Le Bal des débris

Håkan avait l'impression de distinguer leur odeur. Celle de la puanteur humaine. À quelle brutalité allait-il être soumis ? Car ces hommes étaient de l'engeance des sauvages et des cruels – il le voyait à leurs cicatrices, il l'entendait à leurs ricanements et, surtout, il le pressentait à leur calme – le calme de ceux qui savent pouvoir compter sur la violence absolue.
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Roman - Noir

Le Bal des débris

Humoristique - Braquage/Cambriolage MAJ vendredi 25 janvier 2013

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 6,5 €

Thierry Jonquet
Paris : Points, janvier 2010
18 x 11 cm
Coll. "Roman noir", 2293

Des confettis sur les crânes chauves

Que se passe-t-il lorsqu'un pousseur de chariot en milieu gériatrique fait la rencontre d'un vieux de la vieille brigande ? Il leur passe des idées plein la tête. "Écoute-moi bien, Frédo ; les chariots ou la plomberie, ça va bien un temps, mais faut voir plus large ! Pas s'esquinter le moral et la santé à gagner des clopinettes ! Des lascars de notre trempe, ça mérite mieux !" Manque plus que l'occasion. Et si celle-ci se présentait du côté de la chambre 9, gardée par deux vigiles empêchant quiconque de venir importuner Madame d'Artilan. Que cache cette veuve de soixante-dix ans ? C'est la première mission que se confient Frédo et Lepointre. Le dérober, telle est la deuxième mission. Il ne reste plus qu'à préparer ce fameux coup et attendre que la bonne occasion se présente.
Celle-ci ne tarde pas, un grand bal costumé est organisé parce que que même les vieux méritent d'avoir un moment de divertissement. "Comment ? Est-ce possible ? Des masques de Zorro pour cacher les pustules ? Des escarpins cendrillonnesques sur les pieds-bots ? Des confettis sur les crânes chauves ? De la barbe à papa en garniture de dentier ? Du champagne plein les penilex ? De la guimauve dans les zonas ? Du caviar dégoulinant sur les herpès ? Tchin-tchin, à coup de prothèses ? De l'eau de Cologne sur les sphincters défaillants ? Des serpentins autour des béquilles ? Comment ? Comment ? Du flonflon pour les moignons ? Du sylvaner pour les cancers ? Du charleston pour parkinson ?"
Le plan est bien huilé mais tout ne se déroule pas comme prévu, évidemment. Ce qui devait être un simple vol tourne au grand guignol dont les journalistes se font l'écho : "La caméra de la télé balayait tout ce beau monde, de son œil indifférent. Enfoncé, le voyage du président à Ouagadougou, enfoncé le discours du secrétaire du CNPF à propos des malheurs du patronat, enfoncé le professeur Dugland, relatant la découverte d'un vaccin définitif anti-pieds plats, demain, la une des journaux télévisés, ce serait l'hosto à vieux, baignant jusqu'au cou pour le salut d'une infirmière."

Avec un humour noir incisif, Jonquet décrit un milieu où la détresse des malades n'a d'égal que les petites ou grandes folies du personnel. Tout le monde, ou presque, rêve de sortir de là. Il choisit le ton de la dérision pour nous entraîner dans une intrigue au ficelage bien serré. On rit et on relit ces phrases dont la forme gouailleuse fait passer un fond sinistre qui glisse comme un chariot dans un couloir d'hôpital... Mais un chariot qui renverse un ou deux malades à chaque fois.


On en parle : La Tête en noir n°142

Citation

Et cette odeur-là, les murs de l'hosto en sont barbouillés, imprégnés, imbibés. On peut laver, javelliser, il n'y a rien à faire. Coucou me revoilà, c'est moi la puanteur, je reviens te chatouiller les narines, tu as essayé de me chasser, mais je te colle à la peau. L'odeur de l'hosto. Pas de l'hôpital, de l'hosto. De l'hosto à vieux. De la décharge à vieux.

Rédacteur: Gilles Marchand vendredi 08 janvier 2010
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