Le Chasseur solitaire

À son poing luisait du métal lourd taché de sang. Sa poitrine se soulevait au rythme de son souffle et une lueur primitive enflammait son regard.
Tania Carver - Choquée
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Dans un futur proche et indéterminé des États-Unis, une émission de téléréalité captive les populations :...
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lundi 26 octobre

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Roman -

Le Chasseur solitaire

MAJ mardi 22 juin 2010

Note accordée au livre: 4 sur 5

Grand format
Inédit

Tout public

Prix: 21,5 €

Whitney Terrell
The Huntsman - 2001
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Jean-Paul Gratias
Paris : Rivages, avril 2010
380 p. ; 24 x 16 cm
ISBN 978-2-7436-2087-5
Coll. "Thriller"

Actualités

  • 10/05 Édition: Parutions de la semaine - 10 mai
    Håkan Nesser (Le Seuil) et James Sallis (Rivages) sont les figures de proue d'une semaine où l'on découvre au catalogue de la "Série noire", en la personne de Bill Guttentage, un nouvel auteur dont nous vous parlerons bientôt.
    Les nombreuses rééditions vous permettront de (re)trouver Arnaldur Indridason, Frederyck Forsyth, John Harvey et Danielle Thiéry, autant d'habitués de ces pages, mais également des rééditions en folie de romans de Jean-Pierre Ferrière et, cerise sur le gâteux, une nouvelle traduction de Jacques Mailhos pour un roman de Ross McDonald mettant en scène Lew Archer, À chacun sa mort.
    La semaine propose également un arrivage massif de super-héros en lutte contre des super-vilains de chez Urban comics ou Panini comics, quant à la littérature jeunesse, elle nous propose une nouvelle immersion dans le far-west en compagnie de Caroline Lawrence, et un petit criminel imaginé par Christophe Léon. Pendant ce temps, De Borée nous emmène sur la côte d'Azur, loin de la Croisette mais à la croisée des faits divers sordides.

    Fictions adulte grand format :
    Le Matériel du tueur, de Gianni Bondillo (Métailié, "Bibliothèque italienne")
    Le Livre des morts : les nouvelles enquêtes de Sherlock Holmes, de David Stuart Davies (Fetjaine)
    Sherlock Holmes : un certain Dr Watson, de David Stuart Davies (Fetjaine)
    La Mort en rouge, de Pierre Gaulon (City, "Thriller")
    Coyote crossing, de Victor Gischler (Denoël)
    Boulevard, de Bill Guttentag (Gallimard, "Série noire")
    Sombre mascarade, de Caroline Herrera (Le Grand chardon-Astobelarra, "Mozaïc")
    Quelqu'un priait sur ma tombe, de Jean-Claude Melka (Les Nouveaux auteurs, "Policier")
    Le Pendu du jardin Vagabond, de Roger Moiroud (Thot, "Polar")
    L'Inconnue de Bangalore, de Anita Nair (Albin Michel, "Romans étrangers")
    Homme sans chien, de Håkan Nesser (Le Seuil, "Policiers")
    Rennes, ici Rennes, collectif (Critic, "Thriller")
    Le Tueur se meurt, de James Sallis (Rivages, "Thriller")
    Flics requiem, de Michel Tourscher (Les Nouveaux auteurs, "Policier")
    La Dérive des incontinents : quand le réchauffement climatique jette un froid !, de Gordon Zola (Le Léopard démasqué)

