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mercredi 23 janvier

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Essai - Policier

L'Affaire des Poisons

Politique - Historique MAJ lundi 18 août 2014

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Jean-Christian Petitfils
Paris : Perrin, janvier 2010
384 p. ; 8 planches - bibliographie - filmographie - index - illustrations en couleur ; 21 x 14 cm
ISBN 978-2-262-02386-7
Coll. "Synthèses historiques"

Un empoisonnant dossier pour Louis XIV !

Qui n'a lu, entendu, au moins une fois, le nom de la marquise de Brinvilliers ou de La Voisin ? Les deux femmes symbolisent une des plus vastes affaires criminelles de tous les temps, entrée dans l'Histoire sous le nom de l'affaire des Poisons. Les procès ont révélé que le commerce des sortilèges, des philtres de toutes natures, de la sorcellerie était florissant. Mais, mieux encore, que la circulation et la vente des poisons, appelés aussi poudre de succession, battait son plein et se pratiquait de façon courante. Ces produits, essentiellement à base d'arsenic, aidaient à régler des situations ennuyeuses, libéraient des femmes du carcan matrimonial et rendaient rapidement un héritage disponible.
S'il semble que l'on compte nombre d'empoisonneuses dans cette période, il faut reconnaître que le statut des femmes n'était pas reluisant. Au XVIIe siècle, dans la société bourgeoise et aristocratique, le mariage n'était qu'une association d'intérêts où l'amour, s'il était présent, était le parent pauvre. Les hommes pouvaient s'affranchir aisément des contraintes matrimoniales. Par contre, les épouses étaient surveillées. Lorsque celles-ci étaient reconnues adultères, elles risquaient la réclusion dans un hôpital ou un couvent. Si l'époux ne daignait pas la reprendre, elle était rasée et enfermée pour le reste de son existence. Seul le veuvage permettait de secouer le joug marital. Même si l'on mourait relativement jeune à cette époque (par rapport à l'espérance de vie d'aujourd'hui) des héritiers trouvaient le temps long pour profiter pleinement d'une richesse qu'ils n'avaient pas acquise.

Même si les racines de cette affaire sont bien antérieures, celle-ci débute vraiment avec l'arrestation, le procès et l'exécution de la marquise de Brinvilliers, en juillet 1676. Convaincue d'inceste, d'adultère, d'avortement, de sodomie, des empoisonnements de son père, ses frères, sa sœur… son châtiment est la conclusion de plus de treize ans de vie dissolue, et de crimes. Cependant, celui-ci intervient après une première condamnation à mort, par contumace, en mars 1673, car la belle marquise, dès le mois d'août 1672, s'était réfugiée à Londres puis dans les Pays-Bas espagnols. Louvois profite de l'occupation de la région de Liège par les armées françaises pour la faire arrêter et ramener à Paris. Après trois mois de procès, elle sera décapitée en place de Grève.
Ce n'est que la partie la plus spectaculaire. Les arrestations se suivent : les Bachimont, de La Grange, le curé Nail… Les aveux aussi… Les enquêteurs tirent l'écheveau d'un fantastique maillage où se croisent, se fréquentent aventuriers de tous poils, alchimistes, astrologues, faux-monnayeurs… À la fin du XVIIe siècle, philosophie, médecine, chimie, alchimie, astrologie restaient inextricablement liées. L'affaire s'amplifie de jour en jour et des révélations, des aveux mettent en cause des membres de la cour, de plus en plus proches du cercle restreint de Louis XIV. Celui-ci décide de créer une juridiction extraordinaire : la Chambre ardente, en avril 1679, avec Gabriel Nicolas de La Reynie comme commissaire instructeur. Le roi demande que, lors des interrogatoires, les réponses soient consignées sur des feuilles séparées, isolées des liasses du procès. Cette juridiction va être confrontée à une pieuse paroissienne, Catherine Deshayes, épouse du sieur Monvoisin, entrée dans l'Histoire sous le surnom de La Voisin. Mais c'est aussi au maréchal de Luxembourg, à Racine et la Du Parc sa maîtresse, à La Filastre, et à l'entourage proche de madame de Montespan, d'être inquiétés.

Jean-Christian Petitfils dresse un tableau exhaustif de l'affaire, faisant défiler les acteurs notoirement impliqués, brossant en quelques lignes leurs origines, le rôle qu'ils ont tenu.
Dans un avant propos érudit, l'auteur retrace le contexte de l'époque, les tenants sociologiques, les besoins des populations. Mais il démontre qu'au-delà du côté ahurissant, criminel de l'affaire, celle-ci reflète une crise sociale profonde, un climat propice à tous les excès. Il dévoile également que : "Sous le léger vernis de la civilisation classique, elle laisse deviner un monde qui n'a pas encore exorcisé les angoisses collectives, les fantasmes, les superstitions obsédant l'humanité depuis la nuit des temps." Certes, le propos de l'auteur est aussi d'exposer la mesure de l'affaire, son ampleur et ses ramifications. Il montre, par là même, que le fossé culturel entre les élites et le peuple d'en bas, n'est pas si grand, que tous sont fragiles et concourent à l'aggravation de l'exploitation de la crédulité publique. Il propose une approche différente du livre d'Histoire, avec un éclairage plus proche de la science politique. Il expose comment Louis XIV a su étouffer un scandale qui, en éclaboussant la Montespan, sa maîtresse, (et quelle maîtresse !) atteignait sa royale personne. Jean-Christian Petitfils structure son récit sur une somme phénoménale de documents et archives, en restitue une remarquable synthèse, construite comme un récit policier.
Mais, par le traitement précis, concis, d'un sujet aussi vaste, ce livre est un véritable supplice de Tantale intellectuel tant il met la curiosité en éveil, titille le besoin d'en savoir plus, d'approfondir. On en veut encore !

Citation

Jamais psychose du poison n'avait été si grande. À la moindre indigestion, on arrêtait servantes et domestiques. Sur le bureau du lieutenant général de police, les dénonciations s'amoncelaient. Des innocents passaient parfois des mois entiers en prison avant de pouvoir se justifier.

Rédacteur: Serge Perraud mardi 09 février 2010
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