La Grande Guerre vient tout juste de débuter. Mais pour l’instant, au sein de l’Empire britannique, la vie continue. Le sergent Akal Singh, un sikh entré dans la police et qui a été muté aux îles Fidji après avoir commis une erreur dans son poste à Singapour, vient surtout d’être accosté par une femme blanche dont il est tombé amoureux mais qui ne cherchait qu’à obtenir des confidences de sa part pour pouvoir cambrioler de riches locaux. Mal vu par son supérieur, il tente de regagner la confiance de sa hiérarchie. C’est alors qu’on lui confie une mission importante : une jeune femme d‘origine indienne a disparu de la plantation où elle travaillait. D’après ses patrons, elle aurait fui avec un contremaître blanc, abandonnant son mari et sa fille. Une version que contestent cependant les autres travailleurs indiens. Pour le chef de la police, cette affaire n’a aucun intérêt, mais comme des officiels indiens sont là pour savoir si l’on doit continuer à fournir de la main d’œuvre à moindre coût aux Britanniques, il faut au moins faire semblant d’enquêter. Aidé par un médecin anglais qui a du mal avec le racisme ambiant, Akal Singh, et son adjoint, membre d’une importante famille locale, mènent une enquête difficile tant elle remue des éléments complexes : le quasi esclavage dans lequel sont tenus les minorités, les relations amoureuses (ou sexuelles) entre blanc et indigènes, les patrons sûrs de leur bon droit et imbus de leur pouvoir colonial. Tous ces éléments se confrontent alors qu’il faut se concentrer pour maintenir l’unité. Surtout que la guerre débute, s’annonce longue et que tout cela peut contrarier une enquête menée par un policier qui sait qu’il est attendu au tournant.
Voici un roman qui joue avec bonheur sur des données classiques avec une enquête précise qui permet de découvrir, de dévoiler les côtés sombres d’une période historique. À travers un sergent sikh, c’est la colonisation aux îles Fidji, le ballet des possédants imbus et des terribles conditions de vie des pauvres, des indigènes, d’expatriés venus là pour gagner leur vie et qui sont exploités qui est montrée avec précision. L’enquête assez simple permet de développer avec soin des personnages crédibles au sein d’une intrigue sérieuse qui décrit les conditions historiques. Entre récit documenté, basé sur l’Histoire, et personnages vivants, crédibles, Sombres plantations permet donc un dépaysement intelligent et une évocation sensible, de ce qui pourrait être le premier volet d’une série intéressante concoctée par l’auteure fidjienne Rao Nilima.