La Chasse sauvage

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jeudi 21 mars

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Roman - Policier

La Chasse sauvage

Historique MAJ lundi 15 février 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Laetitia Bourgeois
Toulouse : Privat, janvier 2010
290 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-7089-5882-1
Coll. "Roman historique"
Les Enquêtes de Barthélémy et Ysabellis, 4

Ce qu'il faut savoir sur la série

Barthélemy Mazeirac est paysan et sergent de la justice du sire de Randon, dans le décor âpre du Gévaudan, des années 1360. Sa première enquête l'a lancé sur les traces d’un voleur et assassin d’un collecteur d’impôts (Les Deniers du Gévaudan). Cela suffit à le faire remarquer de son seigneur. Celui-ci lui confie alors des affaires qui, peu à peu évoluent vers des missions plus diplomatiques pour le maintien de la paix sur les terres de Randon. Il est secondé par Ysabellis, la guérisseuse du village qui devient son épouse.
Dans un cadre restitué avec une remarquable précision quant aux détails de la vie quotidienne, de la vie sociale, de la justice, Lætitia Bourgeois concocte des intrigues ciselées, en lien direct avec l’esprit de cette époque. Elle fait traverser ses histoires de personnages emblématiques de cette période et en dresse un portrait avec justesse et pertinence.

Barthélémy et Ysabellis en butte aux superstitions et traditions...

Barthélémy s'est installé à La Volte, dans le Val d'Amblavès, là où le sire de Randon, son seigneur, l'a nommé comme Bayle. Pendant que Barthélémy est avec ce dernier, qui fête son retour d'Angleterre, (Voir Un seigneur en otage), Ysabellis est à Rosières pour l'accouchement de Marta. Alors qu'un beau garçon voit le jour, Barbasto, le saumadier, arrive du Vivarais avec sa couble de mulets. Comme il fait aussi office de colporteur, c'est la fête improvisée devant les mille merveilles qu'il rapporte. Mais celle-ci est de courte de durée, un enfant, chevauchant une jument de labour, déboule en appelant à l'aide. C'est la seconde attaque de mas isolés par des Écorcheurs.
Sur place, Barthélémy constate que les pillards, s'emparant du blé, ont fait peu de dégâts. Il suit des traces qui s'arrêtent vite, comme si ces hommes se volatilisaient. Les témoignages que recueillent le Bayle sont flous. Personne ne donne une description précise. Par contre, ils semblent être partout à la fois et bien connaître la région.
Barthélémy ne sait plus que penser quand Ysabellis lui apprend que du blé à été redistribué aux plus pauvres. Il acquiert, peu à peu, la certitude que le blé est au cœur de l'affaire. Une nouvelle attaque, malgré les coups portés au paysan, fait penser à une mise en scène. La fête des morts apporte son lot de superstitions, déjà nourries par le côté surnaturel de ces pillards. Il n'en faut pas plus pour faire resurgir les terreurs de la Chasse sauvage…

Autour d'Ysabellis et de Barthélémy, engagés dans une nouvelle enquête où se mêlent sorcellerie et surnaturel, Lætitia Bourgeois anime une théorie de personnages aussi vrais que nature. Sa connaissance étendue de l'histoire quotidienne de la région au XIVe siècle lui autorise des portraits en osmose avec le pays. Elle élabore, ainsi, des personnages qui prennent vie et qui crèvent les pages, comme Barbasto le saumadier, la vieille Gila, que l'on taxe de sorcellerie, ou Robert Jalet, ce paysan méprisé…
L'intrigue s'appuie sur la réalité de l'époque, sur les mentalités, sur l'ambiance et l'atmosphère qui régnaient dans ces zones rurales isolées. Elle met en avant la précarité de l'existence de ces paysans soumis aux caprices du temps, aux pillages, aux exactions de soldats en rupture d'engagements. Lætitia Bourgeois construit sur des bases solides une histoire où le rapport des richesses s'appuie sur ce qui est nécessaire et disponible pour survivre, pour manger. Le blé, qui représente le principal aliment, la fortune d'une maison, devient l'objet de convoitises et de spéculations. La plupart des habitants de ces zones vivent au jour le jour et comme le pense Ysabellis, qui vient de pétrir son reste de farine : "Pour une semaine de plus, Barthélémy et elle ne manqueraient pas de pain". Avec ces éléments elle construit une intrigue forte et subtile, qui laisse, cependant, des "respirations" avant un final éprouvant.
L'auteur possède l'art de reconstituer l'atmosphère de ce temps jadis, de faire revivre les bruits et les odeurs d'une nature encore vierge, les sensations de ses habitants. Elle n'a pas son pareil pour faire ressentir le parfum et la texture des plantes, la rudesse du climat, la fatigue des longues marches…
Loin des thrillers frénétiques qui ne valent que par une action sans cesse relancée avec des ressorts plus ou moins crédibles, des auteurs tracent une voie pour des romans à mi-chemin entre l'ouvrage didactique d'Histoire et le roman d'enquête policière. La Chasse sauvage s'inscrit dans ce cadre.
Lætitia Bourgeois signe ici un livre remarquable, dans le droit fil de ses précédents opus. Ils composent une série à lire avec délectation et sans modération.

Citation

Je n'arrive pas à comprendre. Quel genre de personne voudrait voler d'un côté et distribuer de l'autre, retenir ses coups un jour, tuer le lendemain ? Et surtout, qui pourrait avoir été à la fois à Chomeil, à Botz, sur la route, sans être jamais repéré ?

Rédacteur: Serge Perraud mercredi 10 février 2010
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