k-libre - en marge - Le Détroit de la faim

Une pesante odeur de cordite flottait au fond de la salle à manger où la mitraille avait fauché deux personnes. Des urgentistes évacuèrent le colonel blessé, trois balles dans l'abdomen.
Denis Zott - La Dame blanche
Couverture du livre coup de coeur

Coup de coeur

La Cité sous les cendres
Dix ans ont passé depuis que Danny Ryan et son fils ont dû fuir Providence et la vengeance d'une fami...
... En savoir plus

Identifiez-vous

Inscription
Mot de passe perdu ?

vendredi 14 juin

Contenu

DVD - Policier

Le Détroit de la faim

Social - Assassinat - Procédure MAJ jeudi 02 mars 2023

Note accordée au livre: 5 sur 5

Grand format
Réédition

Tout public

Prix: 20 €

Tomu Uchida
Kiga kaikyō - 1965
Paris : Carlotta, février 2023
19 x 14 cm

Les griffes du passé

Le 20 septembre 1947, le typhon Sounmaru avec des vents allant jusqu'à 125 kilomètres par heure traverse le détroit de Sugaru au large d'Hokkaido. Un ferry avec à son bord 856 passagers sombre faisant 532 victimes. Deux ne sont pas demandées par les familles ; et les deux ne figurent pas sur la liste des passagers. Pire : elles ont été frappées à la tête, et le crime ne fait aucun doute. Un peu plus tôt, le même jour, les quatre membres de la famille Sasada, des prêteurs sur gage, sont assassinés et huit cent mille yens sont dérobés pendant que les intempéries se déchainent. Les trois criminels prennent la fuite en train pour arriver au détroit. Seul un, Takichi Inukai, un colosse d'un mètre quatre-vingts au pouce abîmé, survit au passage et se réfugie chez Yae Sugito, une geisha de la maison Hanaya. Il ne restera qu'une nuit, laissant à la femme des souvenirs amoureux, respectueux et une jolie somme prélevée sur le magot. Mais non loin de là, l'inspecteur Yumisaka mène une enquête diligente... qui sera embrouillée par un mensonge de Yae Sugito. Puis dix années passent. Yae Sugito est toujours prostituée, mais elle est à Tokyo. Son regard tombe alors sur un article de journal avec une photo. Et elle reconnait les traits de l'homme qu'elle vénère, et dont elle garde précieusement une rognure d'ongle. Elle décide d'aller à sa rencontre. Ce dernier se fait appeler Tarumi Kyoichiro, c'est un industriel respecté qui vient d'offrir trente millions de yens pour la réinsertion d'anciens prisonniers. Quand le passé surgit à sa porte, l'homme reprend ses viles instincts et commet un double meurtre qui signera sa perte.

Élu troisième meilleur film de tous les temps par les critiques du magazine cinéma Kinema Junpo, le film de Tomu Uchida surprend par sa consistance et par l'implacabilité de son intrigue policière. S'appuyant sur un fonds social et sociétal, s'intéressant à la place de la femme au Japon après la guerre, n'hésitant pas à aller puiser dans l'expressionnisme quand la "bête" s'empare du personnage d'Inukai/Kyoichiro, Le Détroit de la faim est un film policier magnifié par sa lenteur. Il fait plus de trois heures. Trois heures qui passent très vite. Surtout, si l'enquête piétine, on sent son implacabilité quand elle revient sur le devant de la scène. Si l'on apprécie le jeu tout en dualité de Rentarô Mikuni (La Légende de Musashi, d'Hiroshi Inagaki), la candeur et l'enthousiasme de Sachiko Hidari (Elle et lui, de Susumi Hani), que dire de la prestation de Junzaburô Ban ? Il joue ici un homme, inspecteur de police au flair infaillible, mais qui est toujours décalé, dévoré par son enquête au point d'être licencié et de devenir la honte de sa famille. Quand il revient aider les forces de police (avec des scènes d'interrogatoire très américaines), on se surprend à ressentir de la pitié en regardant ses vêtements lâches et son mouchoir qui pendouille. Réalisé en 1965, Le Détroit de la faim permet à Tomu Uchida, près de quarante-cinq ans après ses débuts, de livrer un film testamentaire avec une intrigue solide qui s'appuie sur une critique sociétale fataliste.

Le Détroit de la faim (182 min.), réalisé par Tomu Uchida sur un scénario de Naoyuki Suzuki d'après le roman de Tsutomu Minakami. Avec : Rentarô Mikuni, Sachiko Hidari, Junzaburô Ban, Ken Takakura...
Bonus. "Du passé vers l'avenir", introduction par Jasper Sharp (26'53). Bande-annonce original (3'57).

Citation

- Vous n'incinérez pas ces morts. Il y a une raison ?
- C'est mon flair de policier. Ces deux hommes ne sont pas morts par simple noyade, je crois. Et si je me trompe, leurs proches pourront toujours voir leur dépouille.

Rédacteur: Julien Védrenne jeudi 02 mars 2023
partager : Publier dans Facebook ! | Publier dans
MySpace ! |

Pied de page