Les Cendres de l'amante asiatique

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Roman - Policier

Les Cendres de l'amante asiatique

Énigme - Assassinat MAJ vendredi 04 juin 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 10,5 €

Hugo Horst
Paris : Zulma, octobre 2002
128 p. ; 18 x 13 cm
ISBN 2-84304-234-8
Coll. "Quatre-bis"

En terres littéraires n'est pas roi qui l'on croit...

Regardez Narcisse Varjac de la Chevrière, auteur respecté de l'imposante Symphonie atlantique en huit volumes : il porte beau avec son patronyme à particule, son épée d'apparat et son bel habit vert d'académicien... Eh bien il n'a en vérité pas écrit une ligne de son œuvre - sa Symphonie a été composée de bout en bout par un certain Maurice Bourrichon, un "nègre", comme l'on dit. Mais Bourrichon n'est pas aussi obscur que son statut le laisserait croire - au contraire, il est une sorte de star dans son genre, et les candidats à la publication qui ont besoin d'une plume solide pour œuvrer derrière leur nom sont nombreux à recourir à ses services. Tel ce Jean Tinglet dont le portrait couvre depuis peu les panneaux publicitaires de l'Hexagone sans que l'on sache exactement ce qu'il promeut ainsi, pour qui il vient de rédiger les Mémoires d'un inconnu. Alors Bourrichon sous-traite à plus obscur - et plus désargenté - que lui tandis qu'il publie, en son nom, Le Nègre se rebiffe.

Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume... on devine la suite, et de quel royaume il est question ici, pas danois pour un sou. Ces faux semblants seraient-ils cause de ce qu'un mystérieux tueur se met à sévir parmi les gens de plume qui se serait ému de tant de faussetés ? C'est d'abord l'écrivain Jérôme Carné qui est assassiné. Puis Varjac de la Chevrière, retrouvé baignant dans son sang, passé au fil de son épée après avoir été assommé. La troisième victime est une romancière mûre nourrissant des passions malsaines pour les jeunes et beaux aveugles, Zoé Aubiern. Bourrichon lui-même est homicidé.

Peut-on jamais invoquer les coïncidences – grandes ou petites ? Au moment où il commence à enquêter sur le meurtre de Jérôme Carné, l'inspecteur Luce Schlomo, un soir d'ivresse errante, sauve in extremis une jeune Chinoise qui venait de se jeter dans la Seine. Elle est correctrice d'édition... et liée à Bourrichon. Mao Linxia frêle et fantomatique s'attache aux pas de son sauveur un peu à l'insu de ce dernier et lui, chancelant, vacillant en lisière de sa vie comme au bord de ses ivresses, flic intermittent s'imaginant mieux écrivain, tenancier de bouiboui ou encore dans la peau d' "un de ces rabbins portant guêtres" - tout ou presque plutôt que policier – se fraye tant bien que mal son chemin d'enquêteur entre son appartement bellevillois, quelques lieux trompe-la-soif et les endroits où le mènent les besoins de l'enquête.

Un polar ? Voire. Certes l'intrigue y va de ses cadavres et des investigations afférentes. Mais on a le sentiment qu'ils sont là pour rehausser de leur piquant un magistral portrait du monde littéraire parisien, un portrait brossé à coups de références transformées et d'allusions plus ou moins transparentes – on croise ainsi les éditions Plombe, les éditions Vachette, un suspect nommé Val Jeanval... - mêlées de petites touches quasi poétiques et merveilleuses de pertinence comme cette définition que Mao Linxia donne de son métier de correctrice :
"Je suis invisible et nécessaire, comme doivent l'être l'orthographe et la syntaxe."

Il m'a semblé retrouver, dans ces Cendres et davantage que dans Tango chinois, plusieurs traits typiques de l'écriture haddadienne. Notamment ce goût prononcé pour les allusions et les patronymes construits comme de savants jeux de mots, l'art de souligner avec subtilité le grotesque et de signifier la dérision... Aussi est-il loisible de se demander si Hugo Horst a vraiment permis à Hubert Haddad de se "refaire une naissance". Deux manières d'écrire ont-elles fini par se confondre, ou bien Hugo Horst s'est-il amusé à pasticher – avec respect et talent – Hubert Haddad ? En tout cas le distinguo entre les deux auteurs perd ici de sa clarté. Mais doit-on s'en étonner lorsqu'on connaît au moins l'un d'eux pour cultiver dans ses écrits les démultiplications de personnes à travers un jeu complexe de postures narratives, et que le roman lui-même plonge dans un monde de masques, plus ou moins assumés, plus ou moins ajustés ?

Citation

La rencontre inopinée d'un réverbère suffit parfois à sauver une vie.

Rédacteur: Isabelle Roche jeudi 13 mai 2010
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