    Fictions adulte poche :
    La Muraille de lave, d'Arnaldur Indridason (Points, "Policier")
    Dangereuse courée, d'Yves Baudrin (Ravet-Anceau, "Polars en Nord")
    Bronzage intégral, de Jean-Pierre Ferrière (Campanile, "Rose & noir")
    Ma mort aura ton visage, de Jean-Pierre Ferrière (Campanile, "Rose & noir")
    Meurtres en bonus, de Jean-Pierre Ferrière (Campanile, "Rose & noir")
    La Mort qu'on voit danser, de Jean-Pierre Ferrière (Campanile, "Rose & noir")
    Des relations de plage, de Jean-Pierre Ferrière (Campanile, "Rose & noir")
    Cobra, de Frederick Forsyth (LGF, "Thriller")
    Le Deuil et l'oubli, de John Harvey (Rivages, "Noir")
    Une canaille et demie, de Iain Levison (Liana Levi, "Piccolo")
    Moi, Anna, de Elsa Lewin (LGF, "Policier")
    Le Camée anglais : roman policier moghol, de Madhulika Liddle (Philippe Picquier, "L'Asie en noir")
    La Conjuration des ombres, de Scott Mariani (City, "Poche. Thriller")
    À chacun sa mort, de Ross McDonald (Gallmeister, "Totem")
    Noir de noir, 86 %, de Pierre Ricour (Les Presses littéraires, "Incisives nouvelles")
    Lord Peter et l'inconnu, de Dorothy Leigh Sayers (Le Masque, "Jaune")
    Le Chasseur solitaire, de Whitney Terrell (Rivages, "Noir")
    Le Sang du bourreau, de Danielle Thiéry (Le Masque, "Masque poche. Contemporain")
    N'ouvre pas les yeux, de John Verdon (LGF, "Policier")
    Mortel Cambrésis, de Philippe Waret (Ravet-Anceau, "Polars en Nord")

    Bandes dessinées :
    Le Survivant des eaux noires, de Philippe Aymond (Dargaud)
    Batwoman. 2, En immersion, de Haden Blackman & J. H. Williams (Urban comics, "DC renaissance")
    Odyssée sicilienne, de Luca Blengino & Pasquale del Vecchio (Dargaud)
    Ultimatum, de C. B. Cebulski & Jeph Loeb (Panini comics, "Marvel Select")
    Mirador, tête de mort, de David Cénou (La Boîte à bulles, "Contre-cœur")
    Le Sourire de Mao, de Cornette & Michel Constant (Futuropolis)
    On a tué Wild Bill, de Hermann (Dupuis, "Aire libre")
    La Douce vie de bourreau, de Christian Jolibois & Joëlle Passeron (Gallimard)
    Lady Spitfire. 3, Une pour tous et tous pour elle, de Sébastien Latour & Maza (Delcourt, "Série B")
    Iron Man : l'intégrale. 1, 1963-1964, de Stan Lee, Don Heck & Jack Kirby (Panini comics, "Marvel Classic")
    Batman : Silence, de Jeph Loeb & Jim Lee (Urban comics, "DC essentiels")
    Marvel zombies : opération destruction, de Frank Marraffino & Fred Van Lente (Panini comics, "100 % Marvel")
    Lucky Luke : l'intégrale. 22, de Morris (Lucky comics)
    Lucky Luke : l'intégrale. 23, de Morris (Lucky comics)
    Les Guerres secrètes, de Jim Shooter, Mick Zeck & Bob Layton (Panini comics, "Marvel gold")
    Les Fugitifs : génération perdue, de Joss Whedon & Ryan Michael (Panini comics, "100 % Marvel")
    Tueurs de mamans. 1, de Zidrou, Ludo Borecki & Benoît Ers (Dupuis)

    Littérature de jeunesse (éveil) :
    Ali Baba, de Marie Caillou (Milan jeunesse, "Contes et contines à toucher")
    Zou détective : mes histoires surprises (Larousse)

    Fictions jeunesse :
    Qui a tué Sally Sampson ?, de Caroline Lawrence (Hachette, "Aventure")
    Le Petit criminel : le frère, la sœur et le policier, de Christophe Léon (Le Seuil jeunesse)
    Le Mystère de la chambre noire, de Serge Rubin (Talents hauts, "Livres et égaux")
    Mystères et pierres précieuses, de Andreas Steinhöfel (Gallimard jeunesse; "Hors série littérature")

    Criminologie & prisons :
    Fraude, contrefaçon et contrebande de l'Antiquité à nos jours, de Gérard Béaur, Hubert Bonin & Claire Lemercier (Université de Genève, Centre d'histoire économique internationale, "Publications d'histoireéconomique et sociale internationale")
    Les Grandes affaires criminelles de la côte d'Azur, d'Arnaud Gobin & Charles Bottarelli (De Borée, "Histoire & documents")
    De la piraterie au piratage : la fascination de la transgression, de Dominique Le Brun (Buchet Chastel, "Essais et documents")
    Une histoire du crime dans le Finistère, 1811-1910, d'Annick Le Douget (J.-P. Gisserot)
    Le Sang et l'encre : et si Christian Ranucci était innocent ?, de Yann Le Meur (L'Harmattan)
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L'impensable légérété des êtres

