Dépêche | Mercredi soir c'est roman noir

Elle est tellement splendide, harmonieuse, lumineuse, qu'elle lui procure une émotion qui n'a plus rien à voir avec le désir. Voilà une sacrée nouveauté, mais Mauro espère bien qu'elle ne durera pas.
Andrea Camilleri - Intermittence
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MAJ dimanche 04 décembre

Mercredi soir c'est roman noir
27/10/2022

Mercredi soir c'est roman noir
Le 7 mars 2021, une page se tourne. Jacques Lerognon et Corinne Naidet diffusent sur YouTube une brève vidéo de quelque quarante secondes pour annoncer qu'un "projet 2.0" prend le relais de l'émission radiophonique Ondes noires qu'ils ont animée de nombreuses saisons sur Agora FM (94.00 dans la région de Grasse-Cannes-Nice) ; son nom : "Mercredi soir c'est roman noir" ; sa forme : une vidéo d'une durée moyenne de cinq minutes mise en ligne tous les mercredis soir pour présenter un "coup de cœur", qui peut être une nouveauté, une réédition, un classique redécouvert, une BD... à la discrétion des animateurs. Le premier volet de ce nouveau projet a été diffusé trois jours après l'annonce, soit le mercredi 10 mars 2021...

Liste des volets vidéos noirs :

Épisode du 2 novembre 2022
Les «capsules noires» youtubiennes ont donc repris ce cours hebdomadaire auquel Jacques et Corinne nous ont habitués depuis mars 2021. Et ce soir, ils piquent «une crise de jalousie»! Rien de vindicatif ni d’agressif dans cette déclaration, non non… il s’agit simplement d’évoquer un recueil de nouvelles signé Jo Nesbø intitulé De la jalousie, publié par Gallimard dans la «Série noire» et traduit par Céline Romand-Monnier. Le recueil compte sept nouvelles réparties en 330 pages, leur longueur allant de 10 à 150 pages. Une forme inhabituelle pour le romancier qui généralement s’adonne aux romans «très épais»… Sept nouvelles dont l’unité est thématique – le titre le dit explicitement – mais où, contre toute attente, on ne croisera pas le personnage-fétiche de Jo Nesbø, Harry Hole («sans doute a-t-il encore besoin de repos car on l’avait laissé dans un sale état à la fin du dernier roman où il apparaissait», suggère Jacques…).
On aura plaisir à croiser cette plaisante «capsule» avec la chronique k-librée consacrée à ce recueil ici présentée

Épisode du 26 octobre 2022
Après une « pause estivale prolongée » aux dires des animateurs – mais il est vrai que l’été lui-même joue les prolongations, bien loin des normales de saison et a pu faire croire à une disparition de la « rentrée » du moins en ce qui regarde le thermomètre - voilà que revient sur Youtube en cette mi-octobre la parenthèse noire du mercredi soir qu’ouvrent avec enthousiasme Jacques Lerognon et Corinne Naidet. Avec un roman auquel d’aucuns trouveront une petite senteur vacancière puisqu’il emmène le lecteur en Italie…
C’est en effet avec une enquête du commissaire Soneri, le héros de Valerio Varesi, que Jacques et Corinne font leur rentrée : La Main de Dieu (traduit par Florence Rigolet ; Agullo « Noir », mai 2022). Tout commence avec un cadavre coincé au pied d’une des piles du plus vieux pont de Parme, et une camionnette criblée de balles abandonnée à proximité. À n’en pas douter, la scène de crime se trouve en amont du fleuve… et le commissaire Soneri d’aller prendre ses quartiers à Monteripa, petit village de montagne, malgré l’hiver et la neige qui va avec. C’est là que passe le torrent qui a charrié le corps jusqu’à Parme… Le lecteur découvre alors, en même temps que le commissaire qui marche beaucoup et arpente les environs afin de mener ses investigations, les habitants du village dont le mort était le chef, les paysages environnants, et La Faune, une communauté vivant en autarcie…
Ce roman est le septième de la série, initiée en France en 2016 avec Le Fleuve des brumes et pour beaucoup, le commissaire Soneri est déjà devenu un familier, un compagnon de lecture dont on à hâte de lire la prochaine enquête à peine finie celle qui vient d’être publiée…

