Beltenebros

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dimanche 18 août

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Roman - Noir

Beltenebros

Politique - Géopolitique - Assassinat MAJ dimanche 24 janvier 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 6,5 €

Antonio Muñoz Molina
Beltenebros - 1989
Traduit de l'espagnol par Claude Bleton
Paris : Points, janvier 2010
236 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-7578-1656-1
Coll. "Roman noir", 2294

Madrid dans le noir

Darman vit à Brighton mais passe sa vie dans les aéroports. Il transporte des valises dont il ignore le contenu, obéit aux ordres qu'on lui donne, accepte les billets d'avion qui le transportent dans toute l'Europe. Il est l'ex-capitaine Darman, de l'armée républicaine espagnole. Un capitaine au passé mythique, qui a su inspirer le respect et la peur. Il n'existe pas, la police ne sait rien de lui, on ne le voit pas et il se décrit lui-même comme un "mort en puissance", "une ombre qui traverse les villes". C'est d'ailleurs parce qu'on connaît sa froideur et son sens du devoir qu'on l'envoie à Madrid pour y exécuter un traître, vingt après la fin de la guerre civile. Mais Darman est fatigué, il a mal dormi, a mal à la tête et commence à se poser des questions... Ce qui n'est pas dans ses attributions. Andrade est-il vraiment un traître ? "Quelle importance s'il mentait, s'il abusait les siens ou la police, s'il cherchait maintenant à échapper à moi ou à l'homme qui fumait dans le noir. L'essentiel était de savoir comment son désir avait pu devenir plus fort que sa honte et sa faute, et plus efficace que sa tendance au sacrifice."

Et il se pose d'autant plus de questions que la mission qu'on lui a confiée lui rappelle étrangement une mission qu'il avait exécutée vingt ans auparavant. Les décors du passé et ceux du présent s'entremêlent. Et que dire de Rebeca Osorio, une jeune femme qui offre son corps à la scène d'une boite privée ainsi qu'à certains de ses clients privilégiés ? Elle porte le même nom que cette femme qu'il a connue lors de son précédent voyage à Madrid. Le même nom et les mêmes traits, la même coiffure, les mêmes vêtements. Darman se met à halluciner, à passer sans cesse d'une époque à l'autre. Il devient fébrile, s'affaiblit puis se reprend, commettant des fautes dont il n'est pas coutumier. Mais il tient à ses questions et pour la première fois de sa vie, il veut des réponses.

L'un des personnages souffre de troubles de la vision qui l'obligent à rester dans une obscurité quasi permanente. Antonio Muñoz Molina nous oblige à en faire de même, se servant de Madrid comme d'un cadre sinistre, un univers où tout se passe la nuit, où on ne sait jamais à quel point le passé est réellement le passé. Sur ce cadre, il a pris soin d'appliquer une "couche aseptique" qui démarque autour de Darman "l'espace sacré de la solitude et du mensonge." Ici tout est noir... Sauf les cheveux du héros qui ont pris cette teinte grise qui surprend ceux qui sont restés trop attachés au passé.

Citation

Je n'étais personne, un mort en puissance qui ne le sait pas encore, une ombre traversant les villes et les chambres vides des hôtels, et qui lisait, quand le sommeil tardait à venir, les instructions à suivre en cas d'incendie.

Rédacteur: Gilles Marchand mercredi 13 janvier 2010
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