Banlieues parisiennes noires

Son quotidien était minable : des petits malfrats, des cas sociaux, des pseudo-braqueurs de banques et de boutiques qui devaient rembourser leurs dealers et ne pensaient même pas à masquer leur visage avant d'agir, ou alors omettaient intentionnellement de le faire pour être pris au plus vite et pour pouvoir rester quelques temps à l'abri de leurs persécuteurs.
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Nouvelle - Noir

Banlieues parisiennes noires

Ethnologique - Social - Urbain MAJ jeudi 02 mars 2023

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Collectif
Anthologie présentée par Hervé Delouche
Préface de Hervé Delouche
Insa Sané (nouvelle)
Jean-Pierre Rumeau (nouvelle)
Marc Fernandez (nouvelle)
Christian Roux (nouvelle)
Timothée Demeillers (nouvelle)
Karim Madani (nouvelle)
Marc Villard (nouvelle)
Guillaume Balsamo (nouvelle)
Rachid Santaki (nouvelle)
Patrick Pécherot (nouvelle)
Anne-Sylvie Salzmann (nouvelle)
Cloé Mehdi (nouvelle)
Anne Secret (nouvelle)
Paris : Asphalte, avril 2019
265 p. ; 20 x 15 cm
ISBN 978-2-918767-86-2
Coll. "Asphalte noir"

Dernières (bonnes) nouvelles de la banlieue

Il est toujours complexe de chroniquer un recueil de nouvelles car un bon recueil regroupe des auteurs différents, des sensibilités particulières et des textes qui n'entrent pas forcément en résonance les uns par rapport aux autres. Ici, Hervé Delouche a installé les textes sous quatre bannières plus précises, des bannières qui fonctionnent bien, annoncées par une préface classique et très claire. Selon les sensibilités, le lecteur appréciera plus un texte ou l'autre, retrouvera un auteur qu'il apprécie (des gens comme Marc Villard ou Karim Madani peuvent sembler incontournables avec un tel sujet et d'autres plus "décalés", comme Anne-Sylvie Salzmann, une auteure qui est très intéressante, mais dont l'œuvre est un peu éloignée de cette thématique), mais force est de reconnaître une unité au recueil, notamment, une certaine désespérance. Il serait cependant idiot de se limiter au désespoir et à la noirceur, aux banlieues délabrées et à la drogue. En effet, les nouvelles offrent parfois des échappatoires à ces stéréotypes. Parfois même, un texte ouvre vers l'humour, l'ironie, comme c'est le cas avec la nouvelle de Christian Roux qui évoque la vie d'une femme peu jolie, grosse, vivant en banlieue et vivotant, avant d'évoquer sa rencontre avec une star mannequin. Une autre nouvelle s'ouvre elle vers la nature (que l'on imaginerait peu liée à la banlieue !). En effet, dans "Le Cimetière aux Ânes", Jean-Pierre Rumeau, apparu de belle manière récemment, évoque Fontainebleau et une étrange virée nocturne dans les bois qui tournera mal. Aucune nouvelle ne démérite, même si la dernière partie, consacrée à des textes plus mélancoliques achève le recueil en une sorte de bouquet final de feux d'artifice. C'est ainsi que la dernière nouvelle, celle de Patrick Pécherot, réécrit à travers un personnage symbolique toutes les dérives et reniements dont sera victime la banlieue : jeune rocker baby boomer, communiste puis virant plutôt vers l'autre bord, le tout ponctué par la biographie de Johnny Halliday. Les quelques textes évoqués ne sont pas les seuls qui méritent le détour (nous aurions pu évoquer quasiment la totalité des textes comme celui où l'on présente un trafiquant de drogue et sa chèvre, ou cet autre dans lequel une jeune fille paumée assiste à un meurtre). Vous l'aurez compris, l'ensemble de cette anthologie est constitué de textes de qualité, dont aucun auteur n'a à rougir, et nous dévoile à nouveau la vitalité du genre noir français.

NdR - Le recueil comporte les textes suivants : "Je ne suis pas Paris", de Cloé Mehdi, "The Morillon Houses", de Karim Madani, "On a des yeux pour croire", de Insa Sané, "Métamorphose d'Emma F.", de Christian Roux, "Sous le périphérique", de Marc Villard, "Le Cimetière aux Ânes", de Jean-Pierre Rumeau, "Enfin, Pantin", de Timothée Demeillers, "Jusqu'au dernier souffle", de Rachid Santaki, "La Baronne", de Marc Fernandez, "Fin des travaux prévue : février 2027", "Les Ombres du trapèze", d'Anne Secret, "Martyrs obscurs", d'Anne-Sylvie Salzmann & "Le jour où Johnny est mort", de Patrick Pécherot.

Citation

Il jette le téléphone dans la poubelle, s'assoit sur la chaise de bureau, enfonce le canon sous son menton, en plaçant la carabine à la verticale, bien calée entre ses cuisses ; merde, il a oublié de fermer le cadenas de la cave. Ils vont se faire voler toutes leurs affaires.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 02 mars 2023
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