Épisode du 29 juin 2022
Ce soir, petite virée insulaire pour Jacques et Corinne, qui nous emmènent en Corse, avec Des îles et des chiens, de Sylvia Cagninacci (In8, mars 2022). Et à la manière forte puisque le roman dont ils parlent s’ouvre avec un enfant qui meurt. Un coup de feu le tue et «il devient une voix, la voix d’outre-tombe, fantomatique mais totalement humaine, qui va raconter l’avant, l’après de ses parents, les blessures d’avant l’accident». Avec la voix de l’enfant, Dominique, résonnent d’autres voix: celle du père, Ange, enfermé dans son histoire familiale tissée de consanguinité; celle de la mère, fière, militante, mais qui faiblit sous la violence des hommes – de son homme surtout; celle des villageois qui colportent, et des voix intérieures, celle du lapin en peluche qui raconte des histoires à Dominique… et toutes ces voix qui font entendre la montée du drame, «mises bout à bout» «sont comme un chœur antique». À écouter ces commentaires on comprend en effet que ce roman est surprenant, la construction complexe, la posture narrative singulière… mais il éblouit, assure Corinne.
Une version romanesque des polyphonies corses?
À noter que Jacques et Corinne ne sont pas les seuls à être conquis par ce premier roman : il figure dans les sélections finales du prix Claude-Mesplède «découverte» 2022 et du prix des Lecteurs 2022 du festival de Villeneuve-lez-Avignon.

Épisode du 22 juin 2022
Ce soir, guidés par les pages du dernier roman de Jean Contrucci, Les Voleurs de mémoire (éditions Hervé Chopin, mai 2022 – chroniqué ici même), Jacques et Corinne nous emmènent à Marseille. Plus précisément – car Marseille, c’est grand ! – à Mazargues, petit village devenu un quartier marseillais, tout au bout de la ligne de tram 22. Le héros-narrateur, Pierre Désautel, journaliste au Provençal, voit refluer ses souvenirs d’enfance à la faveur d’un héritage – la maison de ses grands-parents qui viennent de mourir, où il entreprend des travaux de rénovation. Une malle ouverte, des lettres, des photos… et la mémoire, loin de se reconstituer, se troue de mille questions qui surgissent. En bon journaliste, Pierre Désautel va enquêter, et se replonger dans les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, où sont ancrés ses souvenirs d’enfance dans cette même maison. « Un nouveau “Mystère de Marseille” résolu », remarque Corinne, faisant allusion aux points communs que ce roman peut avoir avec ceux de la série des Nouveaux Mystères de Marseille imaginée par le romancier, où l’on voit enquêter un autre journaliste, Raoul Signoret… mais au début du XXe siècle et appartenant à la rédaction du Petit Provençal. Autres temps, autres énigmes, mais un même amour de la cité phocéenne qui, dans les romans de Jean Contrucci, est « plus qu’un cadre, c’est un personnage à part entière », précise Jacques qui souligne, aussi, la saveur du style – « ces mots qui ont du parfum et de l’accent » – et la bienveillance de l’auteur pour les petites gens… doublée d’intransigeance pour les salopards ! De fait, les romans de Jean Contrucci « sont de très bons romans sociaux », conclut Corinne.

Épisode du 15 juin 2022
Au théâtre ce soir… avec certes Jacques et Corinne en maîtres de cérémonie mais, en guest star, le dernier roman de Sophi Chabanel, La Tragédie du chat (Seuil, coll. « Cadre noir », avril 2022). Pour cette quatrième enquête, la commissaire Romano – une enquêtrice qui ne va pas sans son chat Ruru ni son fidèle second, l’inspecteur Tellier sans oublier l’inspecteur Dubois – est confrontée à une scène de crime au sens le plus littéral de l’expression puisque la victime gît sur la scène du Nouveau Théâtre de Lille : l’acteur vedette meurt sous les débris du décor qui s’est effondré sur lui en pleine représentation de la pièce d’Eschyle, Les Suppliantes. Elle est aux premières loges – là encore au sens très, très propre puisqu’elle assistait à la… tragique représentation. Les dialogues sont parfois improbables, l’humeur, manifestement à la truculence – il n’empêche que le roman a sa part de profondeur, qu’il aborde frontalement la question de la tolérance en renvoyant au problème du Blackface , et qu’il « fait vaciller des convictions, douter des lignes établies du bien-pensant et du comme-il-faut-être ou ne-pas-être » (dixit Jacques)… « tout en nous divertissant – ce n’est pas aisé – mais Sophie Chabanel est passée maître dans cet exercice et nous livre une comédie policière brillante et nuancée » conclut Corinne.

