L'Attaque du Calcutta-Darjeeling

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Roman - Policier

L'Attaque du Calcutta-Darjeeling

Historique - Terrorisme - Victorien MAJ mardi 10 mai 2022

Note accordée au livre: 4 sur 5

Poche
Réédition

Tout public

Prix: 0 €

Abir Mukherjee
A Rising Man - 2016
Traduit de l'anglais par Fanchita Gonzalez Batlle
Paris : Folio, octobre 2020
456 p. ; 18 x 11 cm
ISBN 978-2-07-291470-6
Coll. "Policier", 918

Réveil indien

Avec ce roman, l'auteur Abir Mukherjee nous convie à une visite de l'Inde coloniale qui serait plutôt issue de La Route des Indes, d'Edward Morgan Foster, magistralement adapté par David Lean, que des romans de Rudyard Kipling. Nous sommes en 1919. La Grande Guerre vient de se terminer. Et les relents coloniaux britanniques ne vont survivre qu'une trentaine d'années. Le capitaine Samuel Wyndham, un ancien officier de Scotland Yard, n'a pas le temps de débarquer, de découvrir la moiteur de la ville et l'hostilité indigène, que déjà il doit faire face à un meurtre. Alexander MacAuley, haut fonctionnaire au département financier, a été assassiné dans une ruelle sordide qui abrite un bordel. Dans sa bouche, on retrouve un message écrit dans un Bengali peu orthodoxe qui laisse à penser à une agression ciblée et surtout terroriste. L'enquête de Wyndham va être d'autant plus compliquée que le politique s'en mêle. Elle ne va pas non plus être rendue plus simple par les militaires qui entendent mener la leur et cacher certains éléments. Heureusement pour Wyndham, il peut compter sur la présence indéfectible du sergent Bannerjee (d'où principalement la comparaison avec La Route des Indes en raison du respect d'un homme indigène pour la grandeur britannique qui va être au moins un temps humilié par ceux qu'il vénère ; et qui va ici même devenir paria parmi les siens). Malheureusement, il peut compter également sur la présence défectible de l'inspecteur-adjoint Digby, façonné à la sauce coloniale avec tout ce qu'il faut de préjugés et de racisme. Et puis il y a Annie Grant, secrétaire de feu MacAuley, une métis anglo-indienne, qui vient se mêler de façon sentimentale à cette intrigue. Peu de temps après l'assassinat, l'attaque du train Calcutta-Darjeeling, puis le braquage d'une banque viennent assombrir le climat déjà tendu entre Londres et l'Inde. Pour Wyndham, tout est lié. Mais il n'a pas que des amis parmi les colons. D'autant plus qu'il a été en quelque sorte parachuté. Vétéran de la Première Guerre mondiale, il est devenu accroc aux opiacés (ce qui vaut quelques pages fort intéressantes de l'auteur lors des échappées nocturnes de son personnage principal).

Premier volet d'une série qui comporte déjà quatre ouvrages, L'Attaque du Calcutta-Darjeeling est un roman à l'écriture très classique qui nous baigne dans un univers colonial désuet, à l'ancienne, avec des personnages typiques du roman policier d'une ère post-victorienne. L'auteur s'offre le luxe d'apporter des éléments personnels comme la place du métis dans la société de l'époque (les difficultés que rencontre le couple Annie Grant-Samuel Wyndham à pouvoir trouver un restaurant qui les accueille), les rouages politiques et aussi militaires. L'ensemble donne un roman particulièrement plaisant à lire avec son lot d'incertitudes et de rebondissements. Le tout avec un personnage principal qui va à l'encontre de ceux de son époque, un être gris qui agit avec ses propres méthodes à la limite de la légalité. Un peu dans la lignée des romans de Tarquin Hall pour l'épopée classique, et de ceux de Satyajit Ray pour un exotisme diffus. En tout cas, voilà un roman touffu, dense et particulièrement prenant, qui augure d'une série haute en couleur.

Citation

Le problème, capitaine, c'est que pendant les deux derniers siècles nous avons fini par avaler notre propre propagande. Nous nous sentons supérieurs aux abrutis que nous dominons. Et tout ce qui menace cette fiction menace l'édifice tout entier. C'est pourquoi l'assassinat de MacAuley a fait tant de bruit. D'abord elle nous montre que certains Indiens au moins ne nous considèrent plus comme inférieurs, au point de réussir à assassiner un membre aussi en vue de la classe dominante, et ensuite parce qu'elle détruit la fiction de notre supériorité.

Rédacteur: Julien Védrenne mardi 10 mai 2022
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