Le Vestiaire de la reine morte

En écrire la chronique quotidienne exige de faire le tri dans l'abjection des récits, de choisir les mots qui préserveront au mieux la dignité des victimes et de leurs proches. De mettre de la pudeur dans l'obscénité, des mots sur l'indicible, de montrer sans voyeurisme.
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Roman - Thriller

Le Vestiaire de la reine morte

Fantastique - Huis-clos MAJ lundi 19 avril 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 19 €

Serge Brussolo
Paris : Plon, mars 2010
254 p. ; 23 x 15 cm
ISBN 978-2-259-21153-6
Coll. "Suspense thriller"

Terrifiante mélancolie des ruines

Bretagne - début des années 1950. Marion est une jeune fille, qui vient chaque été chez sa grand-mère. Elle y rencontre Sacha, un garçon de son âge, qui passe son temps à essayer de revivre les aventures qu'il lit dans ses Bob Morane. La mère de Marion écrit des livres pour enfants. Atteinte par une maladie mystérieuse qui la fait vieillir prématurément, elle a décidé de profiter de ses dernières années de jeunesse pour boire, jouer au casino et multiplier les rencontres de passage. Le village de Bregannog est très mystérieux. Ses habitants prétendent qu'un monstre vit dans les parages et qu'il descend parfois en ville pour manger les gens. Pour conjurer le sort, une société secrète de druides protège l'endroit en offrant en sacrifice des gens de passage, des touristes. À mi-chemin entre l'endroit où vit le monstre et le village, on a construit un hameau que l'on propose à des familles nécessiteuses, victimes expiatoires du monstre. Aujourd'hui, le progrès aidant, on a transformé le lieu en un centre de camping aux tarifs défiant toute concurrence.
À proximité du hameau, se dressent les ruines d'un château. Bombardé durant la Seconde Guerre mondiale, il menace de s'effondrer dans la mer et est restauré brique à brique par un Anglais, un fou qui prétend être le pilote du bombardier qui le détruisit par erreur. Certains affirment que la famille du dernier propriétaire du château traine encore de manière fantomatique dans les ruines, surveillant le trésor que ledit propriétaire a accumulé durant l'occupation. Et il semblerait que même la maison de la grand-mère n'est pas exempte de cette fatalité sombre : il reste le bureau du grand-père, un érudit, spécialiste des coutumes bretonnes, qui y trouva la mort poignardé, la porte fermée à clé, alors qu'il allait faire de terribles révélations sur une mystérieuse société secrète. C'est dans cette sordide atmosphère que Marion essaie tant bien que mal de vivre paisiblement. Mais elle est rattrapée par une foule d'événements dramatiques  : des morts mystérieuses, sa mère qu'elle croit voir dans les ruines du château, sa grand-mère qui essaie d'apprendre au chat à parler, et les habitants du village qui voient en elle une sirène, capable d'attirer par ses chants des proies au fond de la mer.

Les amateurs des romans de Serge Brussolo retrouveront des thématiques qu'il manie depuis des années : les sourdes menaces qui s'accumulent pour exploser lors d'une nuit d'orage, des secrets honteux qui soudent les communautés, l'ombre menaçante d'un château local, des héros souvent enfants ou adolescents qui découvrent que le monde n'est pas aussi simple que ce que l'on en dit à l'école, des références aux années 1950 et 1960, des hypothèses poussées jusqu'au paroxysme. Ils retrouveront également un style qui lui est propre, fait de redites, d'images où il devient difficile de savoir ce qui est vivant et ce qui est inanimé, où tout peut devenir objet de terreur, où les personnages luttent contre des maladies mystérieuses, où tout le monde ment.
Si l'on accepte de se faire embarquer dans ce genre d'histoires (et c'est la raison pour laquelle on lit un Brussolo, non ?) force est de constater que ce Vestiaire de la reine morte est un de ses très bons romans. Les autres y trouveront de quoi continuer à persifler tant Serge Brussolo creuse son sillon monomaniaque avec une constance qui s'apparente soit à la folie soit au génie (à supposer que ce soit deux notions antagonistes).

Citation

Lorsque la bête descendait de la montagne pour chercher son tribut, c'était sur eux qu'elle tombait. Elle les dévorait en premier.

Rédacteur: Laurent Greusard lundi 19 avril 2010
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