Épisode du mercredi 8 juin 2022
Ce soir c’est une réédition qui fait vibrer le cœur noir de Jacques et de Corinne – celle de A Hell of a Woman de Jim Thompson. Un roman qui date – il est en effet paru en 1954 aux États-Unis et a été traduit en français en 1967 mais avec un titre qui ne restitue pas grand-chose de l’original (Des cliques et des cloaques…). Il est réédité par Rivages en 2013 dans une nouvelle traduction avec un nouveau titre – Une femme d’enfer. La réédition qu’évoquent ce soir nos Noir’rôdeurs, qui vient de sortir aux éditions La Baconnière, est une version illustrée du roman – lequel garde, signalons-le, son titre anglais. Le texte est celui de la traduction parue en 2013, due à Danièle Bondil, et les illustrations sont signées Thomas Ott, un dessinateur suisse d’expression allemande. Le récit est découpé en sept «carnets» qui ont leur propre couverture et regroupent chacun plusieurs chapitres de roman. À l’intérieur des «carnets» des vignettes accompagnent le texte – «des vignettes somptueuses», confie Corinne (et l’image venant à l’appui du commentaire, l’on peut en effet constater son bien-fondé !). Enfin, au milieu du volume est encarté un bonus de choix: une courte biographie de Jim Thomson due à Markus Rottmann, A Hell of a Life. C’est donc une édition léchée, très luxueuse, qui n’en emprunte pas moins aux pulps des années 1950 de faux airs de publication bon marché…
Pour ce qui est de l’histoire et des considérations littéraires, cette chronique les dit très bien.

Jim Thompson, A Hell of a Woman (traduction: Danièle Bondil; dessins: Thomas Ott. Avec en cahier central A Hell of a Life de Markus Rottmann), La Baconnière, avril 2022.

Mercredi 25 mai 2022. Épisode 57.
Un volet noir de plus à l'actif de la très active Noir'rôde en ce mercredi 25 mai. Ce soir, Jacques et Corinne nous font découvrir le nouveau roman de Benoît Philippon, Petiote (le quatrième), paru aux éditions Les Arènes dans la collection "EquinoX".
Gus : un loser qui, faute de payer la pension alimentaire, finit par perdre le droit de voir sa fille Émilie, la "petiote". Alors après l'avoir amenée dans sa minable piaule au Love Hotel, il décide, pour faire valoir son droit de père, de prendre en otage... l'hôtel tout entier ! C'est l'occasion pour l'auteur de portraiturer les occupants retenus par Gus, tous comme lui amochés par la vie, depuis Cerise la pute à "Boudu", l'ex-SDF, en passant par la migrante ivoirienne, Fatou... En face : les flics et la négociatrice, puis les médias. Tout cela vire à la farce, avec un côté un peu grandguignolesque mais les larmes ne sont jamais loin et c'est, in fine, par-delà la "carte sociale déjantée", un "univers baroque et barré" qui attend le lecteur au seuil de ce roman. "Tout est sens dessus-dessous mais ça a du sens. Et puis il y a l'écriture : ci-né-ma-to-gra-phique", soulignent Jacques et Corinne, en concluant sur quelques références, elles aussi ci-né-ma-to-gra-phiques : les Marx Brothers, Frank Capra, "un soupçon de frères Coen". Qui lira appréciera !

Mercredi 11 mai 2022. Épisode 56
Diffusion de la 56e vidéo "Mercredi soir c'est roman noir". Corinne et Jacques présentent leur coup de cœur hebdomadaire – une nouveauté en l'occurrence : le dernier roman de Todd Robinson paru aux éditions Gallmeister en mars dernier, Les Morts de Riverford (traduit par Alexis Nolent). L'auteur américain nous entraîne dans le Massachussetts, dans une petite ville appauvrie par la désindustrialisation rongée par le trafic de drogue et l'alcoolisme. Pour ce troisième opus, Todd Robinson a laissé de côté ses deux personnages de videurs détectives Boo et Junior – qui enquêtaient dans Cassandra (2015) et Une affaire d'hommes (2017) – pour proposer, ici, une "alternative au Nature Writing : le petit-patelin-writing" – le mot est des Noir'rôdeurs, trop savoureux pour ne pas le citer. Un vrai coup de cœur pour eux que ce roman, dont ils disent qu'il est "un polar extrêmement bien mené : une intrigue ciselée, des personnages habités avec de la chair, des émotions, des méchants plus crétins que psychopathes...". Bref, de quoi donner très envie de lire ce polar du soir.


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Par Isabelle Roche

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