5173-2
Coll. "Noir"

Aux périples incertains

Le commandant Jourdan achève sa nuit de travail. Un homme ivre et soporifique, le nez dans le sang, à un arrêt de tram, les constatations chez un homme qui a pété les plombs, a abattu femme et enfants et a fui dans la nuit. Jourdan est fatigué et plutôt que d'aller se coucher, plutôt que d'essayer de renouer avec sa femme et sa fille, il court dans les rues pour retrouver le père assassin. Alors que le métier le submerge et qu'il tente d'être un dernier rempart des faibles, il sait pourtant que son combat est vain, que si l'on traverse la nuit on ne va pas forcément au bout de celle-ci. Jourdan vient de se faire taper sur les doigts pour l'arrestation musclée du tueur au mépris des règles et autres protocoles, mais il n'en a cure. Il découvre tout d'abord une jeune femme, Louise, qui tente d'élever son fils Sam et qui s'est mise dans les pattes d'un nouveau compagnon, violent et jaloux. En même temps, la découverte d'un nouveau cadavre de prostituée, particulièrement torturée, le lance sur les traces d'un tueur en série. La recherche se fera dans les milieux de la prostitution, avec son cynisme et ses règles du jeu complexes - les filles sont à la fois coincées dans cet univers mais n'ont pas toujours les moyens intellectuels ou moraux pour s'en échapper... et peut-être savent-elles confusément que derrière un petit mac qui tombe, il y a quinze prétendants à la succession qui feront payer la disparition du précèdent.
Dans des ambiances entre chien et loup, où le jour et la lumière ne peuvent percer à travers les larmes du ciel qui tombent sans cesse, où l'on passe d'espaces urbains sans âme à des terrains vagues où l'on a caché tant bien que mal des corps que le tueur veut déplacer au plein milieu d'une pluie diluvienne, le policier sait que peut-être l'humanité réside dans une main tendue, mais il sait aussi que si elle n'est pas prise, même les promesses les plus anodines risquent de ne pouvoir être suivies d'effets. Le père de famille qui pète les plombs, le tueur en série au lourd passé et qui n'a pas la stature d'un esthète du crime, les proxénètes qui continuent leur métier parce que, après tout, ça ou autre chose, c'est un métier, Louise et son fils Sam, la femme du commandant Jourdan qui a essayé mais veut vivre sans des hordes de démons hantant son appartement, tous tentent de traverser la nuit, d'atteindre l'aube qui leur redonnera des couleurs mais, dans leur demi-sommeil, ils entendent les trombes de pluie qui cognent les carreaux, ruissellent des gouttières, font déraper les voitures. Ils savent que traverser la nuit peut être un voyage sans fin. C'est en tout cas, une lecture sombre et noire, désabusée et rude, à hauteur d'humain, qui suinte les forces et les faiblesses de cette humanité, que nous offre Hervé Le Corre avec son écriture précise, méticuleuse et qui prend le temps de s'attarde. Il reste cependant quelques lueurs dans un monde sombrant, comme les lueurs d'un port au loin quand le bateau arrive et que l'on voit vaciller les lumières.

Citation

Les morts de ces derniers jours. Il ne sait pas pourquoi ils l'obsèdent ainsi, lui qui croyait s'être fait une raison, forgé une armure, livrant combat sans trop de blessures, étourdi quelquefois par le boucan de la ferraille que ça faisait mais qui restait sans résonances et le rendait peut-être un peu plus sourd à chaque fois.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 21 janvier 2021
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