Le Chasseur solitaire

La criminalité ordinaire requiert des policiers ordinaires, Juve. Pas des justiciers qui font la Une des journaux.
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Roman -

Le Chasseur solitaire

MAJ mardi 22 juin 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Whitney Terrell
The Huntsman - 2001
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
Paris : Rivages, avril 2010
380 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2087-5
Coll. "Thriller"

L'impensable légérété des êtres

Booker Short est un jeune noir, élevé par ses grands-parents. Sorti de prison, il décide de se rendre à Kansas City pour voir un blanc, qui fut l'officier de son grand-père durant la Seconde Guerre mondiale. Arrivé, il l'assiste comme homme à tout faire dans sa réserve de chasse. Vient sous son nez la fille d'un juge, qui s'empresse de lui tourner autour. Mais elle est retrouvée morte assassinée... et un noir ferait un coupable idéal...
Les lecteurs habituels qui chercheraient une enquête policière classique (on croisera une équipe de policiers qui enquêtent sur une vingtaine de pages et leur plus longue description sera celle d'une virée amoureuse sur un lac), un roman procédurier ou le sous-genre juridique seront fortement déçus. Car l'intérêt de ce roman est tout à fait ailleurs. En s'appuyant sur des quasi-stéréotypes : le jeune noir revanchard sorti de prison, la jeune fille en révolte contre son milieu, le vieux juge imbu de sa supériorité, un arrière-plan avec des bourgeois blancs qui n'ont rien contre les noirs mais ne veulent quand même pas se mélanger, Whitney Terrell les décrit avec une telle force d'évocation dans leurs ambiguïtés propres (le noir réclame la justice mais en fait désire qu'à présent on prenne en compte pour lui les douleurs passées d'autres, le juge aime réellement sa fille, qui elle-même entretient une relation plus qu'ambivalente avec lui) qu'ils en perdent toute trace de caricature pour atteindre un véritable statut d'être de sang et de chair.
La construction qui revient sans cesse en arrière au fil de la narration, sans prévenir, qui détruit tout effet de manche s'appuie sur une patiente révision de l'Histoire : le roman replonge dans la Seconde Guerre mondiale et la guerre vécue par le grand-père, autour notamment de l'épisode d'un noir injustement accusé de viol, Booker Short découvrira que ce que son grand-père a raconté n'était que mensonges. Auparavant, ce grand-père représentait la rigueur morale face à un père escroc et fuyant devant ses créditeurs.
Face à Booker Short, face au juge aussi, la bonne société de la ville manipulera l'hypocrisie dont elle fait preuve depuis des années : au milieu de l'enquête, un élément à charge pour le juge apparaît mais tout le monde refuse de l'entendre ou de le certifier, car cela ne "se fait pas".
Toute cette société est complice, comme le fut l'officier des années auparavant. Il aurait dû démissionner, pense Booker Short, et ne pas cautionner une injustice. Mais l'officier lui renvoie une autre vérité où il est innocent de cet injustice... À la fin du roman, une silhouette se rend au bord du Missouri et constate combien il est pollué. Elle se remémore l'ancien temps, ramasse ses déchets et les jette dans le fleuve. Elle rappelle combien notre soif d'idéal s'efface vite devant une satisfaction immédiate.
Le Chasseur solitaire montre que, derrière le discours qui a cours depuis l'élection d'Obama, le passé ne passe pas, que la volonté de se racheter n'est pas reconnue, que tous ces éléments pèsent comme des fatalités empêchant d'être heureux. Dans sa fuite Booker Short rencontre trois clochards : l'un d'eux n'est que l'ombre du grand sportif adulé qu'il fut. C'est dans la multitude de ces petites descriptions, de ces bouts de joie volés aux jours qui passent comme de ces moments de tristesse infinie et pesant que le roman, lent et lourd, devient un grand roman noir.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°40

Nominations :
Grand prix de la littérature policière - roman étranger 2010

Citation

'Allez vous faire foutre, espèce de salopaaaaards.' Ces paroles ne s'adressant ni aux morts, ni au fleuve, mais à quelque chose d'indéterminé, peut-être tout simplement au poids des souvenirs.

Rédacteur: Laurent Greusard samedi 19 juin 2010
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