Le Souffle de l'Ogre

Je n'aime pas l'école. J'aime apprendre. J'aime découvrir, écarquiller les yeux et puis les fermer le soir plus riche qu'au matin. J'admire celui qui sait et est capable de partager son savoir. Mais je n'aime pas l'école.
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lundi 16 septembre

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Roman - Insolite

Le Souffle de l'Ogre

Fantastique - Pastiche MAJ dimanche 23 mai 2010

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 17,9 €

Brigitte Aubert
Paris : Fayard, mars 2010
304 p. ; 22 x 14 cm
ISBN 978-2-213-63853-9
Coll. "Noir"

Un conte merveilleux et cruel !

Sept court éperdument pour échapper à son père. Celui-ci a emmené tous ses enfants dans la forêt pour les assassiner à coups de hache. Sept avait été prévenu par Un, l'aîné d'une portée précédente, aveugle, muet et contrefait. Il a survécu, attaché comme un chien à un arbre près de la chaumière. Sept veut partir et emmener Un avec lui. Pour l'instant, il court vers la triste chaumière afin d'ébouillanter Mère, puis de s'emparer de la faux et couper les jambes de Père, qui est sur ses talons. Le temps lui manque pour réaliser tous ses projets. C'est, dissimulé avec Un, qu'il suit Père jusqu'au village où il le voit vendre les longs cheveux de ses frères au Barbier et leurs corps encore chauds au tripier. La nuit surprend les deux enfants sur le chemin d'un bourg plus important. Des loups les prennent en chasse. Ils sont sauvés par la femme d'Ernst. Celle-ci accepte, après bien des supplications, de les héberger pour la nuit. Ernst rentre. Commencent des scènes de violences que Sept et Un, terrorisés, suivent par la fente de la cloison. Puis Ernst, insatiable, sent à nouveau la chair fraîche. Capturés, les enfants sont enfermés dans une cage, pour le lendemain. Ils réussissent à fuir et abordent le pays d'Après. Un paysan explicite la désolation ambiante par la guerre entre messire Des Fossés et lord Manor. Un garçon leur dévoile qu'un géant cherche deux forestiers en promettant une forte récompense. En route vers le bureau de recrutement permanent de l'armée de Des Fossés, où Sept pense être à l'abri d'Ernst, ils rencontrent le Chat qui exige un péage pour les laisser continuer leur chemin. Avec lui, toujours accompagné de Un, Sept ira de rencontres en rencontres, toutes plus surprenantes, toutes plus dangereuses les unes que les autres, de Belle à l'Infante, en passant par Blanche...

La muse de Brigitte Aubert n'aime pas la routine, c'est le moins qu'on puisse dire ! Après une quarantaine de romans, nouvelles et recueils, tant pour adultes que pour jeunes, elle aborde le registre des contes pour enfants. Elle nous fait vivre le parcours, particulièrement mouvementé, de Sept, le septième fils d'un pauvre bûcheron. Elle se sert du contenu des contes, dits de fée, utilise cette matière première puisée chez Charles Perrault, les frères Grimm, Carlo Collodi et bien d'autres, pour construire sa propre intrigue. Elle restitue l'esprit de ces histoires, qui ne sont, en fait, qu'une longue énumération de mauvais traitements, de massacres, de tueries, d'incestes et autres barbaries, dont les enfants sont les premières victimes. Elle reprend des personnages pour leur faire jouer un rôle bien différent, prolonge des situations dans une profusion de scènes où la violence des adultes rejoint la férocité des enfants acharnés à survivre.
Mais foin de traité pédagogique, elle fait du Souffle de l'Ogre un apprentissage de la liberté nourrie de peurs et de dangers, les fondements du polar et du thriller. Elle traite le tout avec beaucoup d'humour, allant de l'humour tendre à l'humour noir, très noir mais jubilatoire. Elle fait ressortir le ton enjoué des contes à la Dysney où la nature est toujours belle et douce, les fleurs magnifiques, les chansons joyeuses et entraînantes. Mais, elle met en opposition ces images suaves et belles avec la démence humaine. Elle use, surtout avec le Chat, d'un vocabulaire et de tournures de phrases proches de ceux de Perrault, invente des maximes et truffe son récit de réflexions, remarques et pensées, sur le sort des femmes, celui des enfants ou des types de sociétés que les héros côtoient. Elle mène avec brio une intrigue passionnante, où l'on ne s'ennuie pas un seul instant à suivre les péripéties des deux enfants et de la galerie de personnages qui les entoure. Malgré l'horreur, on s'amuse tant l'auteur sait jouer avec le second degré.
Avec Le Souffle de l'Ogre, Brigitte Aubert prouve sa capacité à renouveler son inspiration. Son talent de romancière transforme les sujets qu'elle aborde en joyaux littéraires.

Citation

... et Sept fut ému de constater qu'il y avait sur cette terre des êtres qui pouvaient se sentir en sécurité dans leur famille.

Rédacteur: Serge Perraud jeudi 20 mai 2010
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