Booker Short est un jeune noir, élevé par ses grands-parents. Sorti de prison, il décide de se rendre à Kansas City pour voir un blanc, qui fut l'officier de son grand-père durant la Seconde Guerre mondiale. Arrivé, il l'assiste comme homme à tout faire dans sa réserve de chasse. Vient sous son nez la fille d'un juge, qui s'empresse de lui tourner autour. Mais elle est retrouvée morte assassinée... et un noir ferait un coupable idéal...
Les lecteurs habituels qui chercheraient une enquête policière classique (on croisera une équipe de policiers qui enquêtent sur une vingtaine de pages et leur plus longue description sera celle d'une virée amoureuse sur un lac), un roman procédurier ou le sous-genre juridique seront fortement déçus. Car l'intérêt de ce roman est tout à fait ailleurs. En s'appuyant sur des quasi-stéréotypes : le jeune noir revanchard sorti de prison, la jeune fille en révolte contre son milieu, le vieux juge imbu de sa supériorité, un arrière-plan avec des bourgeois blancs qui n'ont rien contre les noirs mais ne veulent quand même pas se mélanger, Whitney Terrell les décrit avec une telle force d'évocation dans leurs ambiguïtés propres (le noir réclame la justice mais en fait désire qu'à présent on prenne en compte pour lui les douleurs passées d'autres, le juge aime réellement sa fille, qui elle-même entretient une relation plus qu'ambivalente avec lui) qu'ils en perdent toute trace de caricature pour atteindre un véritable statut d'être de sang et de chair.
La construction qui revient sans cesse en arrière au fil de la narration, sans prévenir, qui détruit tout effet de manche s'appuie sur une patiente révision de l'Histoire : le roman replonge dans la Seconde Guerre mondiale et la guerre vécue par le grand-père, autour notamment de l'épisode d'un noir injustement accusé de viol, Booker Short découvrira que ce que son grand-père a raconté n'était que mensonges. Auparavant, ce grand-père représentait la rigueur morale face à un père escroc et fuyant devant ses créditeurs.
Face à Booker Short, face au juge aussi, la bonne société de la ville manipulera l'hypocrisie dont elle fait preuve depuis des années : au milieu de l'enquête, un élément à charge pour le juge apparaît mais tout le monde refuse de l'entendre ou de le certifier, car cela ne "se fait pas".
Toute cette société est complice, comme le fut l'officier des années auparavant. Il aurait dû démissionner, pense Booker Short, et ne pas cautionner une injustice. Mais l'officier lui renvoie une autre vérité où il est innocent de cet injustice... À la fin du roman, une silhouette se rend au bord du Missouri et constate combien il est pollué. Elle se remémore l'ancien temps, ramasse ses déchets et les jette dans le fleuve. Elle rappelle combien notre soif d'idéal s'efface vite devant une satisfaction immédiate.
Le Chasseur solitaire montre que, derrière le discours qui a cours depuis l'élection d'Obama, le passé ne passe pas, que la volonté de se racheter n'est pas reconnue, que tous ces éléments pèsent comme des fatalités empêchant d'être heureux. Dans sa fuite Booker Short rencontre trois clochards : l'un d'eux n'est que l'ombre du grand sportif adulé qu'il fut. C'est dans la multitude de ces petites descriptions, de ces bouts de joie volés aux jours qui passent comme de ces moments de tristesse infinie et pesant que le roman, lent et lourd, devient un grand roman noir.


On en parle : Carnet de la Noir'Rôde n°40

Nominations :
Grand prix de la littérature policière - roman étranger 2010

Citation

'Allez vous faire foutre, espèce de salopaaaaards.' Ces paroles ne s'adressant ni aux morts, ni au fleuve, mais à quelque chose d'indéterminé, peut-être tout simplement au poids des souvenirs.

Rédacteur: Laurent Greusard jeudi 01 août 2013
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