L'Affaire Martin Kowal

Et cette odeur-là, les murs de l'hosto en sont barbouillés, imprégnés, imbibés. On peut laver, javelliser, il n'y a rien à faire. Coucou me revoilà, c'est moi la puanteur, je reviens te chatouiller les narines, tu as essayé de me chasser, mais je te colle à la peau. L'odeur de l'hosto. Pas de l'hôpital, de l'hosto. De l'hosto à vieux. De la décharge à vieux.
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Contenu

Roman - Espionnage

L'Affaire Martin Kowal

Politique - Assassinat - Complot MAJ jeudi 05 octobre 2023

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 20 €

Éric Decouty
Paris : Liana Levi, octobre 2023
320 p. ; 21 x 14 cm
ISBN 979-10-349-0823-3
Coll. "Policier"

Les dessous malpropres des Trente Glorieuses

Martin Kowal est inspecteur mais, attention, il ne travaille pas dans n'importe quel service. Il est en effet aux Renseignements généraux. Cependant, c'est un homme qui y est un peu mal à l'aise car son père travaillait dans les mêmes services et qui a trahi le service à l'époque de l'OAS. Mort lors d'une tentative d'évasion, son image hante encore son fils, qui oscille entre travail et soirées débridés où il use de stupéfiants. Nous sommes le 11 mai 1976, et l'ambassadeur de Bolivie vient d'être abattu en plein Paris. Les Renseignements généraux doivent en savoir plus et Kowal, qui est l'un des rares spécialistes des mouvements et des groupuscules d'extrême gauche (il a un ancien condisciple entré dans ces mouvements et devenu son indicateur devant la fuite en avant vers le terrorisme des anciens Soixante-huitards) est mis en avant pour organiser la riposte. Il faut trouver les coupables et démanteler les réseaux. Valéry Giscard d'Estaing est le président de la République française, et ses adjoints et autres bras droits suivent l'affaire de près. Tous pensent du bien de l'inspecteur car ils ont eux-mêmes été plus ou moins proches des réseaux de l'OAS. Pourtant Kowal sent bien que quelque chose cloche et que les pistes et indices mènent trop facilement vers cette extrême gauche, coupable toute désignée. De son côté, il se demande si l'ambassadeur, un ancien militaire mis sur la touche par ses anciens amis putschistes, n'aurait pas été plutôt l'objet d'une purge interne. C'est alors que le meilleur ami de Kowal, qui a mis en sous-main une enquête en contactant les réseaux anti-franquistes, meurt dans un accident étrange. Kowal a donc l'impression que beaucoup de gens jouent des doubles, voire des triples jeux et l'information que son père ne serait pas mort mais aurait repris du service ressort. Tout devient confus et l'absorption de différentes substances hallucinogènes n'aide pas à lui permettre de penser droit.

Dans l'histoire de la Ve République, les auteurs de polars se sont beaucoup intéressés aux différents présidents, au rôle des services spéciaux, pour présenter une vision des différentes "affaires" qui ont pollué la vie politique. Sans être complètement délaissé, le septennat giscardien semblait un peu moins touché (même si l'affaire De Broglie, celle de Boulin, des diamants, ou des avions renifleurs ont déjà présenté des aspects moins reluisants de la période). Ici, Éric Decouty s'attaque à un autre aspect de la période, un double aspect. D'un côté les liens peu "convenables" que les autorités ont eu avec les régimes autoritaires de l'Amérique du Sud et le choix de laisser "vivre" les groupes terroristes en France, s'ils s'abstenaient de prendre la France comme cible ; et, de l'autre, la constitution des groupes armés gauchistes, plus ou moins infiltrés, utilisés, subordonnés à des forces extérieures. Le tout est vu à travers le regard partial, ne voyant pas forcément tous les éléments, doublés par ses propres alliés objectifs, du personnage central, coincé par ses fidélités idéologiques et personnelles. Trajectoire d'un homme seul, débordé, qui essaie de continuer une tache impossible, dans un environnement constitué presque exclusivement de chausse trappes, Martin Kowal en ressort plus humain, au sein d'une intrigue maîtrisée, digne des récits classiques des grands maitres de l'espionnage. Le sens du récit, le mélange entre éléments concrets et explications plus complexes, tout se complète sans faute pour créer un livre fort et prenant, décrivant le monde tel qu'il fut, encore plus bizarre et angoissant que les théories du complot véhiculées aujourd'hui. Un autre volume devrait suivre revenant sur les années 1970 et s'il est aussi réussi que celui-là, ce sera vraiment une nouvelle bonne surprise.

Citation

L'affaire du Bolivien sera peut-être l'occasion de prendre une revanche sur tous ceux qui l'ont laissé croupir des années durant aux archives à cause de son père. Une revanche sur Hastricht, qui s'était opposé à son intégration dans la BOC. Martin est convaincu que l'assassinat de l'ambassadeur annonce une ère nouvelle.

Rédacteur: Laurent Greusard mardi 26 septembre 